Un congrès rose pâle

Le 76e congrès du Parti Socialiste s’est tenu à Toulouse du 26 au 28 octobre derniers. Très symbolique, il marque le retour à Toulouse des ténors du parti après vingt-sept ans d’absence (depuis le sacre de Lionel Jospin nommé premier secrétaire en 1985) et celui de la victoire de la gauche à l’élection présidentielle.

Contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer deux heures avant l’ouverture officielle du congrès du parti dit «du peuple», vainqueur de toutes les dernières échéances électorales, c’est sans problème que l’on peut accéder au Parc des Expositions. Pas de marée humaine «rose», pas encore de bus, juste un regroupement de drapeaux rouges CGTistes devant l’entrée principale. Il est vrai que nous sommes vendredi midi, veille de vacances scolaires. Harlem Désir est annoncé à 14h15. A l’intérieur, trois halls sont alloués au Congrès. Un pour la presse, un pour ce qui est appelé «la plénière», là où tout le monde est rassemblé, et un dernier pour des stands divers et variés. 15h : le Premier Secrétaire arrive. Accompagné de Pierre Cohen, leur entrée est digne d’une montée des marches à Cannes ! Assaillis par les médias, Harlem Désir et le maire de Toulouse se frayent un chemin vers la salle. A la tribune Pierre Cohen se lance dans un discours d’accueil affirmant que «ce congrès sera historique» et assure son soutien à Harlem Désir à qui il adresse un «Oui Harlem, la tâche sera dure !» L’après-midi se poursuit sur le thème, si cher aux socialistes, de l’Europe. Se succèdent au micro la députée européenne Catherine Trautmann (ministre de la Culture sous le gouvernement Jospin), Sigmar Gabriel, président du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) puis Pier Luigi Bersani, président du Parti démocrate italien. Inspiré, probablement suite à l’annonce de la condamnation de Berlusconi, PL. Bersani explique «Nous, démocrates italiens, nous voulons tourner la page, comme François Hollande l’a fait au printemps».

 

«Nous devons ré-enchanter l’Europe»

Se présente ensuite à l’assemblée la très attendue dame de Poitou-Charentes. Veste blanche et teint de rose, Ségolène Royal ponctue son discours de petites phrases marquantes dont elle a le secret : «L’austérité n’est pas une fatalité, nous devons ré-enchanter l’Europe», «l’objectif, c’est d’apporter le bien-être à nos peuples» ou encore «Renouons avec l’espoir et mettons en place les Etats d’Europe Unis». Ségolène Royal rappelle également, plus sentencieuse, que «cette sortie de crise est conditionnée par la réalisation de ce que nous avons promis» et qu’il faut «accélérer». La fin de journée se poursuit avec différents orateurs comme Stéphane Hessel, Julien Dray, Pierre Izard, Martin Malvy.

Samedi, l’accès au site est déjà plus difficile. La venue de nombreux ministres, les manifestations et le match TFC-Brest au Stadium sont autant d’événements qui justifient le gros dispositif policier sur l’île du Ramier. Aujourd’hui, la salle est comble. Les ténors du parti sont attendus au micro. C’est un festival, les phrases assassines à l’attention de l’UMP fusent. Il n’y a pas de rose sans épine. Chaque intervenant consacre au moins deux minutes de son temps de parole à accabler le parti adverse, les têtes d’affiche comme Jean-François Copé ou François Fillon en prennent pour leur grade. En dépit de son absence médiatique, le président sortant Nicolas Sarkozy est dans tous les discours. Nous assistons aussi à un duel qui permet d’apprécier à quel point le «spectre» des gens de gauche est large avec, en l’espace de dix minutes, Gérard Collomb (maire de Lyon) et Gérard Filoche (anciennement membre de la LCR) au micro. Deux courants, deux visions qui n’ont pas vraiment trouvé de point de convergence idéologique.

 

Un Jean-Marc Ayrault en verve

Arrive l’heure où la première secrétaire sortante se présente devant l’assemblée. Un tonnerre d’applaudissements l’accompagne. Martine Aubry appuie sur le nouveau rôle du Parti : «Nous devons accompagner le Gouvernement». Parmi ses phrases les plus marquantes : «Les sirènes de la démagogie et du populisme, ça va un temps», «Controns la Droite et soutenons le Gouvernement», ou encore «Ayrault est un homme de gauche qui est droit». Les Ministres se succèdent à la tribune : Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Stéphane Le Foll, Pierre Moscovici puis c’est au tour du premier d’entre eux de s’exprimer. Un Jean-Marc Ayrault en verve qui affirme avec assurance : «Nous choisissons d’être audacieux en actes plutôt que radicaux en paroles». Il revendique avec force sa méthode, l’assume et en appelle à toutes les forces du pays pour lutter contre la crise car pour lui : «L’heure est trop grave pour que nous ne cherchions pas la solidarité dans l’effort».

Dimanche, dernière journée, il est encore plus difficile que la veille d’approcher le site. Les forces de l’ordre sont «sur les dents», un événement supplémentaire leur complique la tâche : le marathon de Toulouse. Le discours du nouveau Premier Secrétaire est très attendu, la «grand’ messe» comme on dit ! Harlem Désir investit la tribune et entame son discours avec fierté et détermination. Pour lui, le «parti doit être solidaire et rassemblé, inventif et ambitieux, garant des soixante engagements de François Hollande». Fustigeant, lui aussi, la droite, il assure un soutien indéfectible à Jean-Marc Ayrault et au Gouvernement. Un discours auquel aucun ingrédient ne manque : la parité, la laïcité, les étrangers, les banques, l’Europe l’écologie… Tout y est. Après cette allocution et une standing ovation appuyée, le site se vide et le congrès ferme ses portes. Très rapidement, les militants bénévoles haut-garonnais qui ont assuré tout le week-end la sécurité, la restauration, l’accueil, se mettent à ranger, nettoyer pour laisser place nette.

Bonus : Top 3 des phrases qui réveillent

«Le non-cumul des mandats, on va y arriver !» M. Aubry
«Ce n’est pas parce que Copé et Fillon ne s’aiment pas qu’il faut empêcher les autres de se marier» H. Désir
«Nous n’avons aucune leçon à recevoir de la droite» H. Désir

 

 

Le congrès de toutes les mobilisations

«Le changement c’est pour quand ?»

Sanofi, Pilpa, France 3 régions, CGT et même le Confédération des Petites et Moyennes Entreprise (CGPME)… Le congrès toulousain du Parti Socialiste a été le point de rendez-vous de nombreuses manifestations. Les CGTistes ont été les premiers, regroupés devant l’entrée du parc des Expositions avant même l’ouverture du congrès. L’après-midi du samedi 27 a vu le rassemblement, dans les rues de Toulouse, de toutes les contestations. Selon les forces de police et les organisateurs 500 à 1 200 personnes ont manifesté en marge du congrès. Les Sanofi en tête avec leur délégation de 300 salariés. Les salariés de France 3 Midi-Pyrénées se sont joints à ce cortège mais ont également pu alerter les politiques de l’intérieur du congrès (avec tee-shirt et banderole sur leur stand) du plan d’économie menaçant leurs emplois. Venus de Carcassonne, les salariés du fabriquant de crème glacée Pilpa ont pu aussi exprimer leur inquiétude. Suite au rachat d’un fond d’investissement américain il y a moins d’un an, le site est en cessation d’activité. Les Pilpa veulent retarder le plan social, 124 emplois sont menacés. Un salarié nous confie «En même temps que nous apprenions la cessation, ils achetaient une usine en Italie. Nous travaillons toujours et respectons le produit qui sort de notre usine». D’autres manifestants venus nombreux, les militants du Parti de Gauche, du Parti Communiste, du NPA. Tous ont le même slogan sur les lèvres : «Le changement c’est pour quand ?»

 

Un nouveau secrétaire nommé Désir

Né à Paris en novembre 1959, Jean-Philippe Désir, grandit auprès de son père, directeur d’école, sympathisant du parti communiste, d’origine martiniquaise et de sa mère d’origine alsacienne, puéricultrice et militante CGT. Une licence de philosophie obtenue à la Sorbonne en 1983, il se fait connaître par son militantisme à SOS Racisme dont il sera président de 1984 à 1992. Il intègre Génération Ecologie le temps des législatives de 1993 pour rejoindre ensuite le Parti Socialiste à la fin de cette même année. Six ans et une condamnation pour «emploi fictif» plus tard, en 1999, il accède à un premier mandat électoral au Parlement Européen (il est toujours en mandature). De juin à octobre 2011, il assure l’intérim à la tête du parti, le temps des primaires socialistes. Le 27 mai 2012, il annonce sa candidature pour succéder à Martine Aubry qui le soutiendra. Il est désigné Premier Secrétaire le 18 octobre et prend officiellement ses fonctions le 28 du même mois lors du congrès de Toulouse.

Duel des dames roses

On ne peut pas vraiment dire qu’elles s’évitent. Les deux figures emblématiques, médiatiques et féminines du Parti Socialiste se sont bien saluées au Congrès vendredi en fin de journée. Pour l’une, malheureuse candidate à l’élection présidentielle de 2007, il faut «accélérer». Pour l’autre, ex-tête dirigeante du Parti l’heure est à «contrer la droite» et à «soutenir le gouvernement». Deux styles, deux discours, deux façons de voir différentes qui ont parfois du mal à se combiner.

Philippe Martin, député et président du conseil général du Gers

«Elles ont toutes deux un charisme naturel que nous devons utiliser au bénéfice du Parti».

 Marie-Agnes Espa

 



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