Nicolas Sarkozy, patriote économique

C’était un débat interdit. Une génération entière, formatée par Jacques Delors, François Mitterrand et Jacques Attali, a construit un modèle de développement économique aussi naïf qu’inconnu dans le monde : une Europe totalement ouverte et offerte aux vents mauvais de la mondialisation.

 

Cette génération, convertie au libre-échangisme et à la dérégulation des marchés, au lendemain de l’effondrement social produit par les balivernes de 1981, porte une responsabilité historique dans l’affaiblissement de l’Europe, à travers les délocalisations industrielles, l’abandon des politiques de filières et la politique de l’euro fort. La gauche française, relayée par ses partenaires traditionnels et les eurocrates de Bruxelles, a sacrifié les producteurs aux consommateurs et les ouvriers aux spéculateurs. Nous en payons aujourd’hui la facture sociale.

 

Tout au long de son mandat, Nicolas Sarkozy a fait sauter les tabous. D’abord en apportant une réponse politique, rapide et massive aux crises financière, économique et sociale de 2008 et 2009. Ensuite en rappelant que la protection de la France, de son économie et de son modèle social passait par le renforcement des frontières européennes. En exigeant, à Villepinte, la révision des accords de Schengen sur la libre circulation des personnes puis en soulignant la nécessité que l’argent public européen soit réservé aux entreprises qui produisent sur notre territoire et qu’une part des marchés publics soit réservée aux PME européennes, il répond avec bon sens à ceux qui avaient désarmé notre pays et notre continent face à une mondialisation qui n’a jamais été aussi agressive. Lutter «à armes égales» (titre de mon rapport au premier ministre, 2006, La documentation française) est justice et nécessité. Partout dans le monde, les grands États, de tradition libérale, comme les États-Unis, ou de tradition autoritaire, comme la Russie et la Chine, soumettent les investissements extérieurs à des contrôles politiques et administratifs, tantôt sophistiqués (comme le CFIUS, Comité sur les investissements étrangers aux États-Unis), tantôt brutaux, quand la Chine laisse entendre qu’elle n’achètera plus d’Airbus si l’Europe maintient sa taxation du CO2 émis par les compagnies aériennes. L’Italie, elle-même, vient d’adopter un décret afin de protéger ses secteurs stratégiques, allant même au-delà des textes européens, qui réservent aux États membres de l’Union une capacité de veto aux investissements extracommunautaires dans les entreprises des secteurs de la défense et de la sécurité nationale : l’ancien commissaire européen Mario Monti, parangon du libéralisme, considère, à juste titre, comme «stratégiques» les secteurs de l’énergie, des transports et des communications.

 

Nicolas Sarkozy vient de donner une dimension concrète au patriotisme économique européen en promouvant la notion de réciprocité. On ne peut tolérer chez nous que ce que l’on nous autorise ailleurs. Comment accepter que la SNCF, présidée par l’ancien directeur de cabinet de Martine Aubry, choisisse pour le compte de la région Île-de-France, présidée par un élu socialiste, des trains du constructeur canadien Bombardier, alors même qu’à l’époque, le Canada n’avait pas ratifié l’accord OMC sur les transports ? Pourquoi Air France, dont l’État détient 15 % du capital, s’apprêtait-elle à commander, pour l’essentiel, des Boeing et non des Airbus afin de renouveler sa flotte de long-courriers, quand Iberia et Lufthansa faisaient le choix du constructeur européen, dont les programmes industriels ont été soutenus par le contribuable européen ? C’est encore un président socialiste de la région Midi-Pyrénées qui prit la défense des lois du marché pour s’opposer à l’appel que j’avais lancé avec plus de 180 députés, de toutes sensibilités politiques, afin qu’Air France ne devienne pas Air Boeing. Quelle trahison dans la région d’Airbus !

Nicolas Sarkozy a rappelé que nos entreprises avaient bien une nationalité : non pas seulement celle que leur confèrent des critères juridiques, mais celle qu’assigne le pouvoir politique : dans ses voyages internationaux, il se fait accompagner des présidents d’Airbus et d’Alstom, non de ceux de Boeing et de Bombardier. Quand il crée le premier fonds souverain français, le Fonds stratégique d’investissement (FSI), doté de 20 milliards d’euros, il entend «protéger nos savoir-faire industriels jugés irremplaçables» : plus de 150.000 emplois industriels ont été consolidés ! Quand il relance la politique de soutien aux filières industrielles, contre le dogmatisme libéral européen, il sauve des centaines de milliers d’emplois de l’automobile comme il avait sauvé notre système bancaire dans la crise financière de 2008, dans le silence assourdissant dela Commission européenne.

 

Comme toujours, quand le marché ne fonctionne pas, c’est la voix politique qui s’impose et c’est celle de Nicolas Sarkozy qui, une fois de plus, a ouvert un débat en Europe qui ne se refermera plus. Il a fourni des propositions d’un président patriote et protecteur de nos intérêts industriels.

 

Bernard Carayon

Député du Tarn



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