«On gagne au Peuple de France»

Stéphane Baumont

Alors que la semaine pascale des rameaux (du Vatican) à ceux de la Chrétienté propose une actualité cinématographique (la Marsupilami rebondit au cinéma en allant de la BO au grand écran), un drame incompréhensible (avec la mort tragique d’Alexandre assassiné par quatre «copains» dont le plus jeune avait quinze ans), une élection très attendue (celle du Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi en Birmanie après vingt ans d’enfermement), c’est toujours la campagne présidentielle qui constitue le moment et les instants majeurs d’une actualité qui, désormais se conjugue à l’aune de ce «temps d’après» les actes barbares d’un terroriste («il y a des crimes qui sont des abymes, celui-là en est un» écrit Philippe Sollers) ayant conduit la campagne présidentielle dans une «sorte de télé-réalité» de la terreur» souligne Christian Salmon, qui ajoute : «Un acte terroriste au XXIème siècle doit inclure dans son mode opératoire non plus seulement; les conditions techniques de sa médiatisation, mais la formule de sa transparence absolue. Al-Qaïda est contemporain d’Internet et des chaînes du tout-info.»

Le moment est peut-être venu de se demander si le mode de scrutin choisi pour cette échéance présidentielle – imaginé à l’époque de l’influence de la presse écrite, sans les multiples chaînes de télévision, sans Internet, dans la révolution communicationnelle – est véritablement bien adapté, même si cette proposition ne sera jamais faite par des politiques trop inquiets de se voir traités d’attenter à la démocratie. Mais il faut immédiatement préciser que nous vivons, comme le souligne le spécialiste des médias Jean-Louis Missika, «sous le diktat de l’émotion… Les médias étant transformés en une machine à fabriquer de la tension dramatique, n’étant plus un vecteur d’information mais d’émotion «au point que» nous cessions d’être dans une démocratie d’opinion pour nous immerger dans une démocratie d’émotion. Comme si la faculté d’émouvoir absorbait la faculté de juger.»

L’important étant maintenant de savoir si Nicolas Sarkozy (qui a bénéficié d’une prééminence politique et constitutionnelle parce qu’il est le Président de la République) réussira à capter et maintenir pendant trois semaines l’émotion de l’opinion en maintenant la pression liée à ce drame ou si François Hollande (qui ne pouvait être que dans un suivisme de bon aloi derrière le Président, alors uniquement Président et non Président-candidat) parvient à remettre la croissance économique et la justice sociale au creux du débat. Ou la mémoire du drame et des morts constituent les moments d’après qui ne s’effaceront pas des souvenirs de l’électorat et il n’y aura pas de referendum pour ou contre Sarkozy ni d’autres thèmes majeurs que le débat sécuritaire, ou d’autres événements (Affaire Bettencourt) viendront bousculer la fin de campagne. Tout est loin d’être joué quand on note, de sondage en sondage que la bipolarisation frustre beaucoup d’électeurs : 43% voudraient un match entre le socialiste et un autre candidat, 25% espèrent voir Sarkozy à un autre adversaire ; que Mélenchon semble dépassé par l’onde de choc «Prise de la Bastille» qu’il a d’autant plus surmédiatisé que Hollande est toujours à la recherche de son second souffle tout comme François Bayrou qui a commis l’erreur stratégique de faire du «copié-collé» avec le programme qui lui avait si bien réussi en 2007 et qui aura quelques difficultés à rebondir pour être le troisième ou le deuxième homme.

Tout est loin d’être joué quand les sondages nous annoncent une abstention historique supérieure à 30% justifiant le commentaire de l’IFOP : «Les tueries de Toulouse ont cassé la dynamique de la campagne. Les Français ne se retrouvent plus dans les sujets abordés par les candidats.» Occasion pour le Président-candidat d’inventer une nouvelle identité politique («Tout homme est une cible pour des messages et des signaux d’appel» écrit Bertrand de Jouvenel) ainsi reproduite dans une interview à Paris-Match : «On ne gagne pas à droite. On ne gagne pas à gauche. On gagne au Peuple de France.»

Stéphane Baumont



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