Tous les partis sont sur le terrain ; La Présidentielle vue de Toulouse

Nicolas Sarkozy n’est plus seulement Président. Il est depuis le 15 février dernier, Président de la République certes, mais aussi candidat officiel à sa réélection. L’occasion pour notre rédaction de faire un état des lieux toulousain concernant cette campagne présidentielle. PS, Front de Gauche, Modem, UMP et Front National. Nous avons rencontré tous les représentants toulousains des forces principales en présence. La campagne est partie ! Enquête.

C’est donc désormais officiel. Nicolas Sarkozy est candidat : «Il a fait la preuve de ses capacités à incarner la France au niveau international. Et ceci est déterminant dans la période de crise et d’incertitudes que nous vivons actuellement.» met en avant Sacha Briand, Conseiller Régional UMP et candidat aux prochaines législatives sur la première circonscription. Pour l’élu du parti dirigé par Jean-Luc Moudenc en Haute-Garonne, les militants «piaffaient» : «Les adhérents attendaient la déclaration de candidature de Sarkozy. Ils avaient envie de comparer projet contre projet.» L’UMP local est donc maintenant en ordre de bataille avec un candidat officiel, et des candidats investis dans toutes les circonscriptions pour relayer la campagne : «Nous avons des réunions très régulières avec l’ensemble des délégués de circonscriptions, les candidats aux législatives et l’équipe fédérale. Nous sommes dans la phase de mobilisation des adhérents.» Pour Franck Pech, responsable de la communication du Front National dans notre département, Nicolas Sarkozy est l’adversaire n°1 : «Il va falloir qu’il fasse un numéro d’équilibriste pour retrouver les électeurs qu’il a «bluesés» en 2007. On est cocu une fois, pas deux !» Pour le représentant du Front National, il n’y a qu’une seule alternative au système en place, Marine : «Elle est charismatique, volontaire, et proche des gens. Depuis 30 ans, l’UMP comme le PS ont tous échoué. Nous subissons une politique désastreuse à tous les niveaux. Aujourd’hui tous les voyants sont au rouge ! On ne peut plus continuer comme ça…» De l’autre côté de l’échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon et son «Front de Gauche» souhaite provoquer une «révolution citoyenne». Rémi Vincent, jeune candidat sur la sixième circonscription, défend son leader : «Beaucoup de gens le décrivent comme antipathique voire méchant… mais sans aucune langue de bois, j’ai eu la chance de le rencontrer, et j’y ai vu un passionné, sincère dans le discours. Il aime les gens, et n’a pas la «grosse tête». «Beaucoup d’observateurs osent parfois rapprocher la posture de la leader frontiste, avec la gouaille de Jean-Luc Mélenchon. Comme si l’adjectif populiste se partageait : «Ce sont nos ennemis intimes. C’est le mal incarné pour nous» assure Rémi Vincent. Au Parti Socialiste tout paraît fortement structuré : «C’est la première fois que nous avons une campagne de terrain aussi bien organisée. Nous recrutons et formons plus de 150 000 volontaires en plus de nos militants. C’est le côté positif des conséquences de notre primaire» revendique Sandrine Floureusses, Vice-Présidente PS du Conseil Général. Cette élue de terrain salue par ailleurs la personnalité de son candidat : «Je l’ai rencontré durant la primaire et je l’ai trouvé rassurant. Il est très attentif aux autres. Il a une réelle empathie. Son ambition est autant personnelle que collective. Cela fera la différence.» Au centre, le champion se nomme François Bayrou, le troisième homme de 2007 renouvelle son souhait d’offrir un espace central à la France : «C’est un homme d’Etat qui a une vraie cohérence de parcours, qui n’a jamais cédé aux sirènes, qui est resté sincère. Il n’est pas dans le moule !» explique Mailka Aradj, élue MoDem à la Mairie de Toulouse et à la communauté d’agglomération. La représentante centriste se réjouit également du ralliement de l’ancien maire de Toulouse, Philippe Douste-Blazy, à la candidature centriste : «C’est tout de même l’un des co-fondateurs de l’UMP, qui dit ouvertement aujourd’hui que le seul qui puisse apporter des solutions aux Français est François Bayrou. Il conteste également la dérive droitière du parti présidentiel.» Philippe Douste-Blazy était l’invité d’Europe 1 le 23 février dernier, et a confirmé les propos de Malika Aradj à Arlette Chabot : «Nicolas Sarkozy a choisi un virage à droite… Nous, au centre, nous ne nous reconnaissons pas là ! Ce n’est pas ma famille politique !» Sacha Briand répond calmement à ces attaques, concernant une supposée droitisation de son parti : «Il n’y a pas de dérive droitière à dire qu’il faut réfléchir à une politique d’immigration qui soit adaptée à notre situation économique.» Pour le Front National, le positionnement de l’UMP sur ces thématiques chères à la famille Le Pen est une imposture : «En termes d’immigration, Nicolas Sarkozy ce sont 200 000 clandestins de plus que Lionel Jospin. C’est un comble ! Et je n’ose même pas parler d’insécurité… Lui qui parlait de «karcher», devrait constater que la situation est inchangée. Mais n’achète-t-il pas ainsi la paix sociale ?» La montée du Front National semble réelle sur le terrain, elle est d’ailleurs peut-être sous-évaluée par les divers instituts de sondage, et inquiète Sandrine Floureusses : «Sur les marchés, je constate pour la première fois que nos concitoyens refusent les programmes. Cela ne les intéresse pas ! Et on sent nettement le refuge vers l’extrême droite. C’est palpable comme cela ne l’a jamais été.» A Paris comme à Toulouse, la campagne est donc lancée de manière vive et passionnée, avec des choix de société identifiés : «Contrairement à la dernière Présidentielle, celle-ci va proposer des choix clairs. Marine Le Pen a rassemblé l’extrême droite, il n’y aura pas de candidatures type Mégret ou De Villiers. Sarkozy fait une addition impressionnante de ralliements avec Morin, Nihous et Boutin. Bayrou est désormais le seul se revendiquant du centre. Hollande a su rassembler les Radicaux et les Chevènementistes. Quant à la gauche radicale, elle est solidaire de Mélenchon. Il n’est même pas certain que la candidature Poutou aboutisse, et elle ne va pas amener grand chose…» nous résume parfaitement Rémi Vincent, représentant du Front de Gauche.

Vue de Toulouse, cette Présidentielle influera forcément sur les élections législatives qui auront lieu les 10 et 17 juin. La gauche locale rêve déjà à cette occasion d’une large victoire : «Je souhaite un grand chelem pour la gauche en Haute-Garonne, en espérant que François Hollande ait une majorité législative la plus large possible» commente Sandrine Floureusses. Sacha Briand (UMP), lui, ne «souhaite pas mélanger les sujets. L’élection, c’est avant tout le choix d’un homme et d’un projet. Ce n’est pas un enjeu local !»

Réunions publiques, tractages, marchés, porte à porte… Militants et élus toulousains tentent de convaincre. Selon la MoDem Malika Aradj, «les Français ne sont pas encore totalement dans la campagne»… Pourtant le temps presse et personne ne sait encore ce que ces derniers réserveront une fois dans l’isoloir. Une bipolarisation attendue, une surprise venue de l’extrême droite ou du centre ? Suspense.

Thomas Simonian

thomas.simonian@premiere-reponse.com



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