Airbus va-t-il se brûler les ailes ?

Airbus est une nouvelle fois sur la sellette, traduit en justicepar une PME toulousaine qui lui réclame 106 millions d’euros. Une affaire économique sur fond de conflit franco-allemand.

 
Les ennuis continuent pour l’avionneur français. En effet, la société Icarelink, PME toulousaine, assigne en justice le géant Airbus et lui demande pas moins de 106 millions d’euros d’indemnités. Pour comprendre les raisons d’un tel conflit, il faut remonter en 2003 avec la création d’Icarelink, sous l’impulsion de l’avionneur. Durant deux ans, la petite société va travailler dans le cadre d’un partenariat basé sur le partage des risques et des revenus, tout en acceptant des conditions financières défavorables liées à la mauvaise santé d’Airbus. Mission d’Icarelink : trouver une solution pour l’utilisation des téléphones portables à bord des avions, avec à la clé un important budget sur les licences dès le lancement de la phase d’industrialisation et de commercialisation au sein des principales compagnies aériennes.
Or, en 2005, alors que l’Allemand Gustav Humbert est nommé à la tête d’Airbus en lieu et place de Noël Forgeard, Icarelink est sommée de se rapprocher de l’entreprise Siemens… partenaire d’Airbus Allemagne. Cette dernière travaille en effet depuis cinq ans sur le système de communications embarquées, sans succès. Une fois le rapprochement effectué et les informations échangées, Airbus décide de rompre ses relations avec Icarelink, rupture qui aurait eu lieu selon les avocats de la PME toulousaine «par un courrier lapidaire du 17 juin 2005».

 

La main mise des Allemands ?

Après avoir développé à prix coûtant une solution innovante de téléphonie embarquée, Icarelink ne sera finalement pas retenue pour la phase d’industrialisation. Le 19 juin 2007, la certification de la solution par l’aviation civile attise l’intérêt des compagnies aériennes sur un marché évalué à plusieurs centaines de millions d’euros : en effet, Airbus, via sa branche allemande, annonce la mise en place de 900 licences en moins d’un an. Pendant ce temps, la PME toulousaine périclite et se voit contrainte de licencier, clamant avoir été «dépouillée de son invention».
Aujourd’hui, l’affaire est portée devant le Tribunal de Commerce de Toulouse et les avocats d’Icarelink ont déposé plusieurs chefs d’accusation : préjudice moral, impossibilité de se reconvertir, dommages et intérêts… La facture atteint les 106 millions d’euros, «une somme exorbitante» pour la défense de l’avionneur qui qualifie les chiffres de «fantaisistes». Airbus se retranche derrière l’argument commercial en déclarant avoir privilégié la technologie plus performante de Siemens. Un parti-pris qui ne satisfait pas les avocats d’Icarelink. Pour les magistrats, cette décision masque mal la volonté de l’avionneur de privilégier sa branche allemande en jouant sur la notion de filiales. Si tel était le cas, le site toulousain d’Airbus risquerait de s’embraser, vu le contexte et l’ambiance déjà délétère qui règne entre les employés français et allemands.
Les avocats d’Icarelink ont également commandé une expertise afin d’éclaircir les modalités de rupture entre la PME et Airbus. Selon eux, les experts auraient estimé à 1,5 millions d’euros le montant des indemnités à verser à Icarelink, un chiffre bien sûr contesté par la défense. Les juges devront trancher sur cette affaire qui pourrait lourdement handicaper le géant de l’aviation, en plein Plan Power 8. Verdict le 25 septembre prochain.

Sophie Orus


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