A mes frères Cécilio… Rodolph… Juan-Ginès… ; La “Retirada” pour marquer le Monde

Il y a eu avant et après la “Retirada”, la retraite en espagnol… Avant on pouvait dire, «on ne savait pas», après, il fut difficile d’enfermer des esprits dans le silence, dans l’anonymat tant tout ce qu’ils étaient, tout ce qu’ils véhiculaient de force comme de valeurs, montrait du doigt l’impossible chaos vers lequel se dirigeait cette vieille Europe. Dans le sud de la France, dans des camps de “concentration”, le mot comme la forme et l’esprit venaient d’être inventés pour eux. On allait les regrouper, les affamer, les humilier, mais ils allaient résister. Ils seront gardés par les troupes d’Afrique, tirailleurs sénégalais et autres. Des geôliers français à l’attitude trop souvent méprisante. «Ne soyez pas si fiers, vous serez les prochains» déclarait un soldat espagnol à un officier français… Ces camps dits plus “classiques” annonçaient Buchenwald…

 
L’histoire…

Après une guerre civile qui durant trois années allait ensanglanter toute l’Espagne, en janvier 1939, la dernière poche de résistance qui se trouve à Barcelone, finit par tomber aux mains des franquistes. Les vaincus, ce sont les Républicains, civils comme militaires, qui fuient vers la frontière pour se réfugier en France. Tous victimes de combats fratricides qui vont durer jusqu’à mi février. Dès lors, pour les vaincus, sonne l’heure de la “Retirada” et surtout la chute de la deuxième république espagnole qui portait tant d’espoirs d’humanisme. 500.000 réfugiés que les autorités françaises choisissent de concentrer près de la frontière espagnole, dans des camps de fortune. Le pays des Droits de l’Homme et du Front Populaire leur donnera le strict minimum.
Ainsi, ce sont près de 300.000 réfugiés qui seront eux, internés dans des camps de fortune qui prendront les noms d’Argelès, Saint-Cyprien, Barcarès. Puis, viendront Rivesaltes, Bram et Gurs. Devant ce dernier site est aujourd’hui exposée une plaque qui témoigne de l’inadmissible : «Ici séjournèrent 23.000 combattants espagnols, 7.000 volontaires des Brigades internationales, 120 patriotes et résistants français, 12.860 juifs immigrés internés entre mai et juin 1940, 6.500 juifs allemands du pays de Bade, 12.000 juifs arrêtés sur le sol de France par Vichy». Ces camps serviront plus tard, à y enfermer les résistants, les gitans…
Parmi ces populations de déshérités espagnols, les plus chanceux, serviront de main-d’œuvre aux paysans de la région, mais d’autres seront les premiers enrôlés dans les compagnies de travail obligatoire avant d’être cédés aux Allemands qui ont besoin de main d’oeuvre. Ainsi, et on le dit peu, bon nombre seront déportés en Allemagne, vers des camps d’une autre nature, vers l’holocauste : Dachau, Buchenwald et Mathausen, où 7000 Espagnols vont périr. Pourtant à la déclaration de la seconde guerre mondiale, de nombreux Espagnols, qui ont encore le goût amer de la défaite en Espagne, vont s’engager dans les Régiments de Marche des Volontaires Étrangers ou directement à la Légion Etrangère. Ces Espagnols vont animer bon nombre de lieux de résistance contre l’ennemi. Ils s’illustreront bien souvent et, même si l’histoire de la France se veut l’oublier, ce sont leurs chars qui entreront les premiers pour libérer Paris.

 

Toulouse, leur capitale de cœur ?
 
Les plus heureux seront accueillis à Toulouse et y prendront force et racine, au point d’en faire leur capitale de cœur.
Depuis toujours et dès avoir posé le pied sur la terre de France, ils ont “ouvragé”… Ils ont “travaillé”, marqué de leurs empreintes le temps, l’histoire, leurs passages ici et là. Une envie de vivre, de résistance supérieure qui ne s’était pas éteinte la frontière passée ; «un jour ils reviendraient». Alors, tout ce qu’ils avaient à portée de mains désormais ils le transformeront, l’habilleront d’espoir, de renouveau, et malgré tout de beauté. Le bois, la pierre, le sable, autant de “matières” qu’ils sauront apprivoiser de la plus rare des manières. Aujourd’hui, ce sont leurs enfants qui en parlent probablement le mieux et particulièrement à travers leurs réalisations artistiques qui vont “toucher” le marbre, la toile, le bois, le fer…

 

A Toulouse, ils reviennent exposer

C’est le Président de Solidaridad Democrática Española qui, pour marquer les 70 ans de l’exode, a émis le vœu d’une telle entreprise, d’une telle exposition. L’idée à peine lancée et encore une fois l’Ensemble Conventuel des Jacobins et sa remarquable conservatrice Monique Rey-Delqué sauront la réaliser. Sublimer la mémoire de ces Hommes et de ces Femmes, nous inciter au souvenir et au respect et surtout au plus difficile : apprendre à connaître l’autre et espérer : plus jamais ça…
Mais aussi, prendre le relais, perpétuer la mémoire de ceux qui, en 1947 dans une exposition unique, regroupaient à la CCI de Toulouse le meilleur de ce qui pouvait se faire alors, tant par les noms d’artistes présentés que par les œuvres exposées. Pablo Picasso, Antonio Clavé, Forcadell-Prat, Joaquim Peinado, Antonio Alós, Francisco Bajén, Juan Gris, Francisco Manuel Camps Vicens, Hilarión Brugarolas, Argüello Palmeiro, Manolo Valiente, Blasco Ferrer, Joan Call Bonet etc… Un événementiel artistique qui aura une suite inédite, deux mois plus tard, pour être présenté à Paris, à la galerie “La Boétie”.
On souhaite que celle de 2010 ait la même reconnaissance…
A suivre

André G. Gallego


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