Pas de cohabitation

Stéphane Baumont

A peine la photographie officielle du Chef de l’État installée dans les mairies, les institutions administratives et politiques, à peine la symbolique d’un Président «normal» est-elle médiatisée au point de susciter une certaine lassitude que le premier tour des élections législatives livre plusieurs enseignements : 1) tout d’abord le fort taux d’abstention (60,4% de participation) qui pose clairement le problème du calendrier institutionnel (faut-il jumeler les prochains scrutins présidentiel et législatifs ? Faut-il instituer le vote obligatoire en semaine, compter les bulletins blancs comme des suffrages exprimés, instiller une proportionnelle portant sur 20% des députés) et du désenchantement des Français vis-à-vis du Politique (les gouvernants n’ont-ils que l’illusion du pouvoir, ou une influence insuffisante sur les flux et les marchés financiers ; la crise suscite-t-elle en continu une défiance vis-à-vis du Politique incapable de faire bien vivre ce qu’Alain Peyrefitte appelait une «société de confiance» ; la crise impose-t-elle au-delà des élections l’invention d’un nouveau contrat social où vivaient conjointement à la fois une «démocratie présidentielle» (celle de l’État Providence maintenu) et une démocratie «existentielle» (celle où l’historicité du citoyen, son existence et son avenir ne seraient pas durablement obérés par le chômage et la quête difficile d’un emploi). 2) Ces élections sont une forme de «vote de confirmation» comme après chaque Présidentielle de la V° République, la logique gaullienne de l’adéquation des majorités parlementaire et présidentielle l’emportant sur l’interprétation mitterrandienne (Premier Chef d’État à avoir tenté avec Jacques Chirac cette pratique politique en 1986). L’hypothèse d’une cohabitation (comme en 1986, 1993 et 1997) semble peu probable au vu des résultats de ce premier tour (l’UMP risquant plutôt avec 11 points de moins qu’il y a cinq ans de passer dans l’opposition pour la première fois depuis sa création en 2002). Restent les mystères et l’inconnu d’une remobilisation de l’entre-deux tour (la capacité existe mais se réalisera-t-elle ?) et le fait que bien que largement en tête, la France ne connaît pas véritablement de vague rose ni de «tsunami hollandiste». La question étant de savoir si le PS peut avoir une majorité sans ses alliés. 3) La position de l’UMP face au FN : les grands principes rappelés, ceux de l’absence de tout accord officiel dans le cadre d’une éthique républicaine rappelée empêcheront-ils des dissidences locales de rompre un code de bonne conduite ; par ailleurs la position de Marine Le Pen très ferme dans son anti-sarkozysme forme plutôt la porte à de telles options. 4) Les «petits partis» sont les grands perdants de ce premier tour : situation désespérée de François Bayrou, victime de son désistement aux Présidentielles et d’un score moins «victorieux» qu’en 2007 ; impossibilité de faire élire des candidats radicaux, Nouveau Centre, Modem, Écologistes sans un accord avec l’UMP et le PS. Renforcement de la bipolarisation après la disparition du «quadrille bipopulaire» des années 70 (PC-PS/RPR-UDF) ; bipolarisation que seule la proportionnelle pourrait stopper au profit d’une juste représentation au Parlement des partis ayant soutenu des candidats. Reste la vraie question de l’entre-deux tours qui suscite l’interrogation sur la prochaine majorité parlementaire : la mobilisation des électeurs sera-t-elle aussi chancelante qu’au premier tour ?



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