A cheval sur l’étiquette

L’étiquette est déterminante de la chaîne alimentaire, vestimentaire ou autre. Elle déclenche très souvent l’acte d’achat d’un bien. Les fabricants savent depuis longtemps que la forme, la couleur, l’aspect général du produit, sont tributaires de ce petit bout de papier, de carton ou de  la gravure sur l’emballage. Les spécialistes du marketing déploient des trésors d’imagination pour nous informer ou tromper notre vigilance. Il faudrait lire, avec attention, les lignes écrites en fins caractères qui disent toute la vérité. On apprendrait des choses fabuleuses en prenant connaissance des indications portées sur un paquet de biscuits. On peut, par exemple, y découvrir que des madeleines sont fabriquées sans œuf…

 
C’est très fort, de présenter un biscuit sans œuf ! On ne sait pas vraiment par quel produit chimique les œufs sont remplacés. En prenant la boîte sur l’étalage, on ne fait attention à rien ou presque, sauf… au prix. Prix qui est lui-même l’objet d’une étiquette qu’il faut savoir lire ! Sans étiquette, le produit est sans intérêt pour le consommateur, incapable de discerner l’usage d’une boîte de conserve ou d’apprécier, par avance, le contenu d’une bouteille de vin. Il y a tant à dire sur l’étiquetage des bouteilles de vin… Un tonneau d’écritures n’y suffirait pas. Il y a maintenant une contre-étiquette – placée au dos de la bouteille – qui, paraît-il, nous permet de mieux comprendre ce que l’on veut nous faire boire. Et pourtant, sans étiquette, le produit est nu. Cela est tellement vrai que la tendance veut que tout soit étiqueté pour être identifié, y compris les individus. Cela nous donne la joie de voir à la sortie d’une réunion professionnelle des congressistes qui, ayant oublié d’ôter leurs badges, ressemblent aux bestiaux d’un concours agricole, eux-mêmes tributaires d’un collier passé autour du cou…

Grands moments de confrontation

Il arrive même que des hommes politiques soient “sans étiquette”, donc sans indentification bien claire sur leurs opinions. Tout un programme ! Les spécialistes de la conception de l’étiquetage ont également le don de nous agacer quelque peu. Pas seulement par leur créativité ou leurs images incitatives à l’achat mais aussi et surtout par la manière d’utiliser l’étiquette comme un moyen de lutte contre le coulage. Le processus est toujours le même : Tous les consommateurs paient pour quelques malveillants. Dans cet esprit, qui n’a pas pesté contre ces étiquettes impossibles à décoller, apposés sur un verre ? Sans compter qu’il y a aussi les étiquettes placées en plusieurs morceaux qui ne veulent jamais se laisser complètement gratter pour disparaître. Les moins pugnaces d’entre nous finissent par mettre sur la table une bouteille qui comporte encore les restes du puzzle de prix et des souillures de colle. L’objectif de ces colles est de faire obstacles aux petits malins qui auraient décollé un prix inférieur pour le coller sur un produit de qualité supérieure. Il y a aussi cette étiquette magnétique que le vendeur d’un grand magasin omet de démagnétiser et qui vous donne le plaisir d’être pris en défaut par le vigile à la sortie. Le rouge vous monte aux joues et vous êtes contraint de justifier votre achat, ticket à l’appui, au milieu de badauds qui vous prennent déjà pour un voleur. L’achat d’un vêtement génère aussi de grands moments de confrontation avec les étiquettes. Il y a en partout. Celle de la taille dans le cou, celle des modes de lavage sur le côté intérieur, la marque, agrafée sur une manche et pour faire bon poids, le prix qui se trouve enfoui dans une liste de chiffres et références qui pendouillent au bout d’un petit bout de carton accroché à un bouton de veste ou de pantalon.

Espions

A noter que les références à usage interne permettent au vendeur averti de tout savoir y compris le prix d’achat du vêtement ; ce qui lui permet de calculer éventuellement la remise qu’il peut vous accorder immédiatement… Ou non ! Ajoutons à tout cela l’étiquette rouge et blanche “solde”. L’étiquette est par ailleurs indispensable au voyageur qui, par principe pourra identifier ses bagages au milieu des autres ou en cas de perte. Cela étant, l’étiquette de bagage qui précise bien sûr votre identité et votre adresse donne de précieuses indications à certains aigrefins qui vous repèrent dans la file d’attente d’un aéroport lorsque vous êtes en partance pour les Canaries. Ils savent ainsi qu’ils disposent d’une bonne semaine pour visiter votre appartement. La prudence exige que les coordonnées soient simplement protégées de la vue des indiscrets, sauf à inscrire l’adresse de votre fille ou du commissariat le plus proche de votre domicile. L’étiquette est devenue aussi un moyen de traçabilité du produit et du consommateur d’où les fameux codes barre qui depuis quelques années évoluent vers ce qu’il est d’usage de dénommer des “étiquettes intelligentes” qui, à partir d’une technologie de radio-identification  se comportent comme de véritables “espions” de nos habitudes de vie. Au milieu de toutes ces étiquettes, j’allais oublier la plus importante : celle qui guide nos pas au quotidien et qui fait que chacun d’entre nous est respectueux du cérémonial, de l’ordre des préséances et de manière générale de tout ce qui peut choquer ceux qui ne sont pas attentifs au protocole. Nous vivons dans un monde où à chaque instant nous sommes très exigeants des règles de politesse et de courtoisie les uns envers les autres, n’est-ce pas ? “A cheval sur l’étiquette” en quelque sorte… On peut toujours rêver, non ?

Gérard Gorrias


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