4ème Semaine du Cerveau ; Mystérieux organe…

Jusqu’à dimanche, se déroule à Toulouse, Tournefeuille, Ramonville et Rieumes, la 4ème édition de la Semaine du Cerveau. Associant chercheurs et artistes par le biais d’expositions, de conférences-débats, d’animations scolaires, cette manifestation vise à sensibiliser le grand public aux enjeux et aux avancées de la recherche sur cet organe qui livre peu à peu ses secrets. Elle est organisée par l’Institut des Sciences du Cerveau de Toulouse* dont le Directeur est le médecin neurologue François Chollet. Interview.

 
François Chollet, cette Semaine du Cerveau en est à sa 4ème édition. En quoi est-ce important pour les scientifiques d’aller au devant du public ?
Les scientifiques ont envie d’aller au devant du public pour lui faire partager leur passion pour la découverte du mécanisme du fonctionnement du cerveau. C’est ça leur motivation. Et c’est autre part, un acte citoyen que d’aller rendre compte au public des résultats des recherches et de montrer aussi, ce qui est important pour les patients, que l’on se préoccupe de trouver des solutions à des maladies difficiles à appréhender et à comprendre.

On dit que le cerveau est bien sûr un organe essentiel mais qu’il est aussi mystérieux. Où en est-on de sa connaissance ?
On a beaucoup progressé, en particulier grâce au développement de l’infiniment petit, de ce qui se passe à l’échelle de la molécule. Mais aussi grâce à ces gros outils de neuro-imagerie qui permettent de voir le cerveau en fonctionnement. Ce qui était complètement mystérieux il y a une dizaine d’années, est en train de livrer des secrets. On a beaucoup avancé sur son fonctionnement et sur la façon dont il est capable en permanence de s’adapter à une situation nouvelle.

Par exemple ?
C’est un exemple qui touche les gens bien portants comme les malades. Lorsque vous découvrez quelque chose, vous apprenez sans le savoir. Au cinéma, vous découvrez un film et vous en ressortez avec une connaissance différente. Cet apprentissage-là, c’est le cerveau qui le réalise et qui a modifié sa circuiterie pour vous permettre d’assimiler tout cela. Chez les patients qui ont une lésion dans le cerveau, celui-ci essaie toujours de la compenser, de se réorganiser pour la court-circuiter, et faire comme si elle n’existait pas, pour la minimiser. C’est ce que l’on appelle la plasticité cérébrale. Mais il reste beaucoup à faire. On n’a pas tout compris dans la genèse des maladies, dans la manière de les traiter.

 

 
Un futur Plan AVC

Justement, un Français sur deux serait à l’heure actuelle touché par une maladie du cerveau (Alzheimer, Parkison, sclérose en plaques, épilepsie…). Vous confirmez ?
Oui même si cela dépend des maladies et de ce que l’on entend par maladie ; certaines choses étant des affections et non des maladies. Mais il est vrai que les maladies du cerveau sont nombreuses et touchent beaucoup de monde.

A quoi est-ce dû ?
Le cerveau est aussi un organe fragile. Il est très vite sujet à des agressions, microbiennes, vasculaires, des traumatismes. Cette fragilité est la cause des maladies du système nerveux.

On suppose que du fait de l’allongement de l’espérance de vie, cela va s’aggraver ?

Votre question est intéressante. On dit que le nombre de porteurs d’Alzheimer augmente mais c’est parce que la vie s’allonge. Il y a trente ans, ils étaient moins nombreux parce que l’espérance de vie était plus courte. Alors, oui, l’allongement de la durée de vie laisse envisager le fait que les maladies neuro-dégénératives vont augmenter en fréquence, en valeur absolue.

Pour les patients atteints de ces maladies et leurs proches, la recherche ne va jamais assez vite. Est-ce dû au manque de financement ? Quels sont les besoins ? Que peut-on dire à ces personnes ?
Il existe quelques exemples de réussite, même s’ils sont imparfaits au niveau de l’organisation de la recherche, tel que le Plan Alzheimer. Il a le mérite de mettre les acteurs en marche ensemble et de faire en sorte qu’il y ait un effort national, sans doublon, avec des investissements calculés, etc. Après les régionales, vous allez voir apparaître un Plan sur les Accidents Vasculaires Cérébraux. Dans ce cas-là aussi, les pouvoirs publics ont le pouvoir de faire en sorte que les efforts de recherche aillent dans le même sens.

 

Dynamique culturelle

L’Institut des Sciences du Cerveau de Toulouse dont vous êtes le directeur, a pour vocation d’entreprendre des recherches en neurosciences intégratives chez l’homme. Pouvez-vous nous en dire plus ainsi que sur son fonctionnement ?
Le mot “intégratif” signifie que nos recherches se font sur le cerveau dans son ensemble, sur l’organe et non uniquement sur une molécule. L’Institut fait des recherches sur le fonctionnement du cerveau (humain et sur certains modèles animaux), qu’il s’agisse du cerveau sain mais aussi de la compréhension des maladies. Nos six équipes mettent leurs forces en commun afin de trouver des traitements adéquats. Elles sont en train de se regrouper sur le site de Purpan pour une meilleure efficacité et bien sûr pour se rapprocher des patients.

Pour cette Semaine du Cerveau, les chercheurs de l’Institut s’associent à des artistes. Pour quelle raison ?

Il nous semble que lorsque l’on touche au cerveau, que ce soit pour le comprendre ou pour essayer d’en éradiquer les maladies, on touche à la personne. Et dans ce cas, la dimension culturelle est incontournable. La vie, ce n’est pas que la science et les scientifiques sont extrêmement sensibles à cette dynamique culturelle qu’il peut exister autour de leurs spécialités. Et puis l’artiste a la capacité dans son imaginaire de créer une représentation d’un système scientifique qui pourrait être incompréhensible pour les autres. C’est une autre vision qu’il nous paraît important d’associer car ces artistes vont aussi permettre au public de s’interroger.

Propos recueillis
par Claire Manaud

L’Institut des Sciences du Cerveau
de Toulouse regroupe des chercheurs
du CNRS, de l’Inserm, du CHU
de Toulouse et des Universités Paul
Sabatier et de Toulouse le Mirail.
Retrouvez tout le programme toulousain de la 4ème Semaine du Cerveau
sur www.ifr96.ups-tlse.fr


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.