Aéronautique; Un fonds pilote pour sauver l’avion ?

Luc Chatel et Dominique Bussereau étaient à Toulouse ce mardi pour présenter la création d’un fonds d’investissement de 75 millions d’euros à destination de la filière aéronautique. Les élus locaux restent sur leur faim.

 


Faiblesse du dollar, flambée du prix des carburants et nouvelles normes environnementales, tels sont les trois défis majeurs que doit relever l’aéronautique européenne selon Louis Gallois, président exécutif de EADS. Alors que le Plan Power 8 annonce des mesures drastiques au sein d’Airbus France, que l’avionneur vient de perdre un contrat juteux avec l’armée américaine et que les diverses livraisons prennent du retard, la visite des secrétaires d’Etat à l’Industrie et aux Transports, Luc Chatel et Dominique Bussereau, à Toulouse ce mardi ont redonné l’espoir à la filière aéronautique. Car les représentants du gouvernement ne sont pas venus les valises vides et n’ont pas voyagé léger : un fonds d’investissement de 75 millions d’euros ainsi qu’un dispositif de couverture de changes de 2,5 milliards viennent d’être créés. Pour Luc Chatel, il s’agit «d’accompagner et de structurer la filière aéronautique.» Les 75 millions devraient très vite passer à 100 millions avec l’arrivée de nouveaux partenaires.

Baptisé Aerofund II, ce fonds de soutien est avant tout dédié aux PME et donc aux sous-traitants aéronautiques, et financé par la Caisse des dépôts et consignations, Airbus et Safran. «Le secteur connaît des mutations économiques et il est nécessaire d’accompagner l’ensemble de la filière. Les sous-traitants doivent avoir les reins solides et le dispositif de couverture de changes devra leur permettre de limiter les dégâts face à la dépréciation du dollar à la livraison des produits», explique Luc Chatel. Alors que le marché pour les vingt prochaines années est estimé à environ 25 000 appareils, ces mesures doivent permettre à l’industrie française de faire face aux risques de délocalisation.

 

Pas suffisant

Aerofund II fait suite à l’annonce d’un plan de soutien défendu par le Premier ministre en octobre 2007 mais les secrétaires d’Etat ne se sont pas risqués à commenter les diverses lettres adressées par les élus locaux au Président de la République concernant les inquiétudes en matière d’emploi et la nécessité de créer un observatoire de l’industrie aéronautique : «le Président a répondu, vous n’avez qu’à demander à vos élus ce qu’il en est», a lâché Jean-Paul Herteman, président du Directoire de Safran. Et justement, les élus en question n’ont pas tardé à commenter la mise en place de ce fonds par les voix de Martin Malvy, Pierre Izard et Pierre Cohen : «Depuis plusieurs mois, nous réclamons la mise en place d’une structure permanente d’observation des situations industrielles et d’orientation des politiques à mettre en œuvre pour conforter les entreprises et l’emploi aéronautique. Nous nous sommes adressés au Premier Ministre puis au Président de la République. Les succès commerciaux remportés par Airbus et dont nous nous félicitons ne doivent en effet pas dissimuler la réalité dans un contexte particulièrement défavorable en termes de rapport des changes.»
Concernant la visite ministérielle de ce mardi, les politiques locaux restent sceptiques : «Le Premier Ministre ne répond pas à notre demande. […] Il n’y a là rien de nouveau, si ce n’est la confirmation d’un projet annoncé depuis des mois. Par contre, outre le fait qu’il sera insuffisant dans son montant comme l’a montré l’impossibilité de la recapitalisation de Latécoère à hauteur de ce qui était nécessaire, il ne constitue pas une réponse aux problèmes posés à la filière et notamment aux PME. Or, c’est précisément sur la base de ce constat que nous réclamons l’ouverture d’un vrai dialogue industriel auquel, pour des raisons qui nous échappent, le gouvernement se refuse.»

Sophie Orus


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