Robert Hue « Nous n’entendons pas être des supplétifs »

 

Alain Mila, Robert Hue, Charles Hue

L’ancien leader du PC, qui a été également du combat présidentiel en 1995 et 2002, est aujourd’hui sénateur. Ayant quitté la direction du PC, il a décidé d’embrasser sa propre voie en créant un nouveau parti, le MUP (mouvement unitaire progressiste). Le signe d’une volonté de faire le pont entre toutes les gauches, « Je suis hostile au combat d’une gauche contre l’autre gauche. » Une opposition à la stratégie actuelle du tandem Mélenchon/Laurent, mais pas non plus un ralliement plein et entier à la politique sociale-démocrate. C’est donc cette gauche ouverte que Robert Hue est venue présenter la semaine dernière à Toulouse. Nous l’avons rencontré.

Quelle est la spécificité de votre nouveau parti, le MUP ?

C’est un mouvement original, qui a la prétention de vouloir faire de la politique autrement, et d’avoir une autre approche, beaucoup plus horizontale que les partis traditionnels. Il n’y a d’ailleurs plus vraiment le choix aujourd’hui tant les électeurs sont distants vis-à-vis de leurs élus. Ils n’ont pas d’ailleurs pas tort car la politique se fait souvent sans eux, quand elle ne se fait pas contre eux… Nous avons également mis au cœur de notre projet politique les communications nouvelles, les médias innovants. Notre implantation dans le pays passe donc par internet et les réseaux sociaux.

Et votre positionnement ?

Nous sommes clairement à gauche, nous soutenons la politique du gouvernement, mais pas dans n’importe quelle condition. Nous n’entendons pas être des supplétifs et des godillots. Nous ne sommes pas aveugles !

Hollande est-il de gauche ?

Contrairement à ce que j’entends chez certains de mes amis, oui, Hollande est à gauche. Mais il est social-démocrate, il vise à une adaptation de la société, alors que moi, je vise à son dépassement.

Vous qui êtes l’ancien leader du PC, que pensez-vous de la posture actuelle de vos anciens amis via le Front de Gauche. Ne sont-ils pas dans l’opposition ?

Ils le sont, et c’est bien pour cela que je ne suis plus dirigeant de ce parti. Je suis hostile au combat d’une gauche contre l’autre gauche. Cette fuite en avant, cette volonté d’échec du gouvernement me terrifie.

Jugez-vous dangereux le discours du Front de Gauche ?

Sans ambiguïté oui. La posture de Jean-Luc Mélenchon est dangereuse pour le Front de Gauche lui-même, mais pire, elle l’est pour la gauche toute entière. On peut très bien porter des désaccords, sans que cela ne se traduise forcément par une volonté de voir François Hollande échouer. Or, Mélenchon mise sur cet échec. Avec mon mouvement, nous ne sommes pas dans cette démarche-là.

La question de l’austérité divise aujourd’hui la gauche. Quelle est votre position ?

Les politiques d’austérité qui sont menées actuellement en Europe sont désastreuses. Elles engendrent un grand risque d’aggravation de la situation… La solution n’est pas l’austérité ! Il convient cependant de rétablir nos déficits qui sont gravissimes, tout en menant une politique de croissance dynamique, en encourageant une relance de la consommation. Il faudrait également une réforme fiscale structurelle.

Le retour des scandales politiques avec les affaires Cahuzac et Sarkozy vous inquiète-t-il ?

Ces affaires symbolisent une douloureuse réalité. Nous sommes dans une crise de « la » politique. Tout un système politique, très pyramidal, donc éloigné de la réalité, court vers l’obsolescence. Les Français demandent clairement une autre façon de pratiquer la politique. La preuve : les jeunes ne veulent plus s’engager… Ils jugent les élus inefficaces, voire inutiles. Il faut donc une autre offre.

« Nous proposerons donc des candidats à Toulouse »

Les dernières législatives partielles dans l’Oise ont montré une poussée du FN qui a gagné 6000 électeurs entre les deux tours. Quelle analyse en tirez-vous ?

Ce qui s’est passé là est très dangereux pour la suite, car au-delà de cette montée du FN, il y a eu une abstention massive. Cela avait été d’ailleurs déjà le cas lors des dernières législatives. C’est donc grave et il faut l’analyser avec finesse… L’électeur doute, et il l’exprime de cette manière. Il va donc falloir être en capacité, dans cette conjoncture très difficile, d’offrir aux Français des orientations claires et structurantes. Il faut vite redonner de la confiance, sinon c’est la porte ouverte au populisme, et à une abstention toujours plus grande.

Vous venez de rencontrer Martin Malvy et Pierre Cohen. Avez-vous parlé des échéances électorales à venir, et de la place que va y tenir votre parti ?

Ces rendez-vous n’étaient pas pour nous vendre, mais pour rappeler la volonté du MUP. Notre mot d’ordre est de participer au rassemblement de la gauche, et notamment de la gauche gouvernementale, lors des élections à venir. Les démarches autonomes seront mortifères. Nous proposerons donc des candidats à Toulouse, mais j’ai eu le même type d’échange il y a quelques jours à Paris avec Anne Hidalgo…

 

Thomas Simonian



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