Action coup de poing pour la coparentalité « Coupables d’être père »

Depuis une semaine, des papas en colère mènent leur première action coup de poing à Toulouse. Place du Capitole, ils squattent toujours un toit au-dessus des arcades. Déterminés à faire bouger les choses, pour leur situation personnelle et pour le droit des pères de manière plus générale, leur action est à « durée indéterminée ». Le point sur un phénomène de société qui prend de l’ampleur.

Les chiffres sont criants : dans 77 % des divorces, la garde du ou des enfants est attribuée à la mère. En cause, l’idée ancestrale encore très ancrée dans les esprits : « L’enfant, surtout en bas âge, a un besoin viscéral de sa mère », explique Me Caroline Narboni, avocate spécialisée dans le droit de la famille à Toulouse. « Les juges ont appliqué pendant longtemps ce principe, il fallait vraiment que la mère ait gravement démérité pour ne pas avoir la garde », poursuit-elle. Aujourd’hui, les choses changent « doucement », trop doucement pour les pères qui revendiquent le droit… d’être père. « Les hommes ont changé. Depuis une bonne dizaine d’années, ils demandent également la garde de leur enfant car ils sont impliqués dans leur éducation au même titre que la mère», remarque l’avocate. Une égalité qui ne se retrouve pas encore devant la justice. Depuis le début de l’année, des « papas cascadeurs » ont pris d’assaut des monuments, toits ou grues dans l’espoir d’être entendus.

« Faire pression sur la justice »

A Toulouse, la première action de ce type a commencé le 2 octobre dernier. Sur le toit des arcades du Capitole : Julien, Mounir, Stéphane (Mounir est resté en continu, Julien et Stéphane qui sont restés la première nuit, viennent régulièrement en renfort). Ce qui les unit, être privé de leurs enfants depuis plusieurs années. Mounir est le cas le plus extrême : depuis deux ans, son ex-femme vit avec son fils, Adam (3 ans), au Maroc en situation irrégulière. Stéphane est le père de cinq enfants, « retenus par leur maman dans l’Aude », qu’il n’a pas vus depuis 2008. Tous les deux sont d’anciens militaires, « ils se sont battus pour la nation française, et c’est comme ça qu’ils sont remerciés ! », s’insurge Julien, également confronté au problème. « Depuis octobre 2011, je n’ai pas vu mon fils de 5 ans. Je fais l’objet d’un signalement bidon, on m’accuse de violences psychologiques et physiques sur mon enfant. Je m’attends à être bientôt accusé de violences sexuelles. Et la justice cautionne ça ! », explique-t-il. Ces papas ne sont affiliés à aucune association de droit des pères, mais travaillent en collaboration avec le Collectif de la grue jaune et ont participé à d’autres actions de ce genre en France. Leur objectif est toujours le même : « Alerter l’opinion publique et faire pression sur la justice française, car aujourd’hui nous sommes coupables d’être pères. » Parmi leurs principales revendications, ils demandent une « déjudiciarisation totale des affaires familiales. On ne veut plus que ce soit le juge qui tranche au détriment d’un des parents. On préconise une médiation, qui soit un service public, pour gérer la séparation.» Avec une solution de principe, la résidence alternée. « Aujourd’hui, elle reste à l’appréciation du juge, alors que ce devrait être une mesure d’office, prise par défaut », estime Julien.

Garde alternée : peu appréciée des juges 

Il est vrai que la justice opte rarement pour cette solution (dans environ 15 % des divorces, ndlr), « considérée par les pédopsychiatres comme une source de troubles chez certains enfants, qui peuvent perdre tous leurs repères en étant transbahutés d’un foyer à l’autre », avance Me Narboni. Pour que la garde alternée soit décidée, il faut remplir certaines conditions, dont la bonne entente des parents « car cela implique de se voir souvent et de s’organiser » et la proximité des domiciles « pour la scolarité de l’enfant, notamment », détaille-t-elle. Le critère central restant « l’intérêt de l’enfant », notion difficile à définir qui s’apprécie au cas par cas. « Une décision de justice a une part de subjectivité. Chaque juge a ses propres idées, ses a priori, sa manière de voir les choses, même s’ils essayent de se détacher de tout ça. » Pour autant, l’avocate qui exerce depuis presque 30 ans, constate que « le droit des pères a beaucoup évolué depuis que j’ai commencé. Ils ont l’impression que les choses sont figées, mais il ne faut pas qu’ils désespèrent. Il n’est plus rare qu’un papa obtienne la garde. » Mais Julien, Mounir, Stéphane et les autres papas qui les soutiennent n’ont guère confiance en la justice. Ils se battront sur les toits et plus devant les tribunaux. Mercredi dernier, ils ont installé une grande bâche en guise d’abri sur leur lieu de campement. « Les forces de l’ordre ne nous disent absolument rien, on est méprisé par l’Etat français. On a demandé au préfet de nous recevoir. Il a accepté à condition qu’on descende tous du toit, ce qu’on refuse. »

 

« Nous ne sommes pas masculinistes ! »

Ce week-end, Patric Jean, un réalisateur de cinéma porte-parole du mouvement Zéromacho a envoyé un communiqué  à la presse toulousaine accusant les papas grimpeurs du Capitole de « masculinisme ». Il y révèle des photos et propos tenus par l’un des pères sur Facebook en commentant : « Il s’amuse à harceler la mère de son enfant en publiant des photos de son domicile sur les réseaux sociaux, afin de bien lui faire voir comme il l’épie. Vu le goût pour les armes de son ancien compagnon, on imagine dans quelle ambiance cette mère de famille doit vivre. » Les accusations sont graves, mais « on n’est pas du tout déstabilisé », clame Julien, qui tient tout de même à clarifier les choses : « Nous ne sommes pas masculinistes, nous sommes pour l’égalité homme-femme. Il y a d’ailleurs des mères qui nous soutiennent dans ce combat. » Il ajoute que Patric Jean « a créé un site diffamatoire (Mascuwatch, site qui « tient à l’œil » des soi-disant masculinistes, ndlr), il y a une plainte collective contre lui pour le faire fermer. »

Coralie Bombail



2 COMMENTAIRES SUR Action coup de poing pour la coparentalité « Coupables d’être père »

  1. Sofiane dit :

    Les gros musclés terrassés par leur petites femmes et anciens militaire de surcroit. Ouaih, on y croit. : )

    “Me Caroline Narboni, avocate spécialisée dans le droit de la famille à Toulouse”., parlez nous de la violence dans les dossiers de ces messieurs, et comment cela se fait qu’ils ont tous des dossiers en justice très conflictuels?
    Dites que 87 % des séparations les mères ET les pères sont d’accord entre eux
    Dites que moins de 20% des pères demandent des gardes alternées
    Dites qu’un 3 pères qui la demandent sur 4 l’obtiennent.
    Parlez nous des nourrissons et BB en garde alternée et le lourd tribu qu’ils paient plein pot…

  2. SERVELLE dit :

    Je trouve cela relativement déplacer de jugés sans savoir. Pour avoir été maitre de l’action àqu’il sont à toulouse, je vous informe que nous mettons nos casier judiciaire à disposition de toute personnes qui le souhaites. aucun condamnation faisant office de violence n’est à constaté, et aucunement parce que ces deux personnes étaient militaires, font qu’il sont violent. Préjugés, comme tous ces juges qui sont corrompu. A juger sans savoir… je doute, que vous puissiez comprendre réellement la situation de chacun des parents ( PERES et MERES ) qui étaient présent avec nous sur ce toit. Je m’arrête la parce que si je dis trop de chose, cela va s’avérer violent selon vos préjuger… allez salut…

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