Aéronautique; Des actions pour redécoller

Suite à une étude pointue sur l’avenir de la filière, la Région Midi-Pyrénées a présenté cette semaine à l’ensemble des acteurs un vaste plan d’actions pour soutenir en priorité les PME et PMI. Car quand Airbus s’enrhume, ce sont les sous-traitants qui toussent.
Des scénarii…

Afin de mesurer la santé de l’industrie aéronautique de la région, Martin Malvy, président du Conseil Régional, a commandé une étude sur l’ensemble de la filière. Le réputé cabinet Bipe a donc passé au crible le tissu des PME et PMI locales afin d’imaginer des prospectives à 4 et 10 ans et d’envisager trois scénarii possibles. Le premier, considéré comme le plus probable, s’appuie sur une vision macroéconomique : «Après une conjoncture temporairement défavorable, nous assisterions à une croissance mondiale et une Europe à la pointe de l’innovation, intégrant de nouveaux modèles économiques», explique Elisabeth Rocha, économiste du Bipe. «Dans cette vision prospective, Airbus aurait besoin d’accroître sensiblement ses rythmes de production.»
Le second scénario est plus mitigé, envisageant une croissance mondiale stable mais une Europe à la traîne : «Elle ne relèverait pas le défi des départs à la retraite, entraînant une pénurie de compétences. Ces besoins en capacité seraient donc étendus aux nouveaux pays émergeants, laissant Airbus et la France dans une situation de concurrence», prévoit Elisabeth Rocha. L’économiste termine par une vision beaucoup plus pessimiste de l’avenir de la filière aéronautique : «Dans le 3ème cas, nous voyons une aggravation de la crise aux Etats-Unis, une montée du protectionnisme, un effondrement du dollar et un maintien élevé du prix du pétrole. Les commandes d’A380 seraient donc annulées ou reportées et les échanges se régionaliseraient. Cependant, Airbus ne perdrait pas forcément de marchés, Boeing étant lui aussi impacté.»
Mais quelque soit le scénario envisagé, le cabinet Bipe suppose que la région n’assistera pas à un retournement conjoncturel de la demande : «Les rythmes de production vont s’accroître car les carnets de commandes sont pleins. La filière aéronautique va avoir besoin de recrutement et de créations nettes d’emplois.» Les risques sont ailleurs : «La difficulté réside dans le financement de la production et l’anticipation des besoins de formation et d’attractivité.»

 


… et des mesures

Suite à cette étude, Martin Malvy a décidé de suivre les préconisations du cabinet Bipe pour anticiper les difficultés dans une région qui comptent 650 entreprises liées à l’aéronautique pour environ 55 000 emplois : «Quelques soient les hypothèses, il y a nécessité de conforter l’assise financière des PME et d’en favoriser le regroupement, et de répondre aux adaptations des ressources humaines.» Parmi les mesures phares de la Région, la mise en place d’une plate-forme financière, lieu d’échanges entre les banques et les entreprises sur des dossiers préalablement expertisés et qui nécessitent des crédits. Le Conseil Régional a également décidé de lancer le fonds Aerofund 2. Martin Malvy s’engage à y apporter 1,5 millions d’euros afin de soutenir la sous-traitance, EADS étant le principal partenaire de ce fonds.
Autres actions de taille : augmenter le capital de Midi-Pyrénées Croissance qui investit dans les PME et porter à 70 % la garantie des emprunts du fonds régional. Enfin, Martin Malvy promet «une offre de formation étoffée en septembre 2009». En ce qui concerne les regroupements inéluctables des PME, la Région souhaite s’impliquer plus fortement dans le processus. Mais cette priorité ne sera pas simple à mettre en action, même si certaines entreprises commencent à se regrouper : «Nous avons en Midi-Pyrénées un tissu industriel patrimonial. Le slogan, c’est appartenir à une PME ou mourir. De plus, on assiste à une résistance forte au Plan Power 8 d’EADS. Les choses ne seront pas faciles mais il y a urgence», conclut Elisabeth Rocha.

Sophie Orus


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