[Points de vue] La revalorisation du point d’indice des fonctionnaires était-elle nécessaire ?

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La semaine dernière, le gouvernement a annoncé une revalorisation du point d’indice des fonctionnaires, gelé depuis 6 ans, à 1,2%. Une attente des organisations syndicales, qui espéraient toutefois une revalorisation plus conséquente, mais qui peut semer le trouble dans les collectivités territoriales.

Sacha Briand, adjoint au maire de Toulouse et vice-président de Toulouse métropole en charge des Finances

Chacun peut comprendre que les fonctionnaires souhaitent bénéficier d’une revalorisation salariale, qui ne le souhaite pas ?

Mais le point d’indice n’est qu’un élément de la rémunération des fonctionnaires : l’essentiel de la progression de carrière – donc de la rémunération – découle des avancements d’échelon ou de grade. Ces seuls avancements, chaque année et à effectifs constants, représentent un accroissement de dépenses de 8 millions d’euros pour la Ville de Toulouse. L’augmentation du point d’indice décidée par le gouvernement entraîne donc une charge supplémentaire de 4 millions d’euros annuels.

Ces dépenses nouvelles sont imposées par l’État sans aucune concertation et bien évidemment sans aucune compensation. Nous découvrons cela dans la presse et nous devons faire face à ces 12 millions de dépenses supplémentaires alors que, dans le même temps – il faut le rappeler – en 2016 nous percevons 24 millions de dotations en moins par rapport à 2014 !

Le gouvernement, au moins, aurait pu assortir cette décision de contrepartie comme le rétablissement du jour de carence qui constituait un outil de réduction de l’absentéisme.

Personne n’est dupe, François Hollande est à la dérive dans les sondages et fait cette concession aux fonctionnaires – base électorale traditionnelle du PS – un an avant la présidentielle.

La fonction publique a besoin d’une vraie réforme et d’outils pour développer la motivation, adapter la formation et permettre un véritable déroulement de carrière pour les agents. Faute de cela, ce qui est une bonne nouvelle pour les fonctionnaires est une charge supplémentaire pour le budget municipal et devra nécessairement être compensée par des économies nouvelles afin de préserver notre épargne et donc notre capacité d’investissement car, en effet, nous refusons de dévier de notre stratégie d’investissement afin de soutenir la croissance et l’emploi sur notre territoire.

 

Pascal Maynaud, Secrétaire général Adjoint FO Ville de Toulouse

Cette décision unilatérale intervient alors que :

- La loi de Finances pour 2016, avait acté la stabilité du point d’indice qui devait permettre d’économiser 600 millions € dans le budget de l’État.

- Le protocole PPCR* indiquait que la valeur du point d’indice devait dépendre « des principaux indicateurs macroéconomiques » (au contraire de FO qui revendique le maintien du pouvoir d’achat au minimum à hauteur de l’inflation).

Alors que l’inflation sur la période 2010-2016 est de +9,77%, la revalorisation du Point d’indice sur la même période est de +0,6%… Le seul rattrapage de cette perte de pouvoir d’achat nécessite une revalorisation de +8% de la valeur du point et l’attribution immédiate de 50 points d’indice supplémentaires. Pour FO donc, le compte n’y est pas du tout !!

Gare à la désinformation et aux effets d’annonce. Ladite revalorisation (0,6% en 2016 et 2017) représente une hausse de la valeur du point d’indice de 2 centimes !! Concrètement, cela se traduira par une augmentation de 4,66 euros brut/mois pour un agent de catégorie C (75% des effectifs en France).

Bien évidemment, nous sommes conscients du coût que cela aura pour les Collectivités. Mais il faut mettre en parallèle de ce « coût supplémentaire » le protocole d’accord PPCR (naturellement refusé par FO) qui prévoit un allongement de la durée d’échelons pour tous les agents territoriaux. Leurs carrières seront considérablement ralenties, ce qui représente in fine des dépenses moindres pour la Collectivité. Donc l’un dans l’autre…

Illustration malheureuse de cette perte considérable du pouvoir d’achat à Toulouse : de plus en plus d’agents de la Collectivité font appel au Fonds d’Action Sociale du COSAT**, qui permet d’aider financièrement les agents les plus démunis.

C’est pourquoi le syndicat FO appelle à la grève générale et aux manifestations le 31 mars 2016.

*PPCR : Parcours Professionnels Carrière et Rémunération

**COSAT : Comité des Œuvres Sociales



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