Qui après Martin Malvy ?

Martin Malvy est le président de région qui a été le mieux élu de France en 2010, en obtenant près de 68% des voix. L’ancien ministre de François Mitterrand, en est à son troisième mandat à la tête de Midi-Pyrénées. Initialement prévues en 2014, c’est en 2015 que devraient finalement avoir lieu les prochaines élections régionales, à la faveur d’un report souhaité par François Hollande. Martin Malvy aura alors 79 ans. Envisage-t-il de se représenter ? Qui pourrait succéder à ce personnage que personne n’ose critiquer ? Une enquête menée par Coralie Bombail et Thomas Simonian.

 

Malvy l’intouchable ?

«Respect», «Estime», «Admiration» sont les mots qui reviennent de manière récurrente lorsqu’on aborde la personnalité de Martin Malvy. Même l’opposition refuse de critiquer le président de la région. Contactés, des membres des groupes «Osons Midi-Pyrénées» et «Républicains et Territoires» ont tous refusé de s’exprimer sur le sujet «Malvy». C’est un ancien conseiller régional de droite, Serge Didier, qui «brise l’omerta».  L’avocat toulousain, arrivé à la région en 1986 dans les bagages de Dominique Baudis, a décidé en 2010 de ne pas briguer un nouveau mandat afin de faire la part belle à une nouvelle génération. «Avec lui (Martin Malvy, ndlr), ça fonctionne» résume-t-il. «C’est un homme solide qui a été ministre du ministre du budget et porte-parole du gouvernement. Cela a du sens» poursuit Serge Didier. Une présence, de la hauteur, une vraie personnalité… C’est ainsi qu’apparaît aux yeux de tous le président de notre région : «Il n’est pas le genre à taper sur l’épaule de n’importe qui» remarque Jean-Christophe Giesbert, l’ancien directeur des rédactions de «La Dépêche du Midi» et auteur (avec Marc Teynier) du livre-entretien : «Martin Malvy. Des racines, des combats et des rêves». C’est avec un vrai regard admiratif sur l’homme que Jean-Christophe Giesbert insiste : «Personne ne connaît vraiment Martin Malvy à part sa famille et ses amis». Il nous avoue même qu’en l’ayant côtoyé longuement pour écrire ce livre, il n’a pas réussi «à percer le personnage». Selon le député et président du Conseil général du Gers, Philippe Martin, ami depuis trente ans de Martin Malvy, «ce n’est pas vraiment de la distance, mais plutôt de la pudeur et du respect. C’est la marque de son éducation».

Comment expliquer une si grande popularité, aussi bien dans l’opinion qu’auprès de la classe politique ? D’abord «les gens apprécient cette pudeur» qui contraste avec la «peopolisation» de beaucoup d’hommes publics. Mais la véritable explication serait que «nous avons connu deux leaders dans la région : Dominique Baudis et Martin Malvy. Malvy incarne la région comme Baudis incarnait Toulouse»» selon Jean-Christophe Giesbert. Un leader qui sait être à l’écoute, et qui est «capable de répondre aux attentes de catégories socioprofessionnelles très différentes, des agriculteurs comme des chefs d’entreprise» ajoute celui qui est aujourd’hui à la tête de l’agence de conseil en communication «Giesbert & associés». Pour ceux qui travaillent avec lui au quotidien, le président de région apparaît comme un homme de concertation, «il est ferme sur les objectifs fixés, mais souple sur la manière d’y parvenir» explique François Simon, vice-président de la région Midi-Pyrénées. «Mis à part pour le budget, il n’y avait pas de quoi être en désaccord. Toutes les grandes décisions étaient votées à la quasi-unanimité» confirme Serge Didier. Si l’homme est souple, il est également très exigeant auprès de ses collaborateurs mais aussi et surtout envers lui-même : «C’est quelqu’un de très sérieux et de très précis. Quand il se déplace, il veut tout savoir sur le dossier concerné» raconte Philippe Martin. Et selon son ami, le président Malvy se déplace beaucoup : «C’est avant tout un homme de terrain. Dans le Gers, il est aussi connu que moi !» Sa première vice-présidente, Nicole Belloubet, acquiesce : «Il est partout, même dans les petits villages. Tout le monde le connaît et peut l’aborder simplement.» Et d’ajouter avec humour : «Par contre, c’est un bourreau de travail, je n’aimerais pas être sa femme !»

«Je n’ai pas vu venir l’âge»

Qu’est-ce qui pourrait donc arrêter Martin Malvy ? Le temps ? En 2015, il aura 79 ans mais ce détail ne semble pas perturber l’intéressé : «Je n’ai pas vu venir l’âge. Je n’en ai pas eu le temps» affirme-t-il dans le livre de Jean-Christophe Giesbert. Il est vrai que le président de la région est «un homme très actuel. Personne ne se doute qu’il est né en 1936» remarque l’auteur. Présent sur Twitter, il est dans l’air du temps, maîtrise les dernières technologies et les nouvelles méthodes de communication. Dans les couloirs de la région, le bruit commence à courir qu’il n’exclut plus de se représenter : «Ce bruit n’est pas venu jusqu’à moi, ça me paraît improbable» réplique François Simon. Pas improbable pour tout le monde : «Je viens de le voir à la télé avec le Président de la République et je n’ai pas eu l’impression que c’était un homme qui pensait à la retraite» remarque Serge Didier. Mais peut-être qu’il n’envisage pas encore sa succession… Ou qu’il n’a tout simplement pas envie d’y penser : «Un homme politique qui commence à songer à son retrait est un homme mort» analyse Jean-Christophe Giesbert. Mais si lui n’y pense pas, d’autres y pensent pour lui. Des noms commencent à se faire entendre. Qui serait en mesure de prendre la relève ? «Si j’étais socialiste…»  s’amuse Serge Didier, «j’aurais un faible pour les deux Toulousains, Kader Arif et Nicole Belloubet». Belloubet, Arif, Glavany et Martin ou quatre personnalités pour un fauteuil.

 

Nicole Belloubet,  la «Anne Hidalgo de Malvy»

La première vice-présidente de la région évolue dans l’ombre de Martin Malvy depuis 2010. Au fil des années, elle prouve son aptitude à gérer aussi bien ses dossiers (l’enseignement supérieur et la recherche) que les autres sujets. « Je suis souvent amenée à le remplacer car il est très occupé. C’est une chance de pouvoir faire ça car je suis curieuse de nature, et je peux ainsi toucher à d’autres domaines que les miens. Par exemple, je suis devenue familière des questions économiques » révèle-t-elle. «Elle prend à bras-le-corps toutes les problématiques de la région. Elle est compétente, bien positionnée et c’est une redoutable rhétoricienne. Martin Malvy s’appuie sur elle.» confirme un collaborateur de la région. Selon cette source, il n’y a aucun doute, «Nicole Belloubet est LA favorite. Elle est en train de faire son apprentissage. C’est un peu la «Anne Hidalgo» de Martin Malvy». Un avis qui résume assez bien le courant de pensée général. «Elle a une très bonne réputation et s’est imprégnée de la région comme l’a fait Martin Malvy» ajoute Jean-Christophe Giesbert. «Son travail depuis des années la place en bonne position, elle est légitime» surenchérit François Simon. La vice-présidente reconnaît qu’elle apprend «en regardant faire Malvy. Dans sa façon de dire les choses sans jamais heurter inutilement. De sa gestion du temps également, car j’ai tendance à être impulsive. Il laisse toujours le temps au temps». Incontestablement, grâce à son expérience de numéro deux, Nicole Belloubet a pris une longueur d’avance sur d’autres possibles candidats. Mais la vice-présidente a tout de même un handicap : le déficit de popularité. «Elle manque d’une assise militante avec elle» souligne l’ancien journaliste de «La Dépêche». A Toulouse, Nicole Belloubet est connue, mais c’est sur les territoires de Midi-Pyrénées, que le travail reste à faire pour la vice-présidente. Il lui reste encore trois ans pour tisser son réseau. Et visiblement, elle a déjà commencé, «elle se déplace beaucoup. Récemment elle est allée à Albi, à Rodez, à Foix…» dévoile un proche de l’opposition régionale. La vice-présidente a conscience qu’elle n’est pas très connue, «mais je ne cherche pas à l’être. Je ne fais aucune communication… Je n’ai pas de blog et ne suis même pas sur Twitter. Pour l’instant, ça ne m’intéresse pas». Et plus tard ? «Je ne me projette pas en 2015, c’est trop tôt. Mais je reconnais que présider une région est un très beau mandat». Si elle décidait d’entrer dans la course, être une femme pourrait être un avantage. En France, seulement deux régions sont dirigées par des femmes. Une tendance qui devrait forcément s’inverser en faveur de la parité.

 

Kader Arif, «motivé» ?   

Kader Arif, ministre délégué aux anciens combattants, fait donc partie des noms qui se murmurent pour la succession de Martin Malvy. En plus de sa fonction ministérielle, il a été également élu député de la 10e circonscription en juin dernier (c’est actuellement sa suppléante Emilienne Poumirol qui siège) et il est conseiller municipal de la ville de Toulouse. S’il brigue le poste suprême de la région, «il faudra qu’il fasse des choix, surtout au regard de la future loi sur le non cumul des mandats» remarque François Simon. Mais en a-t-il vraiment envie ? «J’ai eu l’occasion de parler avec lui, mais il ne m’a jamais rien dit sur le sujet. Ce qui l’intéresse, c’est le gouvernement» indique Serge Didier. Pourtant pour Jean-Christophe Giesbert, il est fort probable qu’il soit «très motivé par cette perspective». Mais «a-t-il l’expérience suffisante pour assumer ce poste ? Et l’assise militante nécessaire ?», se demande-t-il. Pas sûr. Mais en tant que membre du gouvernement, il a acquis une visibilité nouvelle, ce qui fait encore défaut à Nicole Belloubet.

 

Jean Glavany, un homme d’expérience

Député de la 1ère circonscription des Hautes-Pyrénées, Jean Glavany pourrait être lui aussi candidat aux régionales de 2015. Son expérience ne se conteste pas. Chef de cabinet de François Mitterrand en 1988, il devient par la suite secrétaire d’Etat à l’enseignement technique, puis porte-parole du Parti socialiste en 1993. Cinq ans plus tard, il est nommé ministre de l’agriculture et de la pêche sous le gouvernement Jospin. A l’instar de Martin Malvy, Jean Glavany a fait ses armes sur des postes à responsabilité au gouvernement. Mais il est face à une difficulté majeure : «il restera le responsable de l’échec de Lionel Jospin en 2002, et il a vécu quelques échecs électoraux sur son territoire face à Gérard Trémège» signale Jean-Christophe Giesbert. Comment pourrait-il se faire élire en Midi-Pyrénées, une région vaste où il n’est pas connu dans tous les départements ? Ses expériences au gouvernement commencent à s’oublier, surtout auprès des jeunes générations qui n’ont pas connu l’ère Mitterrand. Par ailleurs, le député tarbais pourrait préférer l’échéance cantonale et ravir au PRG le Conseil général des Hautes-Pyrénées. Le département ou la région ? Jean Glavany n’aurait pas encore choisi.

 

Philippe Martin, l’ami de toujours

«Je connais Martin Malvy depuis plus de trente ans, et nous sommes toujours amis aujourd’hui» affirme Philippe Martin. Tous deux ont le point commun d’être des «fabusiens» : « On s’est d’ailleurs souvent vus lors de dîners et autres événements à travers cet engagement. Je le soutiens depuis toujours et j’ai fait campagne pour lui en 2010 dans le Gers» précise-t-il. Le Président du Conseil général du Gers «aurait envie de succéder à Martin Malvy. D’ailleurs il l’a déjà dit» déclare Jean-Christophe Giesbert. Mais l’intéressé ne confirme pas cette information : «Je n’ai jamais affirmé une telle chose ! Mon amitié pour Martin Malvy ne supporte pas le moindre mot de ma part dans ce sens-là !» s’emporte-t-il. Et ne lui demandez pas son avis sur la succession du président de région : «Il est saugrenu de poser cette question. Il est actuellement à ce poste et ce sera à lui de mesurer ce qu’il a envie de faire» répond-il. Quant à sa propre candidature, «je prendrai une décision le moment venu». Comme quoi Jean-Christophe Giesbert disait sans doute juste… Donc rien n’est exclu pour l’élu gersois, même si pour lui aussi, la question du cumul des mandats est posée.

 

Trois hommes, une femme, rien d’officiellement déclaré. D’autant que d’ici 2015, d’autres candidatures «d’outsiders» pourraient bien faire leur apparition : «Des jeunes maires qui proposeraient une alternance en terme d’âge, par exemple» projette Jean-Christophe Giesbert. «Tout dépendra des arcanes de la politique locale à ce moment-là, de qui soutient qui» avance Nicole Belloubet. Déjà prête pour le combat, elle ajoute en ironisant : «Si trois hommes sont nécessaires pour me manger, comme l’a déclaré un certain journal, je trouve ça assez flatteur finalement !» Mais que tous soient rassurés, Martin Malvy reste le maître du temps. Et 2015 n’est pas encore inscrit à son calendrier.

Thomas Simonian

Coralie Bombail



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