Sincères et manipulateurs Comment les élus toulousains communiquent-ils ?

En pleine campagne présidentielle, à l’heure où les moteurs de recherche et les réseaux sociaux sont devenus rois, il était temps de savoir si nos élus toulousains travaillent leur communication politique. Notre verdict : «Il y a du pain sur la planche !».

Moins performants que leurs confrères parisiens ?

La Haute-Garonne compte cinq sénateurs, huit députés, trente-sept conseillers régionaux… Et pourtant, le constat est sans appel. Trop peu font la une des médias nationaux, si peu sont parfois «interviewés», aucun ne s’est imposé dans le paysage politique national. Quand leur visage ou leur nom apparaît, et c’est un bon point, c’est pour saluer la qualité de leur travail (par exemple Gérard Bapt avec l’affaire du Médiator). Cette triste analyse semblerait démontrer que nos élus toulousains appréhendent avec difficulté leur propre communication. Et qu’ils seraient en retard en comparaison avec les Parisiens. Beaucoup de politiques toulousains sont passés entre les mains du «coach» Narcisse Carles, un spécialiste de la communication orale, qui a son avis sur la question : «Certains élus pensent que pour communiquer, il suffit de s’exprimer. Or, on peut parler sans communiquer pour autant. Il y a donc des élus qui travaillent la communication, et je pense qu’il y en a davantage sur Paris qu’à Toulouse…» Pour Bertrand Serp, président de l’agence «Public Partner», d’autres éléments entrent en ligne de compte : «L’avantage des Parisiens, c’est d’avoir les gros médias sur place et la proximité du pouvoir. Ils bénéficient donc d’une mise en valeur. A Paris, on ne peut être ni médiocre, ni passable !» Mais à Paris comme à Toulouse, les nouvelles formes de communication sont devenues indispensables, et tout élu avec un minimum d’ambition doit savoir s’y confronter : «Il n’y a qu’à voir le travail des communicants d’Obama pour constater l’influence actuelle des réseaux sociaux dans la Politique. Ils permettent une nouvelle forme de proximité avec les électeurs» explique Bertrand Serp

Le fond et la forme

La majorité des élus toulousains s’y est donc mis : Facebook, Twitter, blogs, vidéos… Désormais, les outils de communication foisonnent, au risque de prendre le pas sur le fond : «La communication politique est obligée de s’adapter à ces nouveaux médias, et à ces nouvelles formes de prise de parole et d’expression. La médiasphère est aujourd’hui complètement perturbée. Mais je pense et j’espère que si l’emballage est nouveau, le fond est toujours là» avance Bertrand Serp. Patrick Aubin est lui conseiller municipal de Tournefeuille, opposant de Claude Raynal, et adepte de toutes ces nouvelles formes de communication : «Ce n’est, à mon humble avis, pas la communication qui a pris le pas sur le fond politique, mais l’évolution d’une société zapping qui ne prend plus le temps d’approfondir…» Narcisse Carles précise de manière plus scientifique : «Il y a longtemps que la forme a pris le pas sur le fond. Des statistiques  expliquent que, par exemple, dans la communication orale, il y a trois éléments qui entrent en jeu : Les mots, les gestes et l’intonation. Tout le monde pense que les mots ont la part la plus importante. Ce n’est pas le cas. Ils représentent 7%, l’intonation 38 % et les gestes 55%. Un élu qui s’exprimera donc devant un auditoire sans travailler la forme, aura peu de chance de faire passer son message.» Patrick Aubin assume le fait d’avoir une véritable stratégie de communication pour diffuser ses idées et ses ambitions : «Je réalise entre le «Tournefeuille informations» (journal municipal paraissant tous les deux mois environ, ndlr), le site web de la mairie et Facebook, une interactivité vers mon blog. Je constate une augmentation conséquente des lectures de mes posts, même de ceux qui sont plus anciens, avec évidemment une pointe au moment de la parution.» Nous aurons donc compris la nécessité actuelle pour tout élu d’utiliser au mieux toutes les possibilités offertes en termes de communication politique. Cependant Bertrand Serp y voit certains pièges à éviter : «Le danger peut être de trop maîtriser ses possibles débordements, et de ne plus communiquer auprès de l’électeur qui l’on est vraiment. Attention à ne pas avoir une communication trop contrôlée !» Aucun risque du côté de Patrick Aubin, qui a été également candidat aux dernières élections cantonales sous l’étiquette «Nouveau Centre». Ses convictions passent avant tout. Il nous explique ainsi la ligne éditoriale de son blog : «Des informations politiques sur le comportement des élus locaux et nationaux qui, selon moi, vont à l’encontre de la philosophie des droits de l’homme et du citoyen. J’en profite pour dénoncer l’interventionnisme politique dans des domaines qui relèvent de la sphère privée.» Les mauvaises langues pensent que les élus travaillent la forme pour manipuler l’opinion. Narcisse Carles tempère : «Dans toutes les relations humaines, il y a de la manipulation. L’important est que cette dernière ne porte pas préjudice.»

Comment les élus travaillent-ils leur communication ?

Bertrand Serp explique la nécessité d’avoir une vision globale en termes de communication, et de ne pas sectoriser les pratiques : «Il faut savoir combiner entre les réseaux sociaux et la communication dite classique… Print notamment.» Narcisse Carles précise : «La particularité de l’élu est qu’il va s’adresser à un public très différent selon le moment. Il peut se tourner vers des gens qui adhèrent à ses idées, mais aussi vers des gens qui ne sont pas forcément acquis. On doit rassurer ceux qui sont avec nous, et convaincre les autres.» Pour réussir cet objectif, les élus travaillent le plus souvent avec du «media training». Des exercices filmés les plaçant face à leurs propres défauts et obligeant à une prise de conscience : «C’est à partir de ce moment-là qu’ils vont pouvoir modifier certains traits de leur comportement» nous explique Narcisse Carles.

Le premier de la classe

Si peu d’élus toulousains émergent sur le plan médiatique, les deux professionnels rencontrés sont unanimes pour saluer l’un d’entre eux. Martin Malvy, le Président de notre région, est à leurs yeux le meilleur des communicants ayant notre accent : «Pour être objectif, c’est celui qui selon moi sur la place toulousaine, gère le mieux sa communication… Il parle avec assurance et sait bien s’entourer. Rien n’est fait au hasard, rien n’est fait dans l’amateurisme» explique Bertrand Serp. «Martin Malvy a une communication claire et posée. Il est capable d’utiliser toutes les bonnes recettes pour faire passer un message. Ici, c’est le plus performant» complète Narcisse Carles. Pour les autres, l’appréciation pourrait être «Peut mieux faire…» Allez, au travail !

Thomas Simonian

 



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