Patrick Jimena fissure le système Izard

En 2011, il avait provoqué un séisme en terres columérines en battant un adjoint au maire socialiste aux élections cantonales. Vendredi dernier, et suite à un vote à bulletin secret, Patrick Jimena a été élu cette fois-ci à la commission permanente du Conseil général. Cet écologiste a donc su une nouvelle fois s’imposer contre toute attente. Rencontre avec celui qui se demande désormais si son prochain challenge ne s’appellerait pas… La mairie de Colomiers.

 

Patrick Jimena, revenons sur ce qui s’est passé vendredi. Humainement, comment vit-on un tel moment ?

Je l’ai vécu comme une satisfaction du devoir accompli. Celui d’avoir porté un message de respect tout en étant en accord avec mes valeurs. C’est jubilatoire de défendre cela dans un contexte qui n’est pas ouvert à ce genre de choses. Respecter l’intégrité des propos, c’est pour moi quelque chose d’important.

 

Quel a été votre « déclic » pour oser poser un acte comme celui-ci ?

Je ne calcule pas. C’était important pour moi de déposer ma candidature. La démocratie me permettait de faire acte de candidature, tout en sachant pertinemment que j’allais à l’encontre de l’ordre établi. Il était temps que je dise ce que j’avais au fond du cœur, le constat de ce que j’avais vécu tout au long de ces dix-huit mois de présence dans l’hémicycle. Ce scrutin était l’occasion de dire « stop » à une logique de désignation presque automatique. Je rejette depuis une vingtaine d’années les logiques de domination et de soumission.

Vous vous étiez déjà fait remarquer il y a quelques semaines pour avoir défendu en plénière une élue (la centriste Jennifer Courtois-Périssé) qui n’est pourtant pas de votre bord politique. Cela avait déjà fait « du bruit » au Conseil Général, une institution peu habituée ici à ce genre d’initiative …

Quand je prends la défense d’un élu, il n’est obligatoirement pas de mon bord politique, puisque je suis tout seul ! (rires) Je n’ai pas pris la défense d’une élue… J’ai simplement invité à plus de respect* envers une personne qui a été élue par des citoyens. J’ai ouvert une brèche, pour que le plus grand nombre puisse se dire que nous ne pouvons plus accepter l’inacceptable.

 

Le système Izard

 

D’après vous, le système Izard se fissure t-il ?

Je ne sais pas. Je pense que le Président n’est pas habitué à ce qu’on lui résiste. Il s’est habitué à un fonctionnement qui lui est propre. Sauf qu’au coin de la petite salle, il y a quelqu’un qui lui dit désormais : « Oui vous avez tous les pouvoirs, mais pour autant vous devez entendre autre chose ! » J’ai envie d’en finir avec les histoires qui sont déjà écrites à l’avance, avec un système qui fait que tout le monde est cadenassé.

 

Aux élections cantonales ce sont les électeurs qui vous ont porté. Là ce sont les élus. Qu’est-ce que cela veut-il signifier ? Qu’il y a une autre manière possible de faire de la politique ?

J’ai toujours dit que nous pouvions faire de la politique autrement, que c’est même une nécessité. J’éclaire sans doute un peu les consciences en faisant ce que j’ai fait. Faire de la politique, c’est aussi être cohérent avec ses valeurs, et savoir ne pas se taire. D’après moi, le pouvoir fait peur. Trop de pouvoir tue. Il faut trouver des systèmes de régulation.

 

2014 : Les municipales

 

Envisagez-vous une candidature en 2014 sur Colomiers ?

A l’heure où je vous parle, je n’ai pris aucune décision concernant mes propres envies politiques. Quand les gens dans la rue me disent qu’ils aimeraient que je sois candidat, je leur réponds : « Ce n’est pas une tête qui changera la ville, mais un collectif, un mouvement social, une population décidée». Je suis très attentif à la capacité créatrice des habitants, car il y a trop de porteurs de projets locaux que nous n’entendons pas. Certains d’entre eux ont peut-être les solutions de demain. Il faut donc encourager les démarches citoyennes et associatives. Il faut les valoriser, y compris politiquement. Partageons le pouvoir !

 

En termes de rassemblement, vous ne vous donnez pas de limites ?

Je ne me donne en effet aucune limite. Tout est ouvert, à condition qu’il y ait de l’intelligence collective. Il y a beaucoup de scénarii qui s’ouvrent à nous. Mais je ne suis pas naïf pour autant, je sais très bien qu’il y a des « choses » qui se passent dans cette mairie : Le PS y est divisé, un adjoint a même été évincé de ses fonctions récemment. A droite et au centre, comme chez les  écologistes et au Front de Gauche, il y a des gens qui ont envie de faire avancer des projets, mais qui ont surtout cette envie partagée de faire tomber un système… Il y a certainement quelque chose qui peut se passer…

Propos recueillis par Elsa Nardari et Thomas Simonian

*Pierre Izard avait qualifié l’élue centriste du canton de Rieumes, Jennifer Courtois-Périssé, de « jeune fille » en plein débat sur le budget.



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