Aeroscopia ; “Un musée de portée internationale”

Forte d’une collection impressionnante et de la passion de ses 250 adhérents, l’Association Les Ailes Anciennes Toulouse se félicite de la réalisation d’Aeroscopia. Mais pour son président, Jean-François Bruna-Rosso, qui avec d’autres passionnés, œuvre depuis plus d’un quart de siècle pour cette réalisation, le futur musée de l’aéronautique de Toulouse devra constamment faire la preuve de son originalité. Interview

 
Jean-François Bruna-Rosso, quelle est votre réaction suite à la pose de cette première pierre ?
Pour nous, ce n’est qu’une étape, même si elle est importante ! Nous sommes satisfaits de voir que les choses avancent, mais il reste encore beaucoup de travail. Pour qu’un musée soit vivant, il faut en permanence regarder au-delà, avoir une vision à long terme.

C’est-à-dire ?
Ce musée, il va déjà falloir le faire vivre ! Ensuite, il faudra l’agrandir. Nous avons plus de 80 avions, aéronefs, hélicoptères, planeurs, à présenter, ainsi qu’une très importante collection de moteurs, d’instruments, d’équipements, de simulateurs, de documents. C’est un fonds qui s’accroît sans cesse.

Pourtant, ce musée paraît déjà immense…
A nos yeux, il ne l’est pas ! Ce n’est pas d’une collection de timbres dont il est question ! (Rires) Pour abriter ces grosses machines, il faudrait en tout 20 000 m². La pérennité d’un tel musée passe forcément par une évolution, notamment au niveau des surfaces couvertes et des présentations, des expositions. C’est d’ailleurs le principe même de tous les grands parcs à thèmes : on sait que tous les deux ou trois ans, il faut apporter un plus pour renouveler l’intérêt du public. Car nous voulons un musée de grande portée internationale.

Rêve et aventure

Pensez-vous qu’Aeroscopia sera un succès ?
Je prends le pari que le musée aéronautique de Toulouse sera le musée le plus fréquenté de tout Toulouse. En tout cas, nous ferons tout pour qu’il soit un succès et que le public ait envie de revenir. L’aviation est un domaine qui intéresse à peu près tout le monde. Nous le voyons bien lors de nos visites, le public est très varié : ce sont des anciens de l’Armée de l’air, de l’aéronautique qui sont contents de revoir les machines sur lesquelles ils ont travaillé, des retraités, des familles, des enfants, de jeunes étudiants qui espèrent faire carrière dans ce domaine… Cela fait partie du rêve, de l’aventure.
 
Que présenterez-vous au public en 2013 ?
Il y a aura dans le futur grand hall, un Concorde, un Airbus A300, un Super Guppy et tout autour, une vingtaine, voire plus d’autres avions, ainsi que des machines en cours de restauration.

En attendant, vous avez dû déménager…
Oui à cause de la construction de l’usine d’assemblage finale du futur long courrier Airbus A350. Nous avons pour l’instant une zone d’exposition et une autre de stockage à St Martin-du-Touch mais nous sommes en discussion avec la ville de Blagnac et Airbus pour que nous soit fourni un terrain à proximité du futur musée et qu’on y érige un hangar dans lequel nous pourrons travailler. Il sera plus facile pour nous d’être à proximité du musée. Ces locaux en deviendront partie intégrante puisque notre objectif est de les ouvrir également à la visite. Les ateliers de restauration seront par conséquent une animation supplémentaire. Le public pourra ainsi se rendre compte qu’un avion, ce n’est pas de la génération spontanée : on aura des avions tout beaux, tout propres mais dans les ateliers, il pourra constater qu’il y a derrière, des milliers d’heures de travail avant que la machine, souvent en très mauvais état, ne redevienne un avion.

 


Des dizaines de milliers d’euros

Votre association fournit la plus grande partie des pièces de ce musée ?
Oui, nous venons de signer une convention de mise à disposition : nous restons propriétaires de nos machines. Nous continuons à les entretenir, à les surveiller, à les restaurer, à amener de nouvelles pièces. C’est un partenariat qui s’instaure entre le musée, à qui cette mise à disposition ne coûte rien, et nous. Mais ce sont aussi des compétences que nous apportons au travers des membres de notre association. Nous avons 250 adhérents. Plus d’une cinquantaine sont des passionnés, très actifs, qui travaillent sur les avions, les remettent en état.

Comment alimentez-vous votre collection ?
Nous savons quels avions vont être retirés du service aussi bien en France qu’à l’étranger. A partir de là, nous prenons contact avec les propriétaires, les Etats, l’Armée, les compagnies aériennes… et essayons de faire en sorte que les machines nous soient cédées. Quand nous avons un peu d’argent et que la machine paraît intéressante sur un plan historique ou technique, nous l’achetons.

Combien cela coûte-t-il ?
Ce n’est pas toujours très cher. Beaucoup d’avions nous sont donnés ou mis en dépôt par d’autres musées. Ce qui coûte cher, c’est d’aller chercher l’appareil et de le ramener. Il faut alors sortir des dizaines de milliers d’euros. Comme je le dis souvent : un avion que l’on nous donne n’est pas gratuit ! Par exemple, nous avons fait revenir un chasseur à réaction qui nous a été cédé par le gouvernement autrichien. Le transport routier nous a coûté 28 000 euros.

Une déduction fiscale

Quelles sont les sources de financement de votre association ?
Nous ne recevons pas de subventions. Nous y avons renoncé… Nous gagnons notre argent avec les cotisations de nos membres et les visites que nous organisons ainsi que grâce à une petite boutique dans laquelle nous vendons t-shirts et casquettes. Par ailleurs, nous avons créé un fonds de dotation qui permet à tout-un-chacun, personne physique ou morale, de donner de l’argent à l’association avec en contrepartie, une déduction fiscale. Si vous donnez mille euros aux Ailes Anciennes, vous payez 600 euros de moins sur vos impôts. Ce n’est pas négligeable. C’est un système à l’américaine qui permet au contribuable de savoir où vont ses impôts.

D’où vous est venue cette passion pour l’aviation ?
Tout petit, j’ai commencé à lire des bouquins d’aviation, des bandes dessinées, à réaliser des maquettes et cela m’est resté. Puis j’ai eu l’opportunité de rencontrer des personnes avec lesquelles nous avons essayé modestement de récupérer quelques avions. Au fil des ans, la collection s’est agrandie ; ce qui nous a donné du poids pour aller voir les collectivités, nos partenaires, afin de mettre ce patrimoine en valeur.

Quelle est l’actualité de l’association ces prochaines semaines ?
Nous venons de récupérer un Fairchild Metro. Cet avion de transport au fuselage très fin, est un bi turbo propulseur qui a longtemps servi à la météo nationale pour faire des études en altitude, sur les mouvements des vents et des nuages, des prélèvements atmosphériques… C’est un appareil à vocation essentiellement scientifique qui se trouve sur la base aérienne de Francazal et que nous allons ramener en convoi exceptionnel jusqu’à notre zone d’exposition de Saint Martin. Quant à nos visites cockpit, elles reprendront en septembre.

Propos recueillis
par Claire Manaud

contact@aatlse.org



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