Présidentielles : 11 jours pour convaincre

Stéphane Baumont

Et si le moment était venu à onze jours du premier tour, qui aura lieu le 22 Avril prochain, de tenter de faire le point ? Entreprise difficile tant nous sommes ballotés par les sondages, l’effet Mélenchon et la désormais omniprésente abstention qu’Alain Badiou (auteur du fameux «De quoi Sarkozy est-il le nom ?») appelle ainsi de ses vœux dans son dernier ouvrage : «S’abstenir n’est pas assez, s’abstenir est encore une modalité d’obéissance à l’injonction électorale, la modalité négative. Ce à quoi il faut parvenir, c’est à une pensée de la politique dont le vote est purement et simplement absent.» Une réflexion qui bouscule au moins autant que l’effet Mélenchon, que Daniel Cohn-Bendit qualifie ainsi : «La vie, ce n’est pas aussi simple qu’un discours de Jean-Luc Mélenchon. L’émergence de cette gauche, jacobine, centralisatrice, et caricaturale est pain béni pour Nicolas Sarkozy…

La montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon fait bien l’affaire du Président sortant.» Un Mélenchon qui rêve et parie de dépasser Marine Le Pen et qui, dela Bastilleau Capitole à Toulouse, a choisi de transformer les lieux monumentaux et mémoriels de ces grandes villes en espaces populaires et populistes de meeting en plein air. Une façon d’écrire sa propre histoire en rêvant de l’inscrire dans la grande. Et la campagne de tracer son sillon entre populisme(s) et populaire, déclinaison du peuple dans une grammaire où ni la démagogie ni l’humour ne sont absents sans oublier que les chemins empruntés par l’opinion publique pour dire sa vérité du moment, sont bordés et balisés de sondages informatifs mais perçus comme prédictifs, accélérateurs d’intrigues, de calculs et dramaturgiques, structurant les attentes, déconstruisant aujourd’hui pour donner l’illusion d’un autre futur roboratif ou inquiétant (c’est selon !), gérant la tension narrative des événements ou de l’événement des événements que serait la plus massive abstention de l’histoire des Présidentielles sousla V° République. Sondages ayant successivement accrédité la victoire annoncée de DSK, puis de François Hollande, le suspense de l’entrée en campagne de Sarkozy, l’éventualité (couverture de L’Express même) d’un deuxième tour Bayrou – Le Pen, la non participation de la candidate du FN, faute des 500 parrainages, la débâcle d’Eva Joly, avant sa chute dans l’escalier, le décroisement des courbes plaçant au premier tour Sarkozy devant Hollande, tout en laissant le socialiste devant l’UMP au deuxième tour, puis l’effet Mélenchon.

Voilà comment les sondages nous ont écrit l’histoire «en évaluant la crédibilité des candidats sur le marché des opinions de la même manière que les agences de notation apprécient la solvabilité des emprunteurs sur les marchés financiers» (Christian Salmon). Face au désappointement observé, on craint une «sortie du système» selon Pascal Perrineau : face à l’abstention, aux batailles d’experts, aux tableaux de désendettement et aux colonnes de chiffres, Mélenchon surgit et tient meeting au cœur ardent des grandes villes traversées au point de devenir le fameux troisième homme sans lequel il n’est pas de vraies campagnes Présidentielles en France («Nous sommes au mois de Germinal. Les bourgeons pleins de vies éclatent en fleurs déjà, et voici la promesse des fruits…» lance le candidat du Front de Gauche dont «les normes sont les droits de vivre» et dont les envolées lyriques tentent d’illustrer ce mot de Gambetta «la forme emporte le fond») Nous semblons dorénavant engagés dans une dernière ligne droite avec des éléments d’information nouveaux proposés par la dernière livraison de Philosophie Magazine : les Français plébisciteraient en effet les valeurs chères à Jean-Jacques Rousseau (pensant que la nature humaine est bonne, que le rôle majeur de l’Etat est de veiller au bien être de la population, que la morale est liée aux qualités du cœur et qu’il faut se méfier des élus) et non celles prônées par Thomas Hobbes (Les hommes sont mauvais par nature, l’Etat doit assurer l’ordre et la sécurité, seule la loi édicte ce qui est mal).

Les Français vont-ils donc avoir à choisir entre Sarkozy, «hobbesien» et un Hollande, «rousseauiste», un Bayrou proche de Locke, une Marine Le Pen reprenant la thématique «ami-ennemi» de Karl Shmitt ou un Mélenchon adepte du Rousseau de la démocratie absolue et de sa dérive totalitaire ? En dehors de Philosophie Magazine, qui a peut-être trouvé le lectorat d’un nouvel électorat, il paraît difficile de suivre ce mensuel dont la technique consiste à fragmenter des citations pour en faire des éléments d’un questionnaire et d’un sondage. Le propre de ces élections, n’est-ce pas l’affirmation de la croyance en un contrat social qui pourrait être déchiré par l’abstention à venir : «Pour l’IFOP, 32% des électeurs n’auraient pas l’intention de se rendre aux urnes le 22 avril prochain… Et comme nous l’avons vu en 2002, une abstention trop importante est une prime au FN !»



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