Philippe Goirand « Nous avons passé la deuxième vitesse, j’ai envie de passer la troisième »

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Il y a des élus passionnés. Philippe Goirand en fait clairement partie. Il y a quelques semaines, il quittait son parti EELV dont il dénonce la stratégie d’autonomie aux prochaines municipales : « Je suis pour la défense d’un bilan et pour l’émergence de nouvelles perspectives pour la métropole. » D’ailleurs l’élu municipal délégué à la politique vélo et à l’éco-mobilité, également présent à Toulouse Métropole et à Tisséo, reste prudent sur l’échéance de mars prochain : « Il y a encore beaucoup d’incertitude. Beaucoup ne savent pas encore pour qui ils vont voter. » Rencontre avec un homme qui défend avec force, son bilan et celui de sa majorité, qui égratigne les stratégies politiciennes d’EELV et qui charge les promesses de Moudenc.

 

Vous venez de lancer la vélostation de Matabiau avec un réel succès. Est-ce un point d’étape important dans votre politique ?

Cette réussite est intéressante et il faut l’associer par exemple à d’autres aménagements de ce type comme ceux du Capitole ou de Basso-Cambo. C’est la preuve que nous sommes en capacité de trouver de vraies solutions pour les déplacements en vélo, et pas seulement avec des voies ou des pistes cyclables. Notre objectif est de créer un ensemble de dispositifs qui vont faire qu’à un moment donné, le cycliste se sente bien dans la ville. Mais dans ce lancement d’une vélostation à Matabiau, il y a aussi la notion d’intermodalité. Le Toulousain peut désormais utiliser plusieurs modes de transports pour un seul déplacement.

Les Toulousains sont-ils en passe d’entrer dans une nouvelle culture des transports ?

J’en suis persuadé, et d’ailleurs un changement très rapide s’est opéré. Il y a désormais des cyclistes partout, le nombre a doublé en cinq ans, et la mairie n’a de cesse que de lancer de nouveaux projets transports. Les Toulousains sont en train d’intégrer qu’il n’y a pas que la voiture pour se déplacer. Le changement culturel n’est pas en cours, il s’est opéré.

Il y a tout de même des endroits qui restent dangereux pour circuler à vélo ?

Je suis d’accord, tout n’est pas rose, mais faisons l’effort de repenser à cinq ans en arrière. Nous avons tout de même réalisé 110 kilomètres de voies cyclables en cinq ans… C’est plutôt pas mal, mais il nous reste beaucoup à faire. Nous avons de grands axes dans les tuyaux comme celui qui part de la rue St Michel pour aller à Ramonville en passant par l’université Paul Sabatier. Et sur cette fin de mandat, je mets le paquet sur les bords de Garonne.

Quel bilan faites-vous de la mandature Cohen en matière de transports ?

Objectivement, je pense qu’il y a eu un sérieux coup d’accélérateur. Chacun peut le constater dans son quotidien. Il y a davantage de bus et les annonces de nouveaux projets n’arrêtent pas.

Il y a quelques semaines, vous avez annoncé quitter votre parti, EELV. Vous avez été plutôt silencieux depuis…

C’était une volonté, car même si j’ai des raisons objectives et profondes pour prendre cette décision, je n’oublie pas y avoir passé onze années. Je ne vais pas renier ces années de militantisme où je me suis engagé à fond, de manière régulière. Et je continue à avoir un grand respect pour beaucoup de militants écolos. Suite à ma décision, la moindre des choses était donc de respecter toute cette histoire.

« EELV : Il n’y a tout simplement pas assez de militants »

Quelles sont les difficultés toulousaines d’EELV ?

Elles sont les mêmes depuis x années. Il n’y a tout simplement pas assez de militants… Les idées écologistes génèrent une certaine sociologie dans l’engagement qui fait que peu passent à l’action. Il y a d’ailleurs un fossé entre la sociologie militante et la sociologie électorale. Et quand on n’est pas en grand nombre dans un parti, il y a forcément des effets pervers. Je ne vais d’ailleurs pas me cacher… J’en ai fait les frais lors de notre dernière assemblée générale désignant nos candidats aux municipales. Le peu de militants provoque des stratégies politiciennes incompréhensibles, non seulement pour les acteurs eux-mêmes mais surtout pour l’extérieur. J’en ai donc tiré les conséquences.

Sans regrets ?

Absolument pas, même si cela reste une cassure dans mon parcours. J’ai déjà eu plusieurs vies et une nouvelle m’attend certainement.

Avez-vous envie de faire partie de la prochaine équipe municipale ?

Evidemment que j’en ai envie, même si l’essentiel est de s’oublier un peu aussi et de regarder ce qui reste à faire. Je me positionne par rapport à ça. J’ai été fortement mobilisé durant ces années sur les thématiques du vélo et de l’espace public, et j’ai encore plein de projets en tête. Nous avons passé la deuxième vitesse sous cette mandature, j’ai envie de passer la troisième.

Avez-vous eu des garanties de la part de Pierre Cohen afin de figurer sur sa prochaine liste ?

Aucune. Je n’ai pas évoqué mon cas personnel avec le maire.

Vraiment ?

Nous allons nous rencontrer prochainement…  Mais ce que je peux vous dire, c’est que nous sommes en très bons termes en matière de travail, et que nous sommes concentrés sur l’objectif de mettre un terme à un certain nombre de réalisations pour les Toulousains.

Que pensez-vous des annonces de campagne de Jean-Luc Moudenc sur le métro et le projet de seconde rocade ?

Une troisième ligne de métro égale 1 milliard, une seconde rocade davantage encore… Et avec ça, il veut remettre au goût du jour la dette zéro. Je ne vois pas comment on peut défendre avec démagogie des projets pharaoniques tout en prônant une orthodoxie financière. Il y a un problème de cohérence dans son discours.

Propos recueillis par Thomas Simonian



2 COMMENTAIRES SUR Philippe Goirand « Nous avons passé la deuxième vitesse, j’ai envie de passer la troisième »

  1. Jean Michel Lattes dit :

    La question pour le troisième mandat sera: toujours plus de vélo ou la recherche d’un meilleur équilibre entre les modes de déplacement ? Le tout vélo génère des discriminations en écartant des populations fragilisées du centre ville.

  2. Theron dit :

    Doit-on compter le rond-point du fer-à-cheval comme une réussite pour les cyclistes comme pour les piétons ? Absolument pas ! Aucune concertation, la meilleure preuve en est que toutes les associations de vélo dénonce cette aménagement sur trottoir qui mélange des usages différents de déplacements. Laissons les trottoires aux puiétons, aux handicapés, aux enfants et aux personnes âgées. Autre preuve, entre ce qui avait été prévu avec le PDU et l’ouvrage réalisé il n’y aucune similitude.

    Donc, parler de 110 kms réalisés, alors que de nombreux points noirs restent en place, est une aberration. Apparamment, entre la 1è et la 2è vitesse il y a un moteur qui a câlé !

    Par ailleurs, il y aun réel gouffre financier avec Vélib, qu’on peut chiffrer chaque année à 6 ou 7 millions d’€. Il y a aussi la subvention à des vélos pas du tout écologiques, fonctionnant avec une batterie, des vélo-moteurs qui ne doivent pas figurer dans les dépenses pour les vélos.

    Quant à la situation des associations : un statu quo pour le local de Vélorution qui masque mal les récups qui leur ont été supprimées par la ville. Alors que cette association a réellement permis de lutter contre le vol et l’insécurité des cyclistes en proposant des vélos d’occasions (à faire soi-même ou retapés par les salariés de l’association), en informant ses usagers de TOUJOURS rouler sur la chaussée, en leur permettant de royuler sur des vélos bien entretenus par l’accès gébnéralisé de tous les membres des associations locales à leur atelier. L’association aide aujourd’hui aussi des artisans et des petits entrepreneurs, que ce soit par du stationnement dans leurs locaux, par la création de nouveaux véhicules, etc. Le doublement du nombre de cyclistes annoncés repose sur le travail des associations, pas celui de la mairie.

    Cette association ne reçoit pas de subvention et souhaite un dialogue constructif avec la mairie et l’agglo, comme elle le fait avec les autres associations lmocales, en soutenant les autres ateliers vélo par la création du réseau de “L’Heureux Cyclage”, en soutenant l’emploi par la formation des stagiaires qui ont eu l’envie de développer une pratique professionnelle (qui vont ensuite travailler chez les artisans et commerçants).

    Contrairement à la Maison Du Vélo, qui a une réelle action d’éducation auprès des plus jeunes mais concurrence malheureusement les artisans et commerçants en faisant de la réparation pour les gens, en vendant des pièces neuves, etc.

    L’analogie entre les actions de M. Goirand sur le vélo et un moteur montre bien qu’il y a encore un imaginaire à décoloniser, et des vitesses qui passent difficilement ou pas du tout. M. Goirand devrait donc prendre les avis des associations et riverains avant d’aménager, les écouter quand elles demandent l’agglomération à 30 km/h maxi pour les véhicules motorisés (la ville n’est pas un circuit automobile et l’usage de la voiture tient surtout au fait que les transports publics sont déficients en terme de temps de trajet et de parcours -pas de ligne circulaire malgré les promesses des municipales précédentes-), quand elles demandent des locaux -qui sont disponibles dans le parc immobilier de la ville-, quand elles demandent une réelle concertation et pertinence des actions sur les récupérations de vélos.

    Quand M. Goirand aura compris cela, alors on pourra avancer tous ensemble, sans se tirer systématiquement dans les pattes. Un seul point semble positif, c’est celui de la compréhension d’une vrai problématique des transports, en dehors de la bagnole qui est le mal commun à tous les autres modes de déplacement, mais par man,que d’écoute il y a encore du chemin à faire. La droite n’a jamais manifesté la moindre envie de développer une politique intelligente pour les cyclistes, la gauche hésite beaucoup trop et agit trop maladroitement encore. Si M. goirand reste à ce poste, j’espère qu’il acceptera de revoir ses positions libérales pour aller vers plus de cohérence et d’écologie réelle. Et je pourrai aussi être moins dérangeant. Les critiques sont nécessaires pour avancer de part et d’autre, en développant des projets réellement communs plutôt que la mairie dans son coin et les associations subissant les contre-coups des trop nombreuses maladresses municipales.

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