Thomas Simonian
Thomas
Simonian

11 Imams Israéliens à Toulouse: Entre Foi et Espoir de Paix…

Rencontre au Quai d’Orsay le jeudi 4 avril

… Et même «Devoir» de tout faire pour que la Paix s’installe définitivement dans ce Moyen-Orient où quoique l’on dise, fasse ou conteste une part de nous y est inscrite à jamais. Et, avec le secret espoir que si l’on réussissait à faire «partir» la Paix depuis la France, pays des Lumières, le symbole serait à jamais partie prenante de notre histoire contemporaine.

Monsieur Hassen Chalghoumi Imam de Drancy, président de la “Conférence des imams de France”, chef de file d’une nouvelle représentation de l’Islam en France

«La religion n’est pas autre chose que l’ombre portée de l’univers sur l’intelligence humaine», nous prévenait Victor Hugo. Près de 135 ans plus tard, ce grand penseur semble avoir toujours plus raison, aujourd’hui qu’hier… Tant l’actualité met les religions au cœur des défis, des conquêtes et surtout des guerres tribales. Avec ces questions qui, dans toutes les décisions politiques ou pas, restent en filigrane : faut-il avoir peur du communautarisme ? Et pour le pays des Droits de l’Homme, comment les différents groupes religieux, ethniques ou nationaux cohabitent-ils dans la France de 2013 ? Existe-t-il des risques de repli identitaire qui mettraient en péril le pacte républicain ? Le communautarisme, est-ce trop tard pour en débattre ? Est-il vrai que dans certaines de nos villes, nos élus se doivent pour tout ce qui concerne les décisions touchant à l’organisation sociale de la ville, vie religieuse, scolarité, logement, de traiter avec les représentants de chacune des innombrables communautés composant ses «communes-mosaïque» ? Le patriarche de ci, le leader de ça, l’évêque d’ici, le rabbin de là, les imams des différentes tendances de l’islam, sont-ils dans l’organisation de la société française, aussi incontournables que prétendus ? Sinon à penser qu’il n’est plus très loin le moment où nos élus devront se faire marabouter par quelques chefs de confréries africaines, s’ils veulent avoir une chance d’être élus ?

Alors, qui est dans le vrai ? Ceux qui prétendent que le communautarisme, n’est qu’un fantasme d’intellos parisiens ? Ou ceux qui dénoncent ces coups de canif au contrat républicain ? Voire ceux qui prétendent droit dans les yeux que les communautés n’ont pas de revendications spécifiques et que si elles en avaient, elles seraient refusées. La République, c’est la République ? On aimerait le croire.

La vérité n’est probablement pas aussi transparente que prévue, dans un pays qui pensait malgré tout avoir inventé, voilà plus de 100 ans, le pare-feu à toute dérive religieuse : la Laïcité.

Sauf qu’aujourd’hui loin de nous protéger de tout excès identitaire, ce compromis que nos législateurs pensaient avoir trouvé pourrait simplement voler en éclat. Tant la tension est grande, notamment dans la communauté musulmane française qui prend le plus souvent prétexte du conflit israélo-palestinien, pour exacerber les différends que l’on sait. Voire à motiver une véritable surenchère en revendiquant au-delà de lieux de prière, des us et des coutumes importées d’ailleurs… Alors que justement dans bon nombre de pays dont elle est originaire, rien de tout cela et notamment le port du voile, n’est toléré.

Oui, une Laïcité qui tous les jours montre ses limites et se retrouve remise en question. Car si elle prône la liberté de culte, elle se refuse comme par logique, diront certains, à l’organiser. A titre indicatif en Israël les Imams sont rémunérés l’équivalent de 2000 dollars/mois, les mosquées comme les lycées religieux sont eux aussi financés par l’Etat. Alors que dans le même temps, dans notre pays les Imams sont rémunérés avec des dons. Notamment en provenance de l’étranger, mais aussi de la part d’organisations qui en échangent et comme de logique influencent grandement les prêches de ces derniers.

Sans oublier que l’Europe est judéo-chrétienne et qu’à ce titre on serait en droit d’exiger, de la part des pays musulmans, la réciprocité. Et au titre de l’exemple, de pouvoir poser la question du sort qui est réservé aux Chrétiens d’Orient ?

Monsieur Yossi Gal, ambassadeur d’Israël en France, grand artisan de ces rencontres

Sauf qu’à vouloir trop jouer avec le feu, à avoir montré trop de lâcheté, on en arrive à l’affaire Merah et à ses victimes innocentes. Victimes pour lesquelles nous avons tous notre part de responsabilité, oui nous sommes tous coupables. Ne l’oublions jamais.

 

Des imams israéliens en visite à Toulouse

 

C’est dans ce contexte bien particulier et accueillie comme une bouffée d’oxygène qu’une délégation de cinq imams israéliens, originaires de plusieurs régions de ce pays, ont décidé de venir apporter la bonne parole en France, leur part de vérité dans un contexte politico-religieux que beaucoup qualifient de hautement symbolique et de particulièrement historique. Certes, la réciprocité à la visite, en novembre dernier et très médiatisée à l’époque, des imams de France en Israël et dans les Territoires palestiniens, comme à leur rencontre le 10 mars dernier, à Paris, avec le président israélien Shimon Pérès. Délégation à la tête de laquelle on trouvait déjà, pour ouvrir ce chemin de paix, de connaissance et de partage, l’imam de Drancy Hassen Chalghoumi, président de la « Conférence des imams de France ». Un homme rare, un humaniste responsable, dont on ne dira jamais assez le rôle décisif qu’il aura eu pour le rapprochement des Hommes de toutes cultures et de toutes confessions en France, en Israël et dans l’euro-Méditerranée.

Tout faire avec le soutien des autorités Françaises et Israéliennes, comme nous le rappelait l’ambassade d’Israël, pour «que le rôle des chefs religieux soit renforcé dans le rapprochement inter-religieux». Une visite qui s’inscrit dans une volonté de «changer le regard» entre les communautés et pour cette délégation d’Imams Israéliens, plus précisément d’être surtout le témoin d’une coexistence que tous souhaitent pacifique. Rappelons que c’est la première fois que viennent dans notre pays des représentants officiels de l’importante minorité arabe d’Israël, qui représente 20 % de la population.

 

Les représentants du Quai d’Orsay

Le vivre ensemble en Israël

 

Une initiative qui doit perturber les stratégies maléfiques des extrémistes, de tous les bords et comme toujours des plus bruyants. De ceux qui cherchent à délégitimer l’État d’Israël en dénonçant un soi-disant « apartheid » et voudraient faire du conflit israélo-palestinien une guerre de religions. Plus, à l’attention de celles et ceux qui voudraient importer ce conflit dans notre pays, la plus belle et la plus légitime des réponses était, justement, dans les paroles de paix prononcées par ces dignitaires musulmans. Les témoins privilégiés et indiscutables de ce qu’est le vivre ensemble en Israël.

Mais au-delà des paroles entendues, à Paris, à Toulouse et à Marseille demain, le simple fait de réunir autour de la table et pour un même combat la «Paix en Israël et dans le Monde», tant de responsables des deux communautés, a quelque chose de magique, de surréaliste, prétendu impossible voilà encore quelques mois. Et quelle émotion pour certains jusqu’aux larmes, j’en suis, à entendre les propos des uns et des autres, en français, en hébreu puis en arabe pour que la lumière nous éclaire enfin sur ce chemin.

 

Aujourd’hui on ne peut plus dire « je ne sais pas »…

Madame Nicole Yardeni, présidente du CRIF à Toulouse, qui recevait la délégation au sein du centre culturel judaïque

 

A Paris, au Quai d’Orsay, tous les membres de la délégation israélienne ont parlé de la localité dont ils étaient originaires, en insistant sur la parfaite liberté de culte dont bénéficient les citoyens musulmans du pays. Le Cheikh Mohamed Ali Kiwan a évoqué la dimension plurielle de son travail, puisqu’il est un conférencier, diplômé en dialogue inter religieux. Le Cheikh Al-Oubra lui, a parlé de sa ville de Rahat où vivent 60000 Bédouins et surtout des 120 mosquées au sud du pays. Le Cheikh Kayal de son travail avec la direction des cultes au sein du gouvernement israélien, celui qui a permis d’améliorer la condition des imams. Habitant des villes « mixtes » où vivent des Israéliens de différentes religions, Cheikh Slimane Saad Satel de Jaffa et Cheikh Rashad Abou Alhija de Haïfa, ont rappelé combien la coexistence entre les communautés était une chose tout à fait naturelle chez eux. Ainsi, par exemple, à Haïfa où vivent 200.000 Juifs, 15.000 Chrétiens et 15.000 Musulmans, le Ramadan est l’occasion, pour eux, de recevoir Prêtres et Rabbins. À Jaffa où vivent 20.000 Arabes, 5.000 chrétiens et 40.000 Juifs, il y a des écoles religieuses, privées, ou mixtes où se retrouvent tous les enfants.

Un groupe dédié au dialogue a été créé, il organise des manifestations pour rapprocher les différentes communautés. Mais les témoignages les plus étonnants ont peut-être été ceux des deux fonctionnaires qui accompagnent la délégation. Yaakob Salamee qui est le directeur des affaires cultuelles pour toutes les minorités du pays. Ce haut fonctionnaire d’origine Druze a autorité sur 400 agents de l’État; dont 340 employés musulmans. Bahig Mansur, autre Druze, responsable au ministère des Affaires étrangères, nous rappelait tout simplement que les Druzes étaient le « ciment de l’État d’Israël » et rendait un hommage émouvant à Richard Prasquier, Président du CRIF, pour tous les échanges amicaux déjà noués entre Druzes et Juifs de France. D’autres membres de la délégation prononceront, au cours de ces échanges, à Paris comme à Toulouse, quelques messages forts que l’on ne peut omettre de diffuser : «Nous sommes là pour dire aux extrémistes, vous ne gagnerez jamais»… «Chez nous, les femmes musulmanes s’habillent comme elles le veulent»… «En Israël, il y a des Musulmans qui ont des positions importantes dans tous les ministères»… «… N’oubliez pas de rappeler à vos enfants que dans le Coran, il est dit que tous les Hommes sont les fils d’Adam»…

Pour l’imam Hassen Chalghoumi, celui qui au péril de sa vie, a donné l’élan à ces rencontres : «l’immense majorité des musulmans qui habitent sur le territoire de la République, s’oppose à toute forme d’antisémitisme, mais ils ne sont malheureusement pas assez médiatisés. Oui, nous avons le désir de présenter un autre islam de France. Un islam modéré, bien impliqué dans la vie de la société et luttant sans relâche contre l’antisémitisme, mais pas seulement. Témoigner de ce qu’est la réalité du quotidien pour les musulmans israéliens. De la manière dont cet Etat facilite justement et bien plus qu’ailleurs la possibilité de vivre sans aucune contrainte sa foi».

A son tour, l’Ambassadeur d’Israël en France, Yossi Gal, très touché par cette initiative, prenait la parole en arabe, langue de «son enfance» : «Les Juifs comme les Musulmans sont les enfants d’Abraham. Deux peuples qui aspirent à la paix. Aujourd’hui comme hier, il faut savoir tout mettre en œuvre pour combattre et rejeter les extrémistes».

L’ensemble de la délégation des Imams d’Israël au Quai d’Orsay

De son côté en recevant la délégation à Toulouse, Nicole Yardeni présidente du Crif dans la ville rose, a tenu à remercier l’Imam Hassen Chalghoumi et la délégation d’Imams Israéliens «pour leur courage et la détermination dont ils font preuve dans leur combat. Un combat qu’elle partage, en faveur de la paix, du rapprochement entre les peuples, du vivre ensemble entre les communautés».

Un seul bémol et il concerne nos prétendus grands médias qui n’étaient pas là pour témoigner, pour apporter la bonne nouvelle dans les coins les plus reculés de nos villes, nos campagnes et dans nos quartiers sourds à tout. Probablement un sujet moins vendeur que les évasions fiscales de quelques dirigeants politiques irresponsables.

 

André Gallego

Directeur de la ligne éditoriale

Président de France Génération Plurielle

 

Avec le concours de l’Ambassade d’Israël en France, le Ministère des Affaires Etrangères des deux pays, le personnel du Quai d’Orsay, le CRIF et l’association « Conférence des Imams de France »…

 

 

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