Parlement européen : ce grand méconnu

Le Parlement européen, à l’instar des autres institutions de l’Union européenne, reste une instance bien mal connue aux yeux des citoyens. Pourtant, sa composition est la seule soumise au suffrage universel direct puisque la population est appelée à voter les députés européens tous les cinq ans. Christine de Veyrac, députée UDI toulousaine nous en a ouvert les portes.

Par Coralie Bombail

 

Situé à Strasbourg, le Parlement européen regroupe 754 députés, dont 72 français. Mais ceux-ci sont répartis dans l’hémicycle en fonction de leur groupe politique, et non de leur nationalité. Aux dernières élections européennes, en 2009, c’est la droite avec le groupe PPE (Parti du peuple européen, qui regroupe les partis de droite dont l’UMP pour la France, ndlr) qui sort vainqueur des urnes. En France, l’UMP obtient 27,8% des voix, alors que le Parti Socialiste ne réalise que 16,5% des suffrages. « On entend sans cesse que la droite a perdu toute les élections, mais c’est faux, on a gagné les européennes ! » clame Christine de Veyrac, députée UDI, Toulousaine. Au total, le PPE compte 265 sièges, contre 184 pour le groupe S&D (Alliance progressiste des socialistes et démocrates). Ceci étant dit, les rapports de force au sein du Parlement européen sont sensiblement différents de ce que l’on connaît au niveau national. « Il arrive que nos députés votent comme les socialistes car certains partis de droite, ceux de l’Europe de l’Est par exemple, sont plus conservateurs que l’UMP. Le cas le plus emblématique est le droit des femmes, et plus généralement les sujets de société » explique Christophe Cluzel, l’attaché parlementaire de Christine de Veyrac.

Les parlementaires européens sont appelés à statuer sur toutes sortes de sujets, qui touchent de près la vie des citoyens, comme les transports, l’agriculture, la protection des consommateurs, l’environnement et la santé publique ou encore la criminalité organisée, pour ne citer que des exemples. Pourtant la population est peu préoccupée par les affaires du Parlement. Ignorance ou euroscepticisme ? Les explications sont multiples.

Tout d’abord, les textes européens sont particulièrement opaques, et peu compréhensibles pour les non initiés. « Je pensais que le non à la Constitution mettrait fin à ce phénomène mais cela n’a pas été le cas » témoigne Christine de Veyrac. Ensuite, il faut noter que les eurorégions sont très vastes. La France en compte huit, dont celle du Sud Ouest qui regroupe l’Aquitaine, le Languedoc Roussillon et Midi-Pyrénées. « Même en étant très active, il est difficile de se faire connaître sur tout le territoire » regrette-t-elle. Si certains ont déjà du mal à savoir qui sont les députés censés les représenter à l’Assemblée nationale, peu sont capables de citer le nom de leur député européen. Le Sud Ouest en compte dix, dont Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche), José Bové (Europe Ecologie Les Verts), ou encore Françoise Castex (PS), Alain Lamassoure (UMP), et Robert Rochefort (MoDem). En outre, les médias relaient peu l’activité du Parlement strasbourgeois. Pourtant, une semaine par mois, les députés se réunissent pour les sessions plénières afin de voter les textes préparés en amont à Bruxelles. Le reste du temps, leurs bureaux sont donc fixés dans la capitale belge.

D’ailleurs, cela implique de nombreux frais qui ne sont pas au goût de tout le monde.

 

 

 

Polémique et participation en berne

 

Les déplacements entre Bruxelles et Strasbourg concernent plus de 3000 personnes, en comptant les assistants parlementaires et les lobbyistes. Sans parler des frais engendrés par le site en lui-même, soit la maintenance d’un bâtiment de 200 000 mètres carrés et le personnel qui reste toujours sur place. En 2002, un rapport du secrétariat général du Parlement a estimé les coûts liés au fait qu’il y ait deux sièges à 180 millions d’euros. C’est la raison pour laquelle la majorité des députés s’est prononcée en faveur d’un siège unique en novembre dernier, mais les pressions exercées par les élus strasbourgeois, notamment, font stagner le débat. En tous les cas, cet état de fait ne contribue pas à améliorer l’image du Parlement, qui souffre déjà de l’euroscepticisme ambiant. Un sondage a révélé que le Traité de Maastricht, voté de justesse en 1992 (51% – 49%), ne passerait pas aujourd’hui auprès de la population française, qui le refuserait à 64%. La région Midi-Pyrénées n’est pas épargnée par ce phénomène, « d’autant plus incompréhensible qu’elle vit sur une activité économique européenne » remarque Jean-Marie Cavada, député PPE.

Et les taux d’abstention aux élections parlent d’eux-mêmes. En 2009, 55.5%  des électeurs du Sud Ouest ne se sont pas déplacés. Au niveau national, la participation baisse de manière constante depuis 30 ans.

 

 

Source : Chiffres du Parlement européen

 

 

Le Prix Nobel de la paix : un coup de com ?

Dans ce contexte, le Prix Nobel de la paix attribué à l’Union européenne en décembre dernier pourrait redorer l’image de ses institutions. Alors que la crise de l’euro est à son paroxysme, certains observateurs analysent cette récompense comme un signe d’encouragement, d’autres comme une « farce tragique » (Dixit Vaclav Klaus, Président Tchèque). Quoiqu’il en soit, la cérémonie de remise des prix à Oslo est rediffusée en boucle sur écran géant dans la cour intérieure du Parlement européen.

Un système plus transparent ?

Si le Parlement souffre d’un déficit d’image, il est bon de rappeler les efforts portés sur la transparence de son fonctionnement. Les relations députés – lobbyistes en sont l’exemple le plus flagrant. Alors qu’au niveau national, l’activité des « groupes d’intérêts » n’est pas réglementée et reste un sujet tabou, le Parlement européen a pris le contrepied de cet état de fait. Les lobbyistes sont recensés dans un « registre de transparence » afin que tout citoyen ait accès « aux informations sur les personnes ou les organisations dont les activités visent à influencer le processus de décision de l’UE, sur les intérêts poursuivis et sur le montant des ressources qui y sont consacrées » (source : europa.eu). Ainsi, les lobbyistes sont accrédités au Parlement européen, et circulent dans les couloirs aux côtés des députés. « Comme ils n’ont pas de bureau, ils donnent rendez-vous au bar des lobbyistes » explique l’attaché parlementaire Christophe Cluzel. Il faut dire qu’au Parlement, il y a un bar pour chaque type de personnes : le bar des lobbyistes, le bar des visiteurs, le bar des journalistes, et bien sûr le bar des parlementaires. Cela fait du monde à accueillir au siège strasbourgeois, sachant que les représentants d’intérêts accrédités sont comptabilisés à plus de 4500, en 2011.



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