Pierre Cohen : « L’ADN de Moudenc c’est son conservatisme »

 

p11 Pierre Cohen

Opposition. Il y a eu quelques semaines délicates après la défaite, il l’avoue. Mais le bagarreur Cohen a repris le dessus … Sarkozy, Hollande, Moudenc, la 3ème ligne de métro, la sécurité, TLT, il balaie tous les sujets du moment avec une tonalité redevenue offensive.

 

Que pensez-vous du retour de Nicolas Sarkozy sur le devant de la scène ?

C’est indéniablement une tendance dure de la droite qui revient, et qui en dit long sur l’évolution de l’UMP. Les deux tiers  des militants de ce parti sont sur une tendance idéologique qui se durcit ; c’est une droite conservatrice qui a des frontières de plus en plus fragiles avec le Front National. Ce retour ne doit pas faire oublier que Sarkozy est aussi le responsable de la situation dans laquelle nous nous trouvons, même si la gauche ne doit pas s’exonérer d’une autocritique … L’ancien président ne peut pas nous faire croire qu’il a changé !

La montée du Front National vous inquiète-t-elle ?

Clairement oui, car c’est l’expression d’un paysage politique qui se droitise. Nous l’avons vécu à Toulouse lors des dernières municipales avec le report au second tour de la quasi-totalité des voix du FN sur Moudenc. La porosité existe, d’autant que le maire de Toulouse a choisi comme adjoint à la sécurité un membre de Debout la France … Cela sonne comme une preuve de plus. De manière plus générale, la société française se droitise et la droite républicaine joue avec le feu. À Toulouse comme ailleurs.

Hollande, vous y croyez encore ?

Hollande en tant que personne, on sent bien qu’il n’arrive pas à redorer son blason. Que plus grand monde ne semble adhérer à sa communication … Mais je reste convaincu que dans la politique qui est menée aujourd’hui, il y a de bonnes choses qui pourront amener des résultats dans les mois qui viennent. Vous savez, malgré le discrédit actuel, je reste persuadé que la politique n’est pas morte ! Rien n’est foutu, la démocratie et la République ne sont pas à jeter.

Huit mois après, avez-vous digéré votre défaite des municipales ?

Je ne nie pas que cela a été dur à vivre personnellement, mais l’épisode a été digéré. Vous savez, quand vous êtes stoppé au moment où vous avez beaucoup d’ambitions et de projets pour cette ville, forcément c’est difficile à surmonter. Le plus dur, en fait, c’est de vous rendre compte que vous étiez addict à un rythme … Du jour au lendemain, j’ai eu du temps à combler, et j’avoue que cela a été le plus difficile à surmonter. Mais depuis cet été, cela va beaucoup mieux ; j’ai réorganisé ma vie personnelle et mon cerveau. Je suis en mode combat, et je cogite sur de nouveaux projets en permanence.

« La politique n’est pas morte ! »

Avez-vous aujourd’hui compris quelle  était la vision de la nouvelle majorité municipale ?

Je vais vous répondre en différenciant la ville de la métropole. Je pense fondamentalement que Jean-Luc Moudenc avait envie de redevenir maire de Toulouse, et qu’accessoirement il pensait à la communauté urbaine. L’ADN de Moudenc c’est son conservatisme, il va bouger le moins possible. Et si sa vision pour demain ce sont donc ses promesses électorales, je m’inquiète ouvertement. Il les renie toutes en argumentant sur le manque de moyens.  Mensonge !

Vous ne croyez donc  toujours pas au projet de troisième ligne de métro ?

Je ne suis pas un rêveur. Le montant de ce qu’il faudrait avoir pour ce projet de troisième ligne de métro ne sera pas disponible dans les dix ans à venir. Etant donné que Jean-Luc Moudenc ne va réellement supprimer que le projet de tramway, comment va-t-il trouver 1 milliard supplémentaire ? La crédibilité et le financement d’un nouveau PDU (plan de déplacements urbains, ndlr) sont donc aujourd’hui en question, et cette troisième ligne est un leurre.

Vous êtes également très critique sur les questions de sécurité …

Je ne suis pas surpris des annonces fréquentes du maire et de son adjoint, M. Arsac, en la matière, et je persiste à dire que nous avons là de vraies divergences de fond. Nous avons tous le même objectif qui est de défendre le fait que chacun puisse avoir droit à davantage de sécurité … Mais ce sont les solutions qui diffèrent. Faut-il combattre le fait que les Toulousains aient le sentiment d’avoir peur, ou faut-il vaincre les raisons pour lesquelles ils ont peur ? Je pose la question au maire. Car s’il s’agit de vaincre un sentiment, il va droit vers des désillusions … C’est ce que Sarko a toujours fait, sans résultats.

TLT (Télé Toulouse, ndlr) est en danger de mort permanent. Faut-il préserver une télévision locale dans notre ville ?

Je ne sais pas ce que veut faire Jean-Luc Moudenc sur ce dossier et je le trouve plutôt timoré quand il en parle. Quand je suis arrivé aux affaires en 2008, j’ai trouvé une télé qui était à la gloire du maire et qui était entièrement financé par des amis à Mr le maire. Ces derniers ont tous pris la fuite, et il a fallu alors trouver des solutions. Notre action a permis de réduire considérablement le déficit, même si cela n’a malheureusement pas rendu ce projet pérenne. Il faut clairement soutenir TLT, l’aider à augmenter son capital et lui permettre d’acquérir une véritable autonomie. À côté de France 3, cette télé a une vraie utilité, c’est ma conviction politique.

 

CV EXPRESS

Né le 25 mars 1950 à Bizerte (Tunisie). Il est l’ancien maire de Toulouse (2008-2014) et de Ramonville St-Agne (1989-2008).

Fonctions : président du groupe d’opposition socialiste à la mairie de Toulouse, élu communautaire et président de la FNESER (fédération nationale des élus socialistes et républicains)

 



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