Un an ! Premier bilan de Hollande vu de Toulouse

Il y a un an, la France semblait ne plus supporter le style Sarkozy. Toute la presse s’en était fait l’écho… Au grand dam des proches du Président de l’époque, qui vilipendaient alors la classe journalistique en général. Nous pouvons notamment nous souvenir du dernier meeting toulousain du candidat Sarkozy (au Parc des Expos) où notre rédaction, comme beaucoup d’autres, avait été prise à partie par des militants UMP remontés à bloc contre les médias. Un an plus tard nous sommes maintenant au cœur du « Hollande bashing »… Un Président prisonnier d’une crise économique mais aussi morale sans précédent. Une analyse vue de Toulouse signée Thomas Simonian et Coralie Bombail.

 

Et pendant ce temps-là… La crise !

« La CGT a appelé à battre Nicolas Sarkozy, pas à élire François Hollande ». Le ton est donné. Pour Frédéric Caubère, représentant de la CGT 31, « il n’y a pour l’instant aucun changement dans la vie des salariés » depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir. Il faut dire que depuis des mois, les plans sociaux s’enchaînent et se ressemblent sur l’ensemble du territoire. Et avec la restructuration de Sanofi, Toulouse n’est pas épargnée. Un bon exemple « de ses entreprises qui dégagent beaucoup de bénéfices et qui licencient quand même » soulève-t-il. Une loi sur la reprise des sites rentables a été déposée le 30 avril dernier (et devrait être votée avant l’été, ndlr) mais le délégué syndical reste prudent, voire sceptique : « On sait que le entreprises organisent leur insolvabilité et leur déficit pour pouvoir vendre quand même. La proposition reste valable, mais la seule solution pour les salariés, c’est de se battre. » Se battre, la CGT s’y prépare, car elle attend au tournant la réforme sur les retraites annoncée par la ministre Marisol Touraine. Mais le projet le plus controversé pour la CGT reste à ce jour la loi sur la sécurisation de l’emploi « qu’on devrait plutôt appeler loi d’insécurisation, car il y a un décalage entre le nom et le contenu » note le syndicaliste. Cette loi, adoptée par le Sénat le 21 avril dernier, transpose l’accord national entre le patronat et trois syndicats (CFDT, CFE-CGC, CFTC). Alors que ce texte est censé apporter plus de droits aux salariés, contre plus de flexibilité aux employeurs  la CGT n’y trouve « aucun point positif ». Même la disposition sur les mutuelles (toutes les entreprises devront proposer d’ici le 1er janvier 2016 une complémentaire à leurs salariés, dont elles assureront au minimum la moitié du financement, ndlr) ne trouve pas grâce à ses yeux car « 95 % des salariés disposent déjà d’une couverture ». En outre, il regrette le fait qu’un contrat signé en entreprise « pourra désormais prévaloir sur la loi »…

« Il n’y a pour l’instant aucun changement » (Frédéric Caubère – CGT 31)

Et pendant ce temps, le Medef danse ? « Non on ne crie pas cocorico pendant que les autres pleurent », se défend Philippe Robardey, membre de l’équipe dirigeante du Medef 31. Le Medef au niveau national a plutôt adoubé le projet en question, mais cela n’a pas été sans concession : « Les syndicats de salariés pourront assister aux conseils d’administration, généralement réservés aux actionnaires. C’est incroyable, ça n’existe nulle part ailleurs ». Il tient à rappeler en outre, que cet accord « ne satisfait pas plus le Medef que les salariés, car les syndicats, à l’exception de deux d’entre eux, l’ont voté. Et quand on regarde qui était présent à la dernière manifestation contre le projet en mars, il y avait une majorité de fonctionnaires alors qu’ils ne sont pas concernés par la loi ! » soutient-il. Plus globalement, lorsque le représentant du Medef aborde le bilan de François Hollande sur cette première année de mandat, il reste très mitigé : « Durant les premiers mois, le président a beaucoup tapé sur les chefs d’entreprises, faisant passer les entrepreneurs pour ceux qui profitent du système, alors que les artistes, les sportifs notamment sont épargnés.» Philippe Robardey fait là référence à la loi de taxation à 75% sur les revenus de plus d’un million d’euros par an, qui a été retoquée par le Conseil constitutionnel. « Les chefs d’entreprises sont des salopards, et les autres ne le sont pas ! », voilà le message entendu par le Medef. Des relations tendues, aggravées par la loi sur la fiscalisation des plus-values en cas de cession d’entreprise -qui a soulevé le mouvement des pigeons- et « par une taxation en hausse de 20 milliards sur les entreprises ». Conséquence, selon le syndicat patronal, les entrepreneurs sont inquiets, ce qui freine les investissements qui pourraient relancer notre économie. Toutefois, dans ce sombre paysage, une lueur d’espoir renaît depuis la fin de l’année 2012 : « Le gouvernement s’est rendu compte que cette politique était contreproductive, il a réalisé un virage à 180°», remarque Philippe Robardey. Outre l’accord sur l’emploi, il souligne la mise en place des crédits d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), financés par une augmentation de la TVA dès le 1er janvier 2014. En substance, cette hausse de « l’impôt le plus injuste » comme l’a toujours désigné le PS car elle pèse sur les ménages de manière égalitaire, reviendra aux entreprises, à hauteur de 20 milliards d’euros sur deux ans. « Après avoir supprimé la TVA sociale sarkozyste, voilà la TVA sociale Hollandaise » résume Philippe Robardey. Le PS se renie-t-il en menant cette politique ? Arrive-t-on à un socialisme à la carte dont les beaux principes sont rattrapés par la réalité de la crise ?

Le tournant s’est opéré exactement au mois de novembre dernier, avec le Pacte de compétitivité inspiré par Louis Gallois. La compétitivité était pourtant un thème totalement absent de la campagne de François Hollande. Pire, le candidat avait vivement critiqué la TVA sociale de son prédécesseur… Le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, parle de « révolution copernicienne », quand le premier ministre Jean-Marc Ayrault évoque « un nouveau modèle français ». Sous les formules évasives, la distance est prise avec l’aile gauche du Parti socialiste qui prône une relance de la croissance par une augmentation des salaires, donc du pouvoir d’achat, et donc de la consommation. Un état interventionniste, qui se sert, en somme, de la dépense publique pour booster l’activité économique. Ce qu’illustre Frédéric Caubère, membre de la CGT en Haute-Garonne, avec une simulation étudiée sur notre département, si le SMIC était augmenté à 1700 euros brut : « On injecterait dans l’économie locale 407 millions d’euros. 132 millions iraient à la consommation, 143 seraient redistribués dans les caisses de protections sociales, et 53 reviendraient aux impôts », expose-t-il. Creuser le déficit ou encourager la compétitivité de nos entreprises « seules capables de produire une croissance vertueuse » souligne Philippe Robardey, il faut choisir. Mais dans ce gouvernement d’union nationale, les désaccords sortent régulièrement des murs des ministères et les messages sont brouillés. D’un côté, Arnaud Montebourg, qui a prôné la nationalisation des hauts fourneaux de Florange et qui a plus récemment empêché la cession de Dailymotion à l’américain Yahoo ! D’un autre, Jean-Marc Ayrault envisage de réduire la participation de l’Etat dans les entreprises publiques… « Je suis convaincu que les Français jugeront de notre politique quand ils en verront les fruits » a déclaré le premier ministre sur TF1, dimanche soir. Pour l’instant, il semble que les Français se contentent (ou pas) de la pomme de la discorde.

Sur le terrain politique

A Toulouse, l’opposition est cinglante, non pas vis-à-vis de l’homme, mais surtout vis-à-vis de l’action menée depuis un an : « Il est sympathique, mais faible dans l’exercice de la fonction » commente le député UMP Jean-Luc Moudenc. Une opinion contradictoire avec celle avancée par le sénateur socialiste Jean-Jacques Mirassou, qui répond aux attaques et au « Hollande bashing » : « Ceux qui aujourd’hui émettent des doutes sur le leadership de François Hollande n’ont pas la lucidité pour comprendre que celui qui a engagé nos troupes au Mali, a su prendre ses responsabilités au plus haut niveau. Les démonstrations se font toujours dans ces moments-là.» Pour l’ancien maire de Toulouse, l’image internationale de notre pays serait pourtant bien écornée par un manque de personnalité au sommet de la pyramide : « Nous ne renvoyons plus un visage valorisant ou performant. A partir du moment où la Présidence est faible, la voix de la France porte moins qu’auparavant… »

« Il est faible dans l’exercice de la fonction » (Jean-Luc Moudenc)

Mais à l’heure où la rue gronde autant pour des motifs politiques, sociaux que sociétaux, le sénateur PS reste lui convaincu que le chemin emprunté par l’ex-élu de la Corrèze, reste le bon. Mieux, que la gauche a toujours su relever ce type de défis : « Cela a déjà été le cas en 1936 et en 1981. Nous arrivons toujours au pouvoir dans des conditions difficiles, et d’ailleurs si tel n’était pas le cas, nous n’arriverions jamais aux affaires… » Si le constat de cette première année de Hollande à l’Elysée reste donc pour le moins contrastée, l’heure est désormais à demain. La projection de Jean-Jacques Mirassou reste d’ailleurs forcément optimiste, et ce dernier en profite même pour réfuter la demande de dissolution de l’Assemblée nationale réclamée par Marine Le Pen : « Quand on sait d’où vient la présidente de ce parti, et que pour étayer son propos elle évoque pêle-mêle, les soldats de l’an II et les maquisards du Vercors… Trop c’est trop ! C’est disqualificatif ! » L’ironie sur le sujet ne semble guère être l’apanage d’un Jean-Luc Moudenc, notamment inquiet de ce qui pourrait se passer lors des élections européennes à venir : « Je n’ai pas la prétention de prévoir, mais je redoute, dans cette ambiance délétère, dans cette morosité ambiante, que les Français ne se partagent entre le coup de gueule et la langue de bois. Entre une prime donnée à ceux qui gueulent et qui n’ont pas de solutions, et à ceux qui provoquent la tentation du repli. Je crains que l’Europe ne soit la victime de toutes les responsabilités que les politiques hexagonaux n’auront pas prises… L’ampleur du discrédit qui frappe le pouvoir en place risque d’accélérer la montée des extrêmes. » Hollande a donc un an pour résorber une crise politique sans précédent. Par le biais d’un remaniement ? D’une dissolution ? D’un changement de cap idéologique ? Autant de réponses attendues par des Français déboussolés, et tentés de suivre la douce musique des Le Pen et Mélenchon. Car la recette de leur succès actuel est connue : La crise. Un contexte qui ne touche pas pour le moment le moral du sénateur Mirassou : « Tout ce qui est en passe de se concrétiser d’un point de vue budgétaire ne va pas se faire au détriment du champ social… Qui peut dire aujourd’hui qu’il n’est pas soigné à l’hôpital ? Ou que sa retraite n’est pas payée ? » Des questions qui sonnent comme un appel au peuple de gauche. Comme si certaines valeurs continuaient à être soutenues à l’Elysée. La gauche de la gauche ne l’entend apparemment pas de cette oreille, et compte bien affaiblir François Hollande… Pendant encore quatre ans. Des sueurs en perspective sur le front du Président.

 

 

 

 

 

Et si l’élection présidentielle se jouait aujourd’hui ?

Un sondage réalisé par Future Thinking France, (Institut d’études de marché et sondages) et SSI (fournisseur d’échantillons pour les professionnels du marketing) révèle le vote des Français, si l’élection présidentielle s’était déroulée dimanche dernier. Les résultats sont surprenants :

Nicolas Sarkozy 32% ce dimanche contre 27,2% en 2012

Marine Le Pen 22% ce dimanche contre 17,9% en 2012

François Hollande 15% ce dimanche contre 28,6% en 2012

Jean Luc Mélenchon 15% ce dimanche contre 11,1% en 2012

François Bayrou 10% ce dimanche contre 9,1% en 2012

 

L’œil de notre politologue

Stéphane Baumont allume Ayrault

 

« Je viens de regarder l’intervention télévisée du Premier Ministre. Il a été complètement lisse et transparent. Il a récité le même discours quelque soit la question qui était posée… Cela a même déstabilisé Claire Chazal. Ayrault n’a pas l’art et la manière d’incarner la volonté et la détermination. L’emploi du mot ne suffit pas ! Il faut que cela corresponde à une conviction profonde… Sa compétence s’arrêtait sans doute à la présidence d’un groupe politique. Il lui manque ce je ne sais quoi qui fait les leaders. Cela place Hollande dans la situation où il sera dans l’obligation de cohabiter avec son prochain Premier ministre, qui devra être une personnalité de caractère. Mes favoris sont Manuel Valls, Pascal Lamy et Louis Gallois. Le remaniement doit se faire dans le mois qui vient. Il y a urgence ! Hollande est en train de crisper les siens. »

 

 



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