Qui êtes-vous Monsieur Borgel ?

Pour beaucoup d’entre nous, il est la surprise politique de 2012. Personne ne l’attendait vraiment… Dans un pays où l’étiquetage est un sport national, lui s’en amuse, et décolle une à une toutes les étiquettes que ses adversaires politiques ont bien voulu lui coller. Son moteur : le refus de l’injustice, «cela m’est insupportable.» Une valeur qui l’a poussé dans un premier temps dans le syndicalisme étudiant avant de se concrétiser dans la politique. Avant de débarquer en terres occitanes, le politique a su se faire un nom entre la rue Solférino et la mairie de Villepinte. Aujourd’hui, entre admiration pour les uns, et crainte pour les autres, Christophe Borgel est devenu le phare du PS dans le département. Dans un pays tolosan en mal de personnalités politiques d’envergure, voici celui qui s’est imposé tel l’éclair. Entre vie politique, vie familiale et émotion, portrait d’un député qui regarde plus loin que vous ne le pensez… Par Thomas Simonian.

 

L’énigme Borgel

Nous sommes en plein cœur du quartier Rangueil à l’heure du petit-déjeuner. Lui est déjà au travail, prêt pour une journée à partager entre rendez-vous fixés à sa permanence et sur le terrain… Car l’homme est ainsi, acharné dans l’exercice nouveau pour lui, de son mandat de député. En effet, depuis le 17 juin dernier, Christophe Borgel est devenu un parlementaire haut-garonnais… Sans aucun doute aujourd’hui d’ailleurs, le plus présent médiatiquement. Pourtant ce natif de Poitiers, qui est loin d’être un port d’attache pour lui («Je ne sais pas encore maintenant pourquoi mes parents sont passés par cette ville. Si j’y suis resté quelques mois, c’est le maximum…»), était loin de faire l’unanimité à son arrivée dans la ville rose, y compris dans son propre camp.

« Il faut savoir être indifférent aux commentaires »

On l’a affublé alors, presse y compris, de tous les noms à l’annonce de sa candidature sur la 9e  circonscription. Parachuté (il nous vient de Villepinte), apparatchik (il est depuis ses années étudiantes au cœur des appareils), juge et partie (il est le monsieur élections du PS), misogyne (sa candidature s’est faite à la faveur d’un rude conflit qui opposait deux femmes : l’élue toulousaine Anne Crayssac et la désormais vice-présidente de la région Nadia Pellefigue)… Autant d’attaques qui n’ont pourtant jamais atteint la détermination du député : « Quand on a le sentiment ou la certitude que le chemin que vous prenez est juste, il faut savoir être indifférent aux commentaires.» Un enseignement retenu à la faveur de plusieurs rencontres avec François Mitterrand. L’homme était alors un leader étudiant, président de l’UNEF-ID (Union nationale des étudiants de France, indépendante et démocratique.) Un mouvement connu pour être un centre de formation efficace pour les cadres du Parti Socialiste : Julien Dray, Jean-Christophe Cambadélis, Pouria Amirshahi ou Bruno Julliard, tous en sont issus.

L’Africain

L’attachement à la mère est là. Vibrant dans les mots. Sans s’en rendre compte, Christophe Borgel passe du temps à rappeler ses origines, et surtout celles de sa maman. Une histoire qui le relie à «son» Maghreb : « Ma mère est née en Algérie, en étant issue d’une famille toulousaine. C’est d’ailleurs ici qu’elle a fait ses études secondaires et supérieures. Mon père est un juif tunisien. » C’est en Tunisie que les parents de Christophe Borgel se sont connus… La mère du futur député y fut un temps enseignante. Mais c’est l’Algérie qui reste clairement la terre d’ancrage de l’élu socialiste. Il y a vécu de 8 à 18 ans, en y ayant obtenu son Bac scientifique. Il n’était donc pas en France, le 10 mai 1981, pour fêter la victoire historique de la gauche et de François Mitterrand. A l’heure où le visage du premier président socialiste élu à l’Elysée apparaissait alors sur les écrans de télévision, lui était en plein cœur d’un match de basket endiablé. C’est d’ailleurs en découvrant le visage déconfit d’un camarade de jeu plutôt classé à droite, qu’il comprit l’issue du scrutin français. Contrairement à beaucoup d’élus socialistes, François Mitterrand n’est pas forcément « la » référence politique pour Christophe Borgel : « J’ai toujours eu un grand respect pour l’homme et l’orateur, mais je n’ai jamais été un fan. »

Du PS à Villepinte

Virage de vie en 1995. Celui qui venait de faire ses preuves dans le syndicalisme étudiant et dans le monde associatif (il est à l’origine de la création de l’AFEV-Association de la fondation étudiante pour la ville), est repéré par le tandem Lionel Jospin-Claude Allègre. Après un essai infructueux à Malakoff, Christophe Borgel s’implante alors dans le 19ème arrondissement de la capitale, sur les terres de Jean-Christophe Cambadélis… Il devient adjoint au maire accompagné d’une réputation de « jospiniste ». En 2003, il se rapproche de Dominique Strauss-Kahn qui recherchait une personnalité de confiance pour animer ses réseaux. Loin d’imaginer l’épisode de la chambre du Sofitel, il devient un fidèle, et en 2007 au départ de Strauss-Kahn pour le FMI, il le remplace rue de Solférino, à la fois au conseil national et au secrétariat national. Christophe Borgel ne s’en cache pas et ne manie pas la langue de bois sur le sujet, il est un homme d’appareil. Mais il aime aussi rappeler que ses valeurs prennent toujours le pas : « C’est le moins apparatchik de tous nos apparatchiks » aurait déclaré à son égard Jean Gaubert (ancien député PS des Côtes-d’Armor.)

Tout s’accélère…

En 2008, il décide de donner un nouveau tournant à sa carrière et part tête de liste dans la ville de Villepinte. Dans ce fief communiste, une fusion entre les deux tours le fait premier adjoint. L’expérience municipale l’a profondément marqué : « Ce mandat, c’est tout le temps ! En comparaison avec le mandat de député, la notion de « faire » n’est pas la même. C’est d’ailleurs pour cette raison que je suis opposé au cumul des mandats. » En janvier 2012, le PS, pris dans la tourmente de la campagne présidentielle, est en pleine phase de préparation et d’investitures en vue des élections législatives. Basé à Villepinte certes, mais aussi rue de Solférino en tant que secrétaire national en charge des fédérations et des élections, il observe de loin le bras-de-fer terrible dans lequel se sont lancées Nadia Pellefigue et Anne Crayssac. Mais au final, il le sait : c’est son rôle, il devra trancher. Pourtant, la décision viendra de plus haut… Martine Aubry (alors première secrétaire) et François Hollande (alors récent vainqueur de la primaire pour la présidentielle) lui demandent de partir sur cette 9e circonscription de Haute-Garonne. Il débarque sans avoir peur des critiques locales, et s’impose malgré la vive contestation de plusieurs maires PS de la circonscription : « Ma mère me disait toujours quand j’étais gamin… : « C’est incroyable, quand tu arrives dans un endroit où il y a un accent, en 48 heures tu as pris l’accent. » J’ai une vraie capacité d’adaptation.» Sébastien Vincini, premier secrétaire fédéral délégué du PS 31, reconnaît volontiers que ce « parachutage » ne s’est pas fait dans la simplicité : « Il est arrivé dans un contexte complexe, mais il a réussi une belle campagne. Il a su se rendre très disponible pour les élus et la population, en ayant une très forte présence sur le terrain. C’est une personnalité très intelligente, qui sait faire et qui sait s’entourer. » Aujourd’hui un constat s’impose, l’atterrissage toulousain de Christophe Borgel est une réussite. Sans doute un temps aidé par Martine Aubry (elle était venue sur le terrain à ses côtés durant la campagne), sans doute aussi par le soutien inconditionnel des deux principaux maires de sa circonscription (Pierre Cohen et Thierry Suaud), mais surtout porté par son propre tempérament et ses propres qualités… Il est maintenant l’un des hommes forts de la politique locale. Rien ne se fera sans doute plus sans que son nom ne soit cité.

La famille, « ça me manque… »

Une vie politique bien remplie, ne peut se réaliser sans faire des sacrifices évidents sur la vie de famille. On sent bien dans les yeux de Christophe Borgel (une émotivité pudique et contrôlée) que le sujet touche au cœur de l’animal politique. La question touche ce père de trois enfants : « Mes filles se plaignent parfois de ne pas me voir assez… » Avec une famille restée en région parisienne, le député raconte avec émotion des petits moments de vie qui lui sont chers : « Parfois je fais réviser les cours par téléphone, je me bloque toujours un jour par semaine pour amener le plus petit à la crèche et il m’arrive d’arriver très tôt à la maison pour déposer des croissants à tout le monde. » Un long silence… ponctué avec élégance par un « ça me manque … » Mais le politique reprend vite le dessus : « Je ne suis pas quelqu’un qui se cache derrière les obligations de la vie. »

Et demain ?

L’homme, le politique est ambitieux. Il le dissimule avec intelligence, mais tous ceux qui l’ont côtoyé en témoignent : « Il n’est pas venu ici pour le simple mandat de député, je ne l’imagine pas ainsi » nous dit Jean-Jacques Bolzan de l’UDI, qui l’a croisé récemment sur un plateau de France 3. Un indice ? Christophe Borgel pense emménager complètement à Toulouse dans les prochains mois comme si la ville de Nougaro était définitivement son terrain de jeu. Le Capitole, comment ne pas penser qu’il n’est pas l’un de ses objectifs ? Difficile… « Qu’il y ait des politiques qui aient des ambitions, c’est bien. On peut tout de même imaginer qu’il soit député sur le long terme, ou qu’il décide à un moment donné de s’inscrire dans une démarche plus locale. Il a de toute façon tous les talents pour réussir » témoigne le socialiste Sébastien Vincini, dont on devine à travers les propos qu’il ne doute pas un seul instant des ambitions du député. Et s’il était ministre demain ? Une éventualité à ne pas prendre à la légère non plus. En cas de remaniement, sûr qu’il serait sur une short-list. Pour le moment, Christophe Borgel savoure une implantation désormais réussie, et admire Toulouse avec poésie : « J’ai compris pourquoi on l’appelait la ville rose. Il y a une lumière… Des levers et des couchers de soleil sur la Garonne qui sont assez exceptionnels. » Le regard du député Borgel est dorénavant posé sur la Garonne. C’est toute la classe politique toulousaine qui le sait désormais.

 

 



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