150 ans de folie !

L’Hôpital Gérard Marchant fête du 30 juin au 18 octobre un siècle et demi d’existence à travers des journées découverte, des conférences ou des expositions. L’occasion de revenir sur 150 ans de prise en charge psychiatrique.
«Nous sommes dans une période où la psychiatrie n’est pas portée. Il faut montrer la diversité qui se cache derrière la santé mentale et les soins publics. Personne ne connaît vraiment l’Hôpital Marchant.»

 

«Nous sommes dans une période où la psychiatrie n’est pas portée. Il faut montrer la diversité qui se cache derrière la santé mentale et les soins publics. Personne ne connaît vraiment l’Hôpital Marchant.» Claude Touchefeu, présidente du conseil d’administration, résume bien la nébuleuse qui flotte autour de l’univers psychiatrique, symbolisé à Toulouse par l’Hôpital Marchant. Inauguré en 1865 sous le nom de Braqueville, cette structure fête cette année son siècle et demi de fonctionnement, mais qui sait vraiment ce qui se cache derrière les murs de ce modèle d’architecture ?
Il y a 150 ans, les malades étaient classés selon cinq catégories : agités, tranquilles, demi-tranquilles, gâteux et idiots. Des dénominations qui pourraient faire sourire aujourd’hui mais qui traduisaient déjà à l’époque une volonté de soigner la santé mentale. Considéré comme une “ville thérapeutique”, l’Asile de Braqueville s’étendait sur 25 hectares avec cultures maraîchères, château d’eau, écuries et ateliers, en vue d’une autonomie qui lui permettra de traverser les années. Face à lui, l’ONIA et la poudrerie sortent de terre au début du XXème siècle avant d’être bombardés lors de la seconde guerre mondiale, détruisant au passage deux quartiers entiers de l’hôpital devenu Gérard Marchant.

 


Vers l’externalisation des soins

Dans les années 50 et 60, l’arrivée des neuroleptiques oblige la structure à se diversifier avant d’inaugurer un centre social et un service pour enfants. Mais l’explosion de l’usine AZF le 21 septembre 2001, à 200 mètres de l’hôpital, va rendre inutilisable la plupart des bâtiments. On dénombrera 42 blessés sur le personnel et les 368 patients, éparpillés durant des années dans les diverses structures du département. Cette tragédie aura le mérite d’accélérer la politique d’extériorisation des activités de l’hôpital, mettant fin au système d’enfermement dans les asiles.
Aujourd’hui, l’hôpital Marchant compte 322 lits pour les soins longue durée contre 1 000 il y a 50 ans, ceci au profit des centres de consultation proches du domicile du patient, de places en hôpital de jour et de centres thérapeutiques. En 2007, la psychiatrie générale a comptabilisé 2 987 entrées et plus de 13 000 journées d’hospitalisation. Les médecins ont suivi 1 382 enfants et 2 822 détenus à travers les différentes structures du département. Mais l’Hôpital Marchant n’a rien perdu de son caractère de “ville thérapeutique” cher à son fondateur. Les patients disposent d’un cadre incomparable, d’appartements, d’ateliers médiatisés et d’équipements sportifs. Actuellement, 650 malades suivent les ateliers et environ 80 par jour suivent une activité sportive, le tout sur prescription du médecin. Soit des nouveaux moyens pour traiter la santé mentale. «Le sport est un support aux soins. Il permet d’être dans la relation, la communication, l’échange. Durant la pratique sportive, les patients mettent en sommeil leurs problématiques et sont dans le mieux-être provisoire. Le sport doit rester un moment de plaisir et de détente», explique l’infirmier responsable de la pratique sportive.

 

Malades stigmatisés

Ces infirmiers constituent des repères indispensables pour les patients, même s’ils ne sont pas assez nombreux ; comme l’ensemble du personnel selon Michel Thiriet, directeur du centre hospitalier : «La capacité de Marchant n’est plus celle d’avant AZF alors que la courbe de la population, les besoins en santé mentale et les problèmes d’accessibilité aux soins de courte durée nécessiteraient de développer des structures ambulatoires. L’an dernier, nous avons signé un contrat d’objectifs et de moyens : il prévoit la mise à niveau des capacités d’accueil d’ici cinq ans car nous possédons l’un des taux d’équipements le plus bas de France. L’autre préoccupation est le renouvellement des médecins. Normalement, la France doit compter 7 psychiatres pour 75 000 habitants. Nous sommes actuellement dans la région à 5,5 pour 140 000.»
Pourtant, les psychiatres défendent leur activité sans jamais la dénigrer : «Les malades mentaux souffrent de discrimination car nous sommes pétris de préjugés. Avant on parlait de gardiennage et de surveillance, aujourd’hui les soins priment. Ce que nous faisons relève de l’art car nous inventons tous les jours de nouvelles stratégies», confie le docteur Catherine Amoyal. Et sa confrère Patricia Parry de résumer de belle manière un pan de la médecine qui peut toucher tout un chacun : «La psychiatrie est peut-être stigmatisée mais les patients ont cette force de nous confronter à notre propre humanité.»

Sophie Orus

150 ans de l’Hôpital Marchant
Du 30 juin au 18 octobre



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.