Serge Didier dans l’histoire politique de sa ville

Fidèle à Dominique Baudis et amoureux de sa ville

L’homme a toujours l’air décontracté. Sur son siège au Conseil municipal comme sur le canapé d’une célèbre brasserie de notre ville qu’il affectionne tout particulièrement, l’avocat toulousain donne toujours le sentiment d’être détaché du moment présent … Serge Didier est à lui seul l’incarnation d’une histoire politique toulousaine, la chronique d’un parcours qui aurait pu en faire le maire de la ville. Sans regrets.

Le quartier Victor-Hugo semble lui appartenir. Sa longue silhouette longiligne et sa voix de Stentor en font une personnalité reconnue de beaucoup… A l’entrée de la rue Austerlitz, Serge Didier continue régulièrement, presque de manière « rituellique », à rendre visite à sa mère. L’importance de la source familiale est d’ailleurs largement présente dans la ligne de vie de celui qui restera comme l’une des figures de l’ère Baudis. Mais il y a aussi la cicatrice, celle du 2 décembre 1975 : « La mort de mon père, le drame de ma vie. » La vocation professionnelle est d’ailleurs héréditaire, les parents de Serge Didier étant tous les deux avocats… L’engagement est arrivé dans le parcours de Serge Didier dès l’adolescence en 68, il était alors au lycée Fermat. Ses camarades le provoquent : « Y en a marre de la chienlit, est-ce que ça t’intéresse ? » Depuis cet instant, le militantisme a toujours fait partie de l’ADN de ce fort en gueule : « Cela ne m’a jamais plus quitté. Jeune j’étais très, très, très engagé ! » Sur les bancs de la fac de droit, c’est à l’extrême-droite qu’il fait ses armes au mouvement « Jeune Révolution » connu pour être proche du groupuscule « Occident ». Un passé que beaucoup ont critiqué, lui continue à assumer : « Une époque glorieuse. C’était  Jean-Marc Rouillan que j’avais en face, pas Jean-Christophe Sellin ! (rires) » Autre marqueur de la vie politique de Serge Didier, la défaite de Valéry Giscard-d’Estaing aux Présidentielles : « Dès le lendemain, le 11 mai 1981, je suis allé prendre ma carte au Parti Républicain. C’était Jacques Blanc qui dirigeait le parti. » Rapidement, il devient le patron incontesté de cette formation membre de l’UDF… La rencontre décisive, celle avec Dominique Baudis, a lieu en 1982 un samedi midi sur une terrasse de la place Saint-Georges. Quelques semaines après, il devient son co-directeur de campagne aux côtés de Robert Huguenard, alors pilier du RPR local… L’ère Dominique Baudis s’ouvre ou l’attachement d’un homme à sa ville : « Dominique avait un vrai savoir-faire. Il y avait une alchimie entre ce qu’il était et ce qu’il représentait aux yeux des Toulousains. Il savait communiquer comme personne et arrivait à faire croire à tout le monde qu’il était partout, même là où il n’était pas ! (rires) Il avait tellement personnifié la ville qu’à Paris, Toulouse c’était Baudis ! »

« Toulouse, c’était Baudis ! »

 

Une période inoubliable pour le soldat Didier qui a ainsi pleinement profité de la vague Baudis en devenant au fil des années adjoint au maire, député et conseiller régional. L’homme est un fidèle du maire, l’un de ses conseillers les plus influents, d’autant plus que Serge Didier a su tisser sa toile dans la ville tout au long de ces mandatures baudisiennes. On dit même de lui qu’il est alors celui qui a le plus de relais dans la ville au sein du Capitole, notamment à travers son « Club des 1000.» En 2001, l’avocat reste fidèle à Dominique Baudis, malgré son départ, et prépare alors activement l’arrivée sur la scène toulousaine d’un certain Philippe Douste-Blazy. Pourtant quelques mois après, la vraie cassure dans la droite toulousaine arrive avec la tristement célèbre affaire Alègre : « Elle nous a fait perdre la mairie en 2008, alors que n’avions même pas le Front National en face de nous. Cette affaire a provoqué des oppositions terribles entre les pro-Baudis et les pro-Douste. » En 2004, Philippe Douste-Blazy redevient ministre et démissionne de son mandat de maire. Dominique Baudis réunit alors ses fidèles à son domicile de la rue des Potiers. Françoise de Veyrinas, Jean Diebold et Serge Didier font face à l’ancien maire qui leur demande de se mettre d’accord pour la suite… Dès lors, l’avocat comprend qu’il ne sera pas maire, et que tout accord sera impossible à sceller. Jean-Luc Moudenc « profite habilement de la situation », multiplie les rendez-vous secrets et devient l’édile surprise… : « La vie politique est faite de trahisons. » La page est tournée, et la fierté d’avoir fait éclore de nouveaux talents, est vivace. Arnaud Lafon (maire de Castanet-Tolosan) et Laurent Cuzacq (conseiller régional) font partie de ceux-là : « Ce sont mes bébés. Eux ne m’ont jamais trahi. » Le 24 janvier prochain Serge Didier fera ses adieux au Capitole, et mettra ainsi un point final à son destin politique. Il y interviendra une dernière fois, pour un discours attendu en cette veille de joutes électorales : « Je ne trahirai pas mon camp politique dans mes propos, mais je dirai certaines choses… » Car le paradoxe est ainsi, Serge Didier apprécie la personnalité de Pierre Cohen (« Un mec bien ») et ne cache pas son inimitié envers Jean-Luc Moudenc. Le regard de l’avocat toulousain se tourne maintenant vers l’avant, et l’homme fourmille de projets professionnels et autres. Sans oublier sa famille et ses enfants en particulier : « J’aime m’occuper des miens. Vous savez la politique ça a tué ma vie perso, et j’y repense souvent. » Des regrets pour autant ? Serge Didier n’en a pas… Si. De ne pas avoir été le maire de sa ville…

Thomas Simonian



4 COMMENTAIRES SUR Serge Didier dans l’histoire politique de sa ville

  1. AllisterToulouse dit :

    Un beau portrait de Serge Didier. Personnage emblématique de la scène politique toulousaine.
    Il n’a pas réussi à devenir Maire et en veut à Moudenc. La belle affaire ! Baudis n’aurait pas laissé un “traître” s’emparer du Capitole. Mais il est temps aujourd’hui que la vie politique tourne la page des années d’or.

    M. Didier parle avec entrain de M.Cohen. Permettez-nous d’en douter. Absence de vision et d’ambition, sectarisme dogmatique et de comportement. Pas moins de cinq listes à gauche pour le 1er tour : M. Cohen n’est pas vraiment un rassembleur…

    On ne vit pas de rancœurs personnels M. Didier, dommage que la droite républicaine et le centre ne bénéficient pas de votre soutien et de votre talent !

  2. Camps dit :

    Bonsoir serge,
    Je vois que tu va tourner une grande page et je t’assure de mon amitié de st Gaudens ,ton jugement pour Toulouse me convient parfaitement amitié jean

  3. Brahim Ouahabi dit :

    J’aimerais vous désigner Avocat dans cette affaire de Tours Poubelles qui m’oppose a la Mairie de Toulouse

  4. Luc Marta de Andrade dit :

    Bonjour Serge,

    Nous nous sommes croisés quelques fois…
    Très bel article; un beau tableau. Assez édifiant. Et surtout sans ambiguïté.
    Cordialement

    Luc Marta de andrade

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