Sébastien Denard: «Malvy, Izard, Cohen : trois caractères bien trempés»

Il vient de céder sa place de premier secrétaire fédéral du PS haut-garonnais avec une émotion joliment retenue. Après avoir su mener sa fédération vers des victoires électorales significatives, il regarde désormais son mandat dans le rétroviseur… Sans jamais oublier de se remettre en question ni omettre que son appareil politique puisse avoir des failles. Sébastien Denard, pourtant élu de Bagnères de Luchon, a décidé de tourner la page, de changer de vie et de partir direction l’Aveyron. Rencontre avec un homme «relâché» et vrai, qui livre dans nos colonnes ses vérités (les grands élus locaux, les législatives et l’UMP).

Que ressentez-vous au terme de ce mandat de premier secrétaire fédéral ?

J’ai vécu des moments formidables, que je souhaite à tout militant. Je ressors mûri de cette expérience, avec très certainement un regard différent porté sur le monde politique. Au final, il me reste une expérience positive pour mon parcours personnel.

Avez-vous été déçu par les jeux politiques qui font une fonction comme celle que vous venez d’exercer ?

Il est vrai qu’en avançant, en acquérant de l’expérience, on gagne en pragmatisme. Ce rôle de premier secrétaire est complexe, car vous y êtes à la fois homme politique et animateur. Il faut donc savoir mettre parfois de l’eau dans son vin pour faire appliquer des prises de décisions nationales. Au fil du mandat, j’ai compris qu’il fallait l’exercer en mettant en adéquation ses convictions personnelles avec celles du parti. Il ne faut jamais se prendre pour le chevalier blanc… Au risque de se transformer rapidement en Don Quichotte ! Le temps apprend à mettre de côté les débats inutiles.

Quel est votre pire souvenir ?

C’est indiscutablement la phase de désignations des candidatures pour les dernières élections législatives, même s’il n’est pas trop «jaurésien» d’avoir des regrets. Je suis issu d’un territoire (le Comminges) où l’on a le besoin d’avoir des élus qui se sont construits sur ce territoire, pour être en capacité de le porter le mieux possible. Or, durant ce processus de désignations, nous avons été confrontés à plusieurs décisions assez brutales venues de Paris, et pour lesquelles nous n’avons pas réussi à faire infléchir le siège… Il m’en reste un goût amer !

Vous regrettez donc de ne pas avoir réussi le «grand chelem» ?

Comment ne pourrait-on pas le regretter ? Il y a la question du respect de ce que doit être un militant, le respect de l’appareil vis-à-vis de ses adhérents. Je reconnais que la fédération n’a peut-être pas toujours assez été, durant la préparation des élections législatives, à l’écoute des militants. Mais pouvions-nous faire autrement ? Solferino était apparu avec le glaive.

Comment gère-t-on les relations entre la fédération et le trio Malvy-Izard-Cohen ?

Il est vrai que nous avons là trois fortes personnalités, trois caractères bien trempés, ayant chacun une histoire militante différente. J’ai toujours essayé de placer la fédération en dehors de toutes «écuries». Elle doit pouvoir rester un lieu de débats indépendant de l’empreinte de tel ou tel leader local. Je pense avoir pas mal réussi puisqu’on m’a souvent reproché de soutenir tel grand élu au détriment d’un autre… Et ce n’était jamais le même selon le moment (rires) ! La force d’une famille politique est de savoir travailler ensemble.

«On n’a pas fait tout ça pour rien !»

Après six mois de présidence Hollande, comment jugez-vous le moral de vos militants ?

Les médias laissent croire qu’ils sont désenchantés, mais je n’ai pas cette vision-là. Je les perçois davantage comme orphelins d’informations et d’argumentaires. Nous avons des militants qui veulent continuer à se battre, et qui suite au succès des primaires, et aux  victoires de François Hollande et des législatives, se disent : «On n’a pas fait tout ça pour rien !» Ils ont le sentiment d’avoir un beau fusil, mais n’ont pas encore les cartouches…

Suivez-vous avec attention ce qui se passe à l’UMP ?

Je comprends la création de l’UDI, car il y a toujours eu un électorat centriste, et surtout sur des territoires comme les nôtres. Toulouse a toujours été une terre radicale. La droite toulousaine est historiquement modérée et démocrate-chrétienne. Nous ne sommes pas à Nice ! Nous n’avons pas cette culture-là. Je regarde donc ce qui se passe à l’UMP avec une franche inquiétude. C’est un parti qui s’éloigne de ses fondements idéologiques, et le virage notamment pris par Jean-François Copé et Guillaume Peltier est dangereux pour la démocratie.

Que dites-vous à votre successeur ?

… Que je lui laisse une fédération en très bon état financier, avec 6000 militants, avec des majorités larges à la région et au département, avec onze parlementaires et un ministre. C’est donc une fédération en ordre de marche, avec des axes de rénovation largement entamés. Cette fédération est plus que jamais un outil riche de ses militants.

 

Thomas Simonian



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