Affaire d’Etat

Dans l’histoire de la Vème République, il est toujours des moments où des successions d’événements qui créent une ambiance délétère ouvrant les vannes du populisme, faisant ressurgir les mauvais rapports des Français à l’argent – chacun se rappelant des harangues de Mitterrand aux obsèques de Bérégovoy : «l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase. L’argent-roi qui ruine et qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes» – contribuant à faire baisser la courbe de popularité d’un Président-candidat pour le moment incapable de la redresser et constatant qu’aucune des mesures symboliques ou effectives proposées ne permet de renverser la tendance.

 
Rarement “l’hyper-président” n’aura été autant “hypo-candidat” institutionnel ; jamais il n’aura eu autant à redresser les termes d’une opinion publique qui a le visage et la tristesse de l’Automne avant même d’avoir goûté à la flamboyance solaire de l’été. Aux scandales hebdomadaires révélés par le Canard Enchaîné et frappant toutes celles et tous ceux qui sont déjà désignés au couperet du remaniement d’Octobre (Rama Yade, Christian Blanc, Joyandet, Estrosi) vient de s’ajouter – horresco referens ! – l’histoire d’une famille devenue affaire judiciaire puis affaire d’Etat : une intrigue hors-norme, un ministre très (trop ?) connecté – Eric Woerth la rigueur et l’honnêteté faites, Républicain de gouvernement – une héritière très généreuse et très heureuse avec son plus fidèle et milliardaire courtisan (Liliane Bettencourt et François-Marie Banier) des maîtres du Barreau qui en viennent presque jusqu’aux mains, un procureur (Philippe Courroye) soupçonné d’être “le bras” ou la “main armée” de l’Elysée en protégeant l’auteur du “Passé composé” (F.M. Banier) ; bref on se trouve dans l’une des affaires les plus complexes et à “ressorts” que la Vème République ait connues et dont Sarkozy se serait bien passé. Et il n’est question à l’Assemblée que de République (Fillon) ou de transparence (le PS et ses orateurs). Si Maître Soulez-Larivière a raison de s’interroger sur les vertus de la transparence (la transparence absolue étant l’apanage des systèmes totalitaires), le Professeur Yves Mény souligne que «la vie politique de notre pays privilégie la confusion des genres et la superposition des fonctions. Monsieur Woerth est en quelque sorte la victime expiatoire d’un système qui n’arrive pas à se reformer.» Comment donc réformer et cesser de donner du grain à moudre aux adeptes et aux candidats du populisme ? Yves Mény propose une solution : «Avoir pour les politiques, un code qui édicte des principes généraux ainsi qu’une Commission chargée de se pencher sur les cas conflictuels et d’émettre un avis». Propositions qui ne doivent pas empêcher la vitalité des contre-pouvoirs et celle des “whistle-blowers”, les “fameux” lanceurs d’alerte c’est-à-dire les médias et l’opinion publique. Au football comme dans l’affaire Bettencourt-Woerth, les médias ont néanmoins été une forme de contre-pouvoir absolus et peut-être par moments – triste obligation de l’immoralité des tabloïdes – trop systématiques. Il ne faudrait pas que demain l’excès d’informations – et pas toujours vérifiées mais culpabilisantes – ne vienne écorner un nom, une famille, une fonction, une équipe, un système (la démocratie) et une philosophie de la gouvernance : la République !    

Stéphane Baumont


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