Sabre au clair !

Alors que le terrain grandit entre les deux candidats à la présidentielle de 2012, laissant à penser que nous ne sommes pas pour rien – histoire oblige – le «pays de la Saint-Barthélémy» et de l’Affaire Dreyfus, la France des passions où chacun est heureux avec son bulletin de vote d’écrire en un instant, son «histoire personnelle de la France» dans sa géographie natale ou choisie de terroir, chacun, après la commémoration du 1er Mai (entre travailleurs et syndicats de la haute tradition, commémoration Lepeniste de Jeanne d’Arc, et Fête du Travail (le «vrai travail») du Champ de Mars Sarkozien) attend avec impatience – celle du citoyen, du télé-spectateur actif, de l’amateur d’événement, de tragédie autant que de comédie – le débat, le fameux DEBAT, sommet de toute campagne présidentielle depuis 1974 qui autant donné lieu à tant de petites phrases sans pour autant inverser les sondages.

1974 : VGE – Mitterrand («Vous n’avez pas, Monsieur Mitterrand, le monopole du cœur, vous ne l’avez pas») ;

1981 : Mitterrand – Giscard (Mitterrand : «C’est quand même ennuyeux que vous soyez devenu l’homme du passif») ;

1988 : Chirac – Mitterrand, quand ce dernier lance «Mais vous avez tout à fait raison Monsieur le Premier Ministre») ;

1995 : Jospin – Chirac (Jospin disant : «Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Chirac, ce serait bien long») ;

2007 : Royal – Sarkozy («Qu’est-ce que ça doit être quand vous êtes énervée, alors !») Dramaturgie du débat assurée par la fin de campagne  sur fond d’agression mutuelle, de haine des entourages, d’irruption de DSK au moment où personne ne l’attendait, de score de Marine Le Pen, d’un Bayrou plus centriste que jamais dans son absence de décision et son échec par rapport à 2007 et à ses espérances pour le deuxième tour ; dramaturgie accélérée par l’aspect «finale de Coupe ou de Championnat»

Sarkozy – Hollande avec peut-être plus que les 20,7 millions de téléspectateurs de 2007 (2h37 de confrontation en 2007), combien cette année, sachant qu’il n’y a qu’un débat ; dramaturgie non justifiée parce que ce type de duels télévisé n’a jamais impacté le rapport de force électoral ni aucun mouvement dans l’opinion ; dramaturgie, logique de médiation et d’audimat avec cette vieille tradition républicaine d’une certaine forme de manichéisme politique même s’il ne semble plus idéologiquement de mise. Mais ce qui reste frappant et original dans cette fin de campagne, cet entre-deux-tours «sabre au clair» ou «Bonaparte au Pont d’Arcole» pour l’un et le candidat «normal» pour une «Présidence normale» pour l’autre, dans un climat de crise, tel que chacun préfère – jusqu’au débat ? – une stratégie d’évitement sur l’Europe ou l’emploi. François Hollande a vite compris que la clé de la Présidentielle était cette forme d’antisarkozysme virulent d’autant plus aisément nourri par sa famille politique que la désacralisation de la fonction présidentielle, de la sémantique de notre monarchie républicaine. L’idée, la stratégie étant de faire en sorte qu’il y ait plutôt référendum «pour» ou «contre» Sarkozy que d’avoir un débat et un scrutin «Projet contre projet». Peut-être le débat, le face-à-face permettra-t-il enfin aux projets de connaître leur déclaration et leur exposition et que derrière le projet, s’opposent ceux qui les portent jusqu’au pouvoir suprême ; le vainqueur devant à partir du 16 Mai 2012 à la fois personnifier la Nation et personnaliser le pouvoir. Voilà à la veille du «Grand Débat» l’occasion pour l’électorat de troubler le baromètre des sondages (qui donne vainqueur F. Hollande), s’il veut porter N. Sarkozy à un deuxième quinquennat ; voilà philosophes, économistes et écrivains détaillant pour les journaux, les mesures à prendre en priorité pour sortir du marasme économique (CSG sociale pour doper la compétitivité, l’instauration d’un revenu garanti inconditionnel, un grand plan de transition énergétique, un ministère du «Made in France», un rappel d’impôt de 2011 tout de suite, un grand emprunt nation, une taxe carbone punitive, la baisse du SMIC par paliers, un nouvel acte de décentralisation, l’interdiction de la spéculation, le renforcement de la prévention des conflits d’intérêts, le changement de méthode de décision, un nouveau traité européen) et les deux camps, pleins de crainte et d’espoir, prêts à fêter la victoire en rêvant, ce qui est possible, d’une participation record le 6 Mai prochain ; gage pour les uns comme pour les autres, de la popularité de ce mode de scrutin et de la légitimité absolue de celui qui sera désigné (à 20h par les estimations ; à 23h par les résultats) Président de la République.

Stéphane Baumont



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.