[Rencontre] Joël Carreiras : « Moudenc n’est pas Baudis ! »

Joel Carreiras®franck alixCalculette. L’ancien Monsieur Finances du Capitole n’a rien perdu de son esprit offensif et s’interroge sur un maire qui ne serait plus vraiment le centriste qu’il prétend être… Joël Carreiras profite de notre entretien pour confirmer un bruit de couloirs : « Je suis candidat à la candidature pour être sur la liste socialiste aux Régionales. Le challenge de la fusion entre Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon me séduit. »

Jean-Luc Moudenc vient d’annoncer 15% d’augmentation sur la fiscalité locale. Une surprise pour vous ?

Cette majorité est dans une vraie difficulté car elle a tout de même beaucoup promis durant la campagne municipale. Y compris dans notre propre camp nous avons été attaqués car notre programme n’avait pas forcément de mesures phares ou clinquantes… La réalité est que nous avions un discours précautionneux par rapport à l’avenir. La question qui est posée à Jean-Luc Moudenc et son équipe est : comment vont-ils dégager des marges pour pouvoir financer et mettre en œuvre leur programme, et notamment la troisième ligne de métro ?

Mais pourquoi n’y a-t-il pas eu anticipation de cette situation financière ?

Cette municipalité n’a pas intégré la fin d’un cycle de financement de la politique publique de notre ville. Dans une situation de crise, une collectivité doit pouvoir continuer à investir mais sans augmenter pour autant la pression fiscale.

Sauf qu’aujourd’hui Jean-Luc Moudenc pointe du doigt votre gestion …

Du mensonge et de la démagogie. Nous n’avons jamais camouflé le fait que l’épargne baissait et que nous avions utilisé tous les excédents. Moudenc ne peut pas nous dire aujourd’hui qu’il découvre qu’il n’y a plus d’épargne, alors qu’il n’a jamais cessé de nous attaquer sur ce fait durant notre mandature tout en ne proposant jamais, que je sache, d’augmenter les impôts. Il ne découvre rien, il ment ! Par ailleurs, une épargne, ça ne disparait pas ! Elle a été investie. C’était notre choix politique.

Il a été également beaucoup question des charges de personnel sous le mandat de Pierre Cohen. Aviez-vous embauché à tour de bras ?

Là aussi il faut rétablir la vérité. Les charges de personnel ont augmenté moins vite entre 2008 et 2013 qu’auparavant … Et notamment qu’entre 2004 et 2008, sous le premier mandat de Jean-Luc Moudenc. Nous avions donc ralenti le rythme d’évolution des dépenses de personnels sachant que l’essentiel de cette évolution relevait par ailleurs de mesures nationales.

« La politique engagée depuis un an a un certain parfum »

La majorité actuelle met-elle en place une politique d’austérité ?

La vérité nait de l’équilibre entre le maintien de l’investissement et du pouvoir d’achat. Or, Jean-Luc Moudenc tape sans discernement sur tout, dont les plus fragiles ! Il est dans une logique d’austérité économique.

Parlons transports. Etes-vous toujours opposé au fameux projet de troisième ligne de métro ?

Selon moi, nous ne sommes pas là dans un débat dogmatique, et je ne suis pas contre le métro par principe. Mais dans une période de raréfaction des ressources on peut sans doute faire mieux avec autant d’argent. Il faut avoir conscience que le coût de cette troisième ligne de métro correspond financièrement à la totalité du PDU (plan des déplacements urbains, ndlr.) J’attends donc le prochain débat sur la révision de ce PDU. Vont-ils augmenter les investissements et donc emprunter tout en réduisant les coûts d’exploitation ? Car avec Monsieur Moudenc si l’emprunt est tabou à la mairie, il ne l’a jamais été à Tisséo… Quand nous sommes arrivés aux affaires en 2008, Tisséo était en faillite. C’était à Toulouse ce que la Grèce est à l’Europe !

Jean-Luc Moudenc vient de fêter sa première année au Capitole. Votre bilan ?

Avec désormais un an de recul, je pense que M. Moudenc n’est pas Baudis ! Ce serait d’ailleurs se tromper que de penser qu’il est l’homme du consensus… Je crains un mandat pour rien ! Inaugurer les fontaines, se promener dans les quartiers, lancer des études  et beaucoup de com. Mais pendant ce temps-là les projets structurants annoncés ne sont pas lancés. Je m’interroge également sur le centre de gravité de cette majorité politique qui n’est pas celui du centrisme humaniste qu’incarnait autrefois Baudis. Les résultats des départementales ont d’ailleurs illustré cela. La remise en cause de la gratuité de la cantine pour les familles défavorisées au prétexte de les responsabiliser face à la gabegie est le dernier exemple d’un certain glissement. Jean-Luc Moudenc a tranché ! Sans parler de « ménardisation », terme que je n’ai jamais utilisé, la politique engagée depuis un an a un certain parfum.

L’opposition municipale à laquelle vous appartenez va-t-elle mieux ?

Durant cette année, et après une telle défaite, il fallait faire preuve d’humilité. Mais les résultats des dernières départementales ont bien montré que cette ville était toujours à gauche. L’espérance est là, une autre histoire va s’écrire.

Ceci dit cette opposition n’est toujours pas incarnée ?

Ce n’est ni le moment, ni dans la culture de la gauche toulousaine, de se choisir un leader aussi tôt. Il y a un projet à reconstruire, une résistance à organiser, une crédibilité à rendre audible. Mais je ne mets pas pour autant la question du leader de côté.

Et Pierre Cohen dans tout ça ?

Je ne suis pas de ceux qui « crachent dans la soupe ». Pour faire une analogie avec la psychanalyse, Pierre Cohen n’est pas un père pour moi… C’est plutôt un frère.

 

CV EXPRESS

Il a 54 ans. Ingénieur de recherche de profession, membre du laboratoire d’études et de recherche sur l’économie, les politiques et systèmes sociaux (Université Capitole.)

Fonctions : conseiller municipal d’opposition (PS) à Toulouse, élu métropolitain

 

 

 

 

 

 



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