Myriam Martin « La vie quotidienne des Toulousains a-t-elle changé depuis 2008 ? »

L’ancienne porte-parole du NPA version Besancenot milite désormais depuis la présidentielle au sein du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. A Toulouse, son combat est permanent depuis des années (elle était candidate aux municipales de 2008) et son envie d’en découdre ne se dément pas. Sa prochaine cible : 2014. Offensive vis-à-vis du pouvoir en place, comme du bilan de Pierre Cohen au Capitole, elle défend l’idée (tout comme l’élu municipal Jean-Christophe Sellin) d’une liste du Front de Gauche, voire d’une liste anti-austérité avec les écologistes. Il lui reste du monde à convaincre, mais Myriam Martin est déterminée.

Vous considérez-vous à gauche ou à l’extrême-gauche ?

Si ce que vous appelez l’extrême-gauche est la gauche radicale, alors oui, je m’y reconnais volontiers. Je suis de la gauche qui ne renonce pas. Etre à gauche, cela a un sens, une signification… Notamment celle de ne pas renoncer à ses idéaux.

Voulez-vous dire qu’une partie de la gauche française a oublié ses idéaux ?

Oui, celle qui nous gouverne. Il n’y a pas de véritable surprise avec François Hollande, sauf que le renoncement va plus vite qu’on ne pouvait l’imaginer avec notamment l’épisode de Florange, les cadeaux fiscaux, Notre-Dame-des-Landes, etc.

Regrettez-vous donc votre vote à l’élection présidentielle ?

Non car il fallait battre Sarkozy ! Ce que l’on vivrait aujourd’hui avec un gouvernement de droite serait pire. Mais on se retrouve en effet confrontés à un exécutif qui se dit de gauche, et qui chausse les mêmes godillots que ceux de la droite.

« Les salariés doivent également avoir leur mot à dire »

L’emploi reste la priorité des Français. Le gouvernement Ayrault prend-il ce dossier par le bon bout ?

Non car le premier thème abordé est celui de la compétitivité. C’est terrible car ce sont des thématiques propres aux libéraux, qui sont aujourd’hui portées par un gouvernement dit de gauche. Parler de compétitivité est ridicule, l’urgence est de protéger véritablement l’emploi en commençant par interdire tous les licenciements boursiers dans les entreprises qui font des bénéfices. A Toulouse, les salariés de Sanofi seraient sans doute contents… Le gouvernement traite le dossier de l’emploi par le même bout que la droite.

Craignez-vous une remise en cause du droit du travail ?

J’espère que les syndicats ne flancheront pas dans les négociations actuelles. Mais les salariés doivent également avoir leur mot à dire, et je souhaite qu’il y ait des moments de mobilisation pour cela.

Le Front de Gauche devra-t-il être présent lors de la prochaine échéance municipale ?

Oui clairement, et de manière indépendante. C’est l’idée que je défends avec d’autres.

Les communistes sont plus nuancés…

Oui mais le débat vient à peine de commencer chez eux. Il va leur falloir le temps de débattre et c’est normal. Je ne désespère pas de les convaincre de partir ensemble à l’élection municipale.

N’allez-vous pas affaiblir la gauche toulousaine avec une telle  stratégie ?

Je pense que c’est plutôt une chance pour Cohen. La gauche a aujourd’hui deux orientations : celle qui gouverne, et celle que nous représentons. Au premier tour, ces deux tendances doivent pouvoir s’exprimer librement. On ne peut pas avoir un bipartisme incarné par le PS et l’UMP dans une ville où Jean-Luc Mélenchon a rassemblé près de 16% des Toulousains pour la présidentielle.

Quid d’Europe Ecologie Les Verts ?

Gérard Onesta a participé il y a peu au meeting toulousain contre l’austérité en Europe. Cela signifie qu’il y a donc un vrai malaise vis-à-vis de la politique menée par le gouvernement. Si les écologistes veulent passer un accord avec nous, je dis banco ! On ne refusera de discuter avec personne. Nous sommes open !

Quel sera votre rôle durant ces municipales ?

Je suis bien à Toulouse, j’y travaille et m’y implique. Tous les dossiers toulousains m’intéressent bien évidemment… Et plus particulièrement celui de l’eau avec le monopole imposé de Veolia. Concernant le rôle et la place des uns et des autres sur la liste, il y aura une discussion collective, d’autant que nous avons par ailleurs des élus sortants qui ont fait du bon boulot.

Il y a pourtant des désaccords entre eux (entre Jean-Christophe Sellin et Pierre Lacaze)…

Certes mais il y a tout de même plus d’accords que de désaccords. La raison devrait pouvoir l’emporter.

Quel bilan faites-vous de la mandature Cohen ?

Il est globalement insatisfaisant. Je ne dis pas qu’il n’y a rien eu de positif et je salue notamment le fait d’avoir tenté de rendre plus démocratique la ville, mais cela reste insuffisant. Les gros dossiers municipaux sont la gestion de l’eau, la gratuité des transports pour la jeunesse, le désenclavement des quartiers, le logement… La vie quotidienne des Toulousains a-t-elle changé depuis 2008 ? Je ne le crois pas. On rêve aussi d’une municipalité plus encline à se bouger et à se mobiliser pour les plus démunis.

Thomas Simonian



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