Sandrine Floureusses: «Nous sommes dans une région privilégiée»

Impliquée, efficace, sur le terrain, la vice-présidente socialiste du Conseil Général en charge des actions économiques et de l’insertion, ne baisse pas pavillon en cette période de crise. Bien au contraire, c’est dans son bureau du comité de bassin d’emploi situé à Aucamville qu’elle nous parle des actions à mener, de sa vision critique envers le Pôle Emploi ou de l’attitude irresponsable de la direction de Sanofi. Sandrine Floureusses parle vrai, même quand il s’agit d’écorner la vision trop étatiste, selon elle, de la politique de l’emploi du ministre Sapin.

Dans le contexte de crise que traversent l’Europe et notre pays, quelle est la situation de l’emploi à Toulouse ?

Avant toute chose rappelons que nous avons toujours eu à Toulouse un taux de chômage à peu près équivalent à la moyenne nationale. Or, aujourd’hui notre agglomération connaît une explosion démographique avec 20 000 nouveaux arrivants par an. Il n’y a donc plus forcément sur notre territoire, et ce malgré son dynamisme, d’adéquation entre l’offre et la demande. Mais ayons conscience que nous sommes tout de même dans une région extrêmement privilégiée. Je suis en relation avec des élus qui sont sur des territoires qui n’ont plus d’industrie, pas de voirie et très peu de services. Il y a en France des territoires qui n’ont pas le centième des conditions d’attractivité du nôtre. Ici, et contrairement à ce que j’entends parfois, notre économie reste extrêmement diversifiée avec notamment l’agro-alimentaire et l’aéronautique.

Comment peut agir un élu local ?

Il peut faire et il fait ! L’emploi est une compétence de l’Etat, mais l’élu s’est emparé de la problématique car sollicité par le citoyen. Nous ne sommes pourtant pas là pour apporter des réponses individuelles, mais bien pour créer les conditions d’attractivité économiques sur nos territoires. Prenons les exemples de la région qui a investi dans les contrats d’appui ou du département qui depuis des années finance, en milieu rural, les reprises ou créations d’activités.

Le gouvernement Ayrault a annoncé un certain nombre de mesures sur l’emploi (les contrats de génération et d’avenir, des moyens supplémentaires pour le Pôle Emploi…). Sommes-nous sur la bonne voie ?

C’est un début mais on ne modifie pas les conditions d’attractivité et de développement économiques en quelques mois. C’est impossible ! Rendez-vous compte que 700 000 emplois industriels ont été supprimés en dix ans. Alors on peut par exemple se moquer des contrats d’avenir ou de génération, mais pour ceux ou celles qui vont en bénéficier, cela change une vie.

Mais ce sont des emplois qui, alors que nous connaissons des déficits publics abyssaux, seront principalement destinés aux collectivités et associations…

Nous, socialistes, estimons que nous devons relancer la croissance par la demande et par l’augmentation du pouvoir d’achat. Alors certes ces contrats génèrent de la dépense publique mais celle-ci n’est pas vaine, elle est un investissement d’avenir car elle permettra à de nouveaux salariés de consommer et donc de relancer la production industrielle. C’est un pari !

«Pôle Emploi, ça ne marche pas !»

Et concernant le Pôle Emploi ?

Alors là, je fais passer un message personnel… Ce n’est pas en y mettant 1000 personnes en plus que cela marchera. Pôle Emploi, ça ne marche pas ! C’est une structure qui n’écoute pas les besoins des entreprises, et dont les conseillers sont en désarroi pour recevoir des chômeurs qui le sont encore plus… Comment voulez-vous créer un projet professionnel avec des demandeurs d’emplois que l’on a par téléphone ? Il faudra un jour avoir le courage de dire que l’emploi est une compétence de la région. Régionalisons les services de l’emploi ! Nous n’y arrivons pas autrement. Michel Sapin dit aujourd’hui le contraire, mais il devrait penser efficacité. A l’Etat de définir une stratégie pour l’emploi, aux régions de la mettre en œuvre.

Sanofi s’apprête à sacrifier un grand nombre d’emplois dans notre ville. Que dites-vous à la direction de cette entreprise ?

Qu’elle est dramatiquement irresponsable. Tant humainement que moralement. Je ne comprends pas leur stratégie car c’est leur intérêt d’être présents sur un territoire où l’on valorise la recherche. Il faut arrêter de ne calculer qu’avec le niveau de dividendes que l’on va verser à ses actionnaires. Ce n’est plus possible.

Parlons politique. Toulouse va accueillir le prochain congrès national du PS qui va placer Harlem Désir à la tête du parti… Que pouvez-vous attendre de cet événement ?

J’attends de ce congrès que l’on soit responsable et que l’on favorise le rassemblement. Il y a une forte attente, légitime, autour du gouvernement, mais ce congrès doit aussi nous permettre de nous placer en interface et d’être en capacité de relayer une réalité .

 

Thomas Simonian



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