Pierre Cohen: 2 mandats sinon rien

Sanofi, l’avenir de l’Oncopôle, l’Agence de développement économique, les travaux du tramway, le PDU (Plan de déplacements urbains), la victoire de son opposant principal aux législatives… Et 2014 ! Tous les sujets qui font Toulouse n’ont pas échappé à la rencontre que notre rédaction a eu avec Pierre Cohen. Un Maire qui défend une vision dépassant l’échéance 2014. Comme si le message délivré était de dire qu’il était déjà candidat à sa propre succession. Mais qui en doutait vraiment ? «Je ne peux donc pas vous dire aujourd’hui que je suis le candidat du Parti Socialiste pour 2014» nous dit-il. Candidat du Parti Socialiste pas encore, mais candidat «je le serai certainement». La semaine dernière, Jean-Luc Moudenc nous déclarait : «Je serai au rendez-vous de 2014». Le 1er round des Municipales est lancé.

 

 

Suite à l’annonce du plan de restructuration par les dirigeants de Sanofi, quelles sont vos principales craintes, notamment en ce qui concerne le projet de l’Oncopôle?

Nous craignions la fermeture pure et simple du site ce qui reste inadmissible pour une entreprise qui réalise plus de 6 milliards d’euros de profits. Surtout après l’investissement de près d’1 milliard d’euros issu du public comme du privé, pour redynamiser le secteur. Pour bien comprendre, ils ont bénéficié des ressources de l’Etat par les crédits impôt recherche à hauteur de 180 millions d’euros, des projets de recherche payés par la puissance publique, d’un client essentiel qui est la Sécurité Sociale, d’un environnement qui s’est particulièrement amélioré après la catastrophe d’AZF, de l’hôpital, de la création d’un immeuble INSERM pour la recherche contre le cancer et du transfert d’un gros industriel nommé Pierre Fabre. Cette décision est donc inacceptable. D’ailleurs, Arnaud Montebourg a reçu les représentants toulousains des syndicats de Sanofi pour le leur signifier. Une partie de bras de fer est donc engagée et nous voulons montrer à Sanofi que, si des entreprises en difficulté n’ont pas d’autre choix que de réduire la voilure, ce n’est pas leur cas. Le maintien du site est le minimum à garantir pour ensuite engager des discussions.

 

Si les dirigeants passent outre les exigences des pouvoirs publics ?

Je ne suis pas à la place du ministre (Arnaud Montebourg, ndlr) et je n’ai pas les compétences nécessaires pour les contraindre à quoi que ce soit. Nous pouvons par contre pousser le ministre à rester ferme et même à refuser le plan social. Nous pouvons également remettre en cause les aides qui ont été attribuées à Sanofi. S’ils persistent et vont jusqu’au bout, il faudra en tirer des leçons. Les dirigeants d’une entreprise qui a vocation à devenir la quatrième industrie mondiale et qui licencient sont des « patrons-voyous ». Je le dis et je l’assume ! François Hollande avait évoqué, pendant la campagne électorale, un dispositif législatif pour lutter contre les licenciements abusifs             . C’est le moment de le mettre en application car Sanofi a décroché le pompon en la matière.

 

Pour vous, l’interdiction des licenciements pour une entreprise qui fait des bénéfices est donc une solution ?

C’est ce que j’ai toujours défendu ! Je considère que cette entreprise qui affiche 6 milliards d’euros de bénéfices doit travailler pour l’avenir en multipliant les projets de recherche. Nous avons ainsi le devoir de neutraliser leur attitude de « patrons-voyous ».

 

Les réactions d’Arnaud Montebourg vous satisfont-elles, notamment lorsqu’il annonce l’acceptation d’un plan social qui serait discuté avec les syndicats ?

Nous n’avons pas à construire un ordre, une pensée ou une idéologie de l’entreprise. Notre position est de soutenir les salariés qui, dès la première rumeur, ont exprimé leur colère. Mais si la direction de Sanofi discute avec l’ensemble des syndicats et que ces derniers considèrent que ce qui est proposé reste acceptable, nous les soutiendrons. Mais aux vues des dernières confrontations, il y a fort à parier que les représentants du personnel de Sanofi n’accepteront pas les conditions de leur entreprise. Une société est constituée d’un patron, de cadres et de salariés qui doivent établir un dialogue, ce qui n’est pas le cas chez Sanofi puisque, justement, ce que demandent les salariés c’est bien d’être consultés et informés.

 

Sanofi : « Il faut rester ferme face à l’inacceptable »

 

Quand Sanofi parle d’une restructuration de son « pôle recherche », et évoque un tissu toulousain peu adapté ou du moins, non prioritaire dans son plan de refonte, recevez-vous cet argument ?

Cet argument m’a mis en colère ! Dire que Toulouse n’a pas l’écosystème suffisant en matière de recherche est irrecevable puisque nous sommes reconnus dans ce domaine : notre CHU est l’hôpital de France dont le système de soin est le meilleur, nos universités, nos écoles et laboratoires de recherche sont largement reconnus. Ils ne peuvent pas dire que nous n’avons pas un écosystème de recherche développé, c’est la marque de fabrique de Toulouse. Qu’ils avouent que, dans le cadre de leur stratégie, cela pose des difficultés, je veux bien mais ils ont quand même tenté de culpabiliser leur personnel, de leur faire croire que les chercheurs étaient inefficaces et que, parce que certains brevets étaient tombés dans le doit commun, ils n’étaient plus rentables, ils ne servaient plus. Ils ont également effectué des dépenses, des investissements pour leur extension avant d’annoncer un plan social, ce qui prouve que la direction de Sanofi a joué un double jeu. Il faut rester ferme face à l’inacceptable. Et il ne s’agit pas que d’une guerre de la Gauche, des syndicats contre les patrons. Pour preuve, la plupart des dirigeants d’entreprise que j’ai rencontrée dernièrement, eux-mêmes, trouvent l’attitude de Sanofi intolérable. Il existe quand même une certaine éthique de l’entreprenariat.

 

En ce qui concerne l’Agence de développement économique, elle a été votée en février dernier et sera officiellement lancée en octobre prochain. Pourquoi s’est-il écoulé tant de temps entre son vote et sa mise en fonctionnement ?

Ce n’est pas toujours simple de monter une telle agence. Nous ne souhaitions pas créer un doublon des agences Midi-Pyrénées Expansion et Midi-Pyrénées Innovation, les organismes de la Région, ce que j’ai d’ailleurs bien expliqué à Martin Malvy (Président de la Région Midi-Pyrénées, ndlr). Aujourd’hui, la plupart des Maires de France s’accordent pour dire que les compétences des villes peuvent compléter celles des Régions qui ne peuvent pas tout assumer. Par exemple, dans le cas du Cancéropôle, nous disposons aujourd’hui d’un hôpital, de laboratoires de recherche, d’une grande entreprise mais, pour construire un campus qui doit devenir une excellence internationale de lutte contre le cancer, il nous manquera des compétences. MPE et MPI, qui restent des agences vendant la part territoriale de Toulouse et sa région pour attirer les entreprises dont nous avons besoin pour créer une valeur ajoutée, ne pourront pas tout prendre en charge. Et nous constatons la même situation sur le projet Toulouse Montaudran Aerospace.

 

Donc ce long délai n’a rien à voir avec une réticence de la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Toulouse ?

Certes, nous avons eu une petite discussion car, au départ du projet, nous étions partis sur une gérance à 50% pour la CCIT et 50% pour la Mairie. Finalement, aux vues de leurs possibilités de participation financière, nous avons décidé que la Chambre de Commerce serait associée à 30% et nous à 70%. Mais cela n’a jamais été un point de blocage. Bien sûr, lors de l’annonce du projet en janvier dernier, Alain Di Crescenzo (Président de la CCIT, ndlr) s’inquiétait de savoir comment son bureau prendrait la chose mais il a été vite rassuré puisque ses collaborateurs ont voté le projet à l’unanimité.

 

« Une responsabilité énorme vis-à-vis du défi écologique »

 

Aujourd’hui il y a beaucoup de discussions autour des travaux dans Toulouse, notamment ceux dus au «Tram Garonne»… Pouvez-vous nous dire que vous faîtes aujourd’hui ce qui n’avait pas été fait avant ? Notre ville a-t-elle pris du retard en termes de transports en commun ?

Je considère en effet que nous avons pris du retard. Sur la question des transports en commun, ce retard est très simple. Il est dû à plusieurs facteurs, dont le choix du métro, que les Toulousains ne regrettent pas mais qui a pris du temps et qui a coûté beaucoup d’argent. Or, Toulouse a la caractéristique d’être un très grand territoire, avec une agglomération qui ne cesse de prospérer. Tout cela a amené à des choix politiques, mais avec un manque de volontarisme forcené. L’erreur principale de mes prédécesseurs a été de penser le transport compatible avec la présence omniprésente de la voiture. J’attribue cela à la culture métro qui laisse «nickel» l’espace public pour les voitures. Notre majorité s’est donc vue confrontée au partage de cet espace public entre les voitures, les transports en commun, le cyclable et le piéton. Et les villes ont en plus aujourd’hui, une responsabilité énorme vis-à-vis notamment du défi écologique.

 

Votre proposition de PDU (Plan de déplacements urbains) a fait du bruit. Pour quelles raisons ?

En effet, cette proposition a choqué, et je ne comprenais pas pourquoi même si je suis habitué à voir mon opposant principal clamer le contraire de ce que je dis. C’est presque génétique ! Mais j’ai quand même essayé de comprendre pourquoi il s’accrochait à la ligne de tramway le long du Stadium… Et j’ai compris ! Dans sa proposition de PDU, existait une ligne qui allait de Blagnac à Saint-Orens, mais en restant dans le schéma identique à celui proposé par Jean-Pierre Plancade (sénateur PRG, ancien président de Tisséo), lui aussi opposé à mon PDU, en réglant le problème du transport avec une croix de métro et une croix de tramway. De mon côté, je souhaite arriver à un maillage qui permette d’irriguer davantage le territoire, avec une offre qui dépasse quelques lignes structurantes.

 

Vous vous êtes conformé aux règles du Parti Socialiste en ne vous représentant pas sur la troisième circonscription lors des dernières législatives. Or, c’est la seule circonscription qui a changé de camp politique avec la victoire de Jean-Luc Moudenc. Le PS n’a-t-il pas commis une erreur en présentant un candidat écologiste sur un territoire sociologiquement plus complexe qu’ailleurs pour la gauche ?

Signalons avant tout que cette circonscription a été découpée spécialement pour notre adversaire par l’ancien gouvernement. L’ancien ministre Marleix a été très, très gentil ! Ensuite je ne vous le cache pas, et je l’ai dit au conseil fédéral de mon parti, je considérais que dans une circonscription «taillée» pour mon opposant, un candidat écologiste n’était pas le meilleur des choix. Mais Mr Moudenc n’a pas trop de raisons d’être fier car, à Toulouse, il a tout de même perdu l’hyper-centre, le seul canton de droite ! Et même dans la partie où il a été conseiller général, l’écart est très faible. C’est Balma qui lui a donné l’essentiel des voix qui font la différence. Il n’en demeure pas moins qu’il aurait sans doute fallu un candidat plus indiqué, même si j’ai souhaité être en accord avec mon parti durant la campagne, et que je n’ai pris position pour aucun des deux candidats issus de la majorité présidentielle (François Simon et Alain Fillola) …

 

 « Candidat je le serai certainement »

 

On se doutait tout de même de votre préférence ?

Certains silences sont en effet étourdissants.

 

Etes-vous déjà dans l’échéance 2014 ?

Contrairement à ce que peut dire mon prédécesseur, nous n’avons jamais organisé nos projets par rapport à 2014. Beaucoup de nos chantiers et promesses s’inscrivent dans le temps… Nous mettons en place des perspectives qui affichent notre ambition, et qui feront notre crédibilité et notre programme pour 2014. Nous sommes en train de bâtir le Toulouse de dans 10 ans !

 

Vous serez donc candidat en 2014 ?

Candidat je le serai certainement, mais aujourd’hui l’enjeu c’est la ville. Vous savez, nous avons un fonctionnement très démocratique au PS pour ce type d’échéance. Il y aura un appel à candidatures, je serai sans doute candidat, mais y en aura-t-il d’autres en face de moi ? Je ne peux donc pas vous dire aujourd’hui que je suis le candidat du Parti Socialiste pour 2014.

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat et Thomas Simonian

Photos : Franck Alix

Stéphane Baumont dresse le portrait de Pierre Cohen

« Il est un travailleur besogneux qui ne soigne pas forcément son image. Il connaît bien l’appareil du PS, et peut-être considéré comme un apparatchik … Cette longue expérience du parti lui aura permis enfin de goûter aux lumières de la politique spectacle et d’être au premier plan. Secret, il sait surprendre ses adversaires, qu’ils soient ou non d’ailleurs dans le même camp politique. Sensible, il sait cacher son émotion. Il est par ailleurs doté d’une volonté de fer et sait aller au bout de son ambition. Il sera difficile à déloger de son bureau. »



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