Nicolas Tissot « Je n’entends personne me dire que c’était mieux avant »

Il y a quelques mois, il était candidat pour devenir le leader du PS 31 en s’opposant au vainqueur Joël Bouche. L’adjoint de Pierre Cohen, connu pour son engagement à l’aile gauche de son parti, se range volontiers dans la catégorie des « grandes gueules » de l’équipe municipale en place au Capitole. Nicolas Tissot nous a reçus dans son bureau pour échanger sur la crise et Mélenchon, mais aussi sur le fameux projet BHNS et sur les municipales à venir. Il nous offre même une théorie sur la situation de la droite toulousaine…

Devant la crise que traversent actuellement la France et le gouvernement, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je fais partie des socialistes qui se posent clairement beaucoup de questions. Il y avait beaucoup d’espoir porté dans la candidature de François Hollande, et aujourd’hui nous sommes davantage dans la frustration. L’heure doit être maintenant aux bonnes nouvelles !

Qu’attendez-vous comme signes de la part du gouvernement ?

J’attends que ce gouvernement ne transige pas avec les valeurs de la gauche, et notamment dans le débat sur les retraites qui nous attend. Il ne faut pas revenir sur les acquis et sur les symboles forts qui font notre identité. Je ne pense pas qu’on ait été élu pour retirer des droits, mais plutôt pour répondre à des attentes.

Vous qui représentez l’aile gauche du PS, comment observez-vous la posture actuelle de Jean-Luc Mélenchon ?

Il est un ancien camarade de route, mais aujourd’hui il faut qu’il se rebranche sur le 110 volts au lieu d’être sur le 380 ! Il a une stratégie qui est de dire, « vous êtes des nuls, laissez-moi la place je sais faire ». Mais cela reste une stratégie personnelle, et cela ne marche pas car elle ne permet pas d’espérer une unité de la gauche. Pire quand il prend dix voix au PS, il en donne neuf au Front National. Mélenchon a donc une responsabilité historique entre ses mains. Le gouvernement est en peine, toute la gauche doit l’aider !

Evoquons la crise vue de Toulouse, quels retours avez-vous actuellement de la mission locale que vous présidez ?

On a la chance inouïe d’avoir à Toulouse une économie qui reste dynamique, supérieure à la moyenne nationale, avec clairement Airbus qui nous tire vers le haut. Mais la crise existe ici comme ailleurs… Nous avons beaucoup trop de Toulousains qui restent au bord de la route. A la mission locale, et ce depuis trois mois consécutifs, nous avons une fréquentation en hausse de plus de 30%… Cela est dû à la crise mais aussi à la perspective des emplois d’avenir, puisque nous nous adressons aux jeunes de 16 à 25 ans qui n’ont que le Bac. Oui la crise est donc là à Toulouse aussi ; plus de 10 000 jeunes auront passé la porte de la mission locale cette année ! C’est considérable !

Autre sujet de l’actualité toulousaine, le BHNS (bus à haut niveau de service). Vous êtes le responsable du secteur 2 (rive gauche) qui est concerné par ce projet pourtant largement contesté par le quartier de Lardenne. On vous sent agacé…

Oui parce que c’est franchement agaçant ! Je suis très agacé car si je peux comprendre que l’on soit pour ou contre un projet, je ne peux en revanche pas comprendre que l’on fasse autant de « buzz » pour un simple bus. Ok c’est un gros bus, mais cela ne reste qu’un bus… On parlerait d’un tramway ou du troisième aéroport, j’écouterais tous les arguments, mais là c’est démesuré ! Je le dis sincèrement et sans mépris.

Y a-t-il une récupération politique de l’opposition sur ce dossier ?

La grogne des commerçants est-elle orchestrée par l’opposition, ou l’opposition s’est-elle greffée à l’action des commerçants ? De la poule ou de l’œuf, je ne peux pas vous dire qui tire actuellement la contestation. Mais il y a clairement une auto-émulation qui ne nous effraie pas pour autant. Quand je vois notamment monsieur Christophe Alvès, un proche du député Moudenc, venir me demander en réunion si nous allons ou pas fermer le marché de St Cyprien… je rêve ! Ou comment créer une rumeur sur un sujet qui n’existe même pas…

« L’héritage Baudis est plutôt chez de Veyrac »

On voit donc bien avec ce dossier que nous commençons à entrer dans la campagne municipale. Vous êtes confiant à l’approche de cette échéance ?

On a lancé beaucoup de projets, et cela commence à se voir dans la ville. Nous avons un maire qui a une vraie vision pour la ville, et je pense que les Toulousains ont envie de voir la suite. Mon sentiment est que les Toulousains veulent en voir plus, plutôt que de revenir comme avant. Je n’entends personne me dire que c’était mieux avant. Personne. Il n’y a pas de nostalgie de l’ancienne équipe municipale.

Quel est votre regard sur l’opposition ?

J’avoue avoir du mal à suivre et à comprendre la stratégie de Jean-Luc Moudenc. Il a droitisé son discours car il pense ainsi rassembler son camp au premier tour, pour l’élargir ensuite au second. Sauf que jusque-là, ce n’était pas ce que faisait le centre-droit toulousain version Baudis et Douste-Blazy, qui ne rassemblait jamais autour des thématiques de droite. Moudenc n’est plus dans la tradition toulousaine ! Il n’est pas l’histoire Baudis/Douste-Blazy, il est l’histoire Sarkozy/UMP. Mais qu’il cesse de s’en cacher ! En tant que citoyen, je dis que l’héritage Baudis est plutôt chez de Veyrac.

 

 Propos recueillis par Thomas Simonian

 

 

 



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