Affaire Dominique Tuot; « Je ne supporte pas ma situation »

Le quotidien est devenu un véritable défi pour Dominique Tuot et sa famille. Il y a trois ans, ce Toulousain devient paraplégique

à la suite d’un accident de travail survenu lors d’un transport de matériel en hélicoptère (voir encadré Rappel des faits). Depuis, il multiplie les procédures afin d’être indemnisé du préjudice subi, en vain…

 

«Beaucoup de choses sont cassées sur le plan affectif et familial. Se retrouver à 50 ans dans un fauteuil, ce n’est pas possible. Je n’accepte pas ma situation.» Trois ans après son dramatique accident, Dominique Tuot est amer. Depuis que sa vie a basculé le 4 août 2005, son quotidien est rythmé par les séances de rééducation chez le kinésithérapeute et les espoirs d’indemnisation s’amenuisent de jour en jour alors que les frais d’aménagements se succèdent : «Nous avons dû construire un garage, faire une terrasse, aménager la salle de bains et les accès à la maison, acheter une voiture et la faire adapter au handicap… Bref, nous atteignons facilement les 50 000 euros d’investissement», confie Edwige, son épouse. Une somme colossale que le couple Tuot assume seul, après avoir vendu leur maison de vacances et en percevant provisoirement le salaire de Dominique par la Sécurité Sociale. «Quand on est victime, il n’est pas normal de ne pas être aidé. Il faut pleurer tous les jours pour obtenir des réponses.»
En effet, Dominique Tuot n’est pas épargné par les embûches : le pilote de l’hélicoptère n’est pas solvable, la C.I.V.I. (Commission d’Indemnisation des Victimes d’Infractions) ressemble à une impasse et la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) refuse de verser une compensation à la famille sous prétexte que celle-ci n’aurait pas dû avancer les fonds des aménagements : «Il fallait faire vite et personne ne m’a dit comment fonctionnait la MDPH. On m’a recommandé cette solution lors de mon séjour à la clinique de Verdaich or, avant d’entamer des travaux, il faut une autorisation. Maintenant que les travaux sont faits, la MDPH ne veut pas les rembourser. De toute façon, l’indemnisation maximale n’est que de 10 000 euros», explique la victime.

 

Fatigués d’attendre

Alors le couple, sur les conseils de son avocat, Maître François Rastoul, multiplie les procédures, à l’encontre de la société employeur et du courtier en assurance : «Ce fut difficile de porter plainte contre mon employeur car celui-ci m’a aidé financièrement pour les travaux de la salle de bains. Mais j’estime que j’ai répondu à l’ordre de mission qui m’était donné. Je ne suis pas fautif, je n’étais pas sensé savoir que le pilote n’était pas honnête ou que l’hélico était défectueux. En ce qui concerne le courtier qui a assuré le pilote, je pense qu’il n’a pas bien fait son travail car il connaissait son client de longue date.»
Mais les multiples recours ont un coût financier et moral que le couple et leurs enfants ont du mal à assumer : «La procédure en appel du jugement rendu le 29 mai exige une nouvelle expertise médicale pour évaluer mon état de santé. La décision est renvoyée en février 2009 et les autres recours induisent des délais d’attente, des frais d’avocat et de déplacement car le procès contre le courtier risque de se dérouler à Nancy ou Metz, où se trouve le siège de l’assurance. J’en ai assez d’attendre une bonne nouvelle tous les jours», explique Dominique Tuot.
Las de cette situation, la famille Tuot surmonte tant bien que mal un quotidien difficilement supportable : «Je ne sais pas s’il faut parler de fatalité ou de destin. Il faut vivre avec, c’est tout. Dominique était quelqu’un de vivant, de sportif. Aujourd’hui, il ne peut plus rien faire», confie Edwige. «Dans le cadre de mon activité, j’ai fait 25 ans de route sans aucun accident. Monter à bord d’un hélicoptère était une récompense dans ma société. Aujourd’hui, j’ai des douleurs de plus en plus vives que les cachets ne calment pas. J’ai même l’impression de devenir un cobaye pour les médecins. Au début, je ne voulais pas sortir de chez moi car j’avais peur du regard des autres. Maintenant, je vais parfois au centre commercial mais c’est dur physiquement. On se demande combien de temps tout cela va durer. Je me donne encore cinq ans pour que les choses s’améliorent. Après…»
Espérons que les démarches entamées aboutiront rapidement pour une famille qui, ne l’oublions pas, reste la victime dans cette affaire.

 

Sophie Orus



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