Municipales 2014 : Faisons le point !

A désormais moins d’un an des élections municipales, chaque force politique commence à faire le point, et peaufine sa stratégie. Nous sommes donc déjà dans la pré-campagne, et le moins que l’on puisse dire, est qu’elle laisse déjà augurer une bataille municipale « musclée ». A droite comme à gauche, les coups bas sont déjà là, et les trahisons commencent à poindre. La politique politicienne est à son zénith en coulisses, mais le Journal Toulousain est plus que jamais connecté à la vie des partis de la ville… Qui est prêt à partir ? Qui va rallier qui ? Quelles sont les alliances en gestation ? Quelles stratégies pour la conquête du Capitole ? Une plongée au cœur des appareils avec Coralie Bombail et Thomas Simonian.

 

 

Dans la peau de Pierre Cohen

 

L’homme n’est pas un communicant. Il l’assume. Il y a même chez lui une certaine défiance vis-à-vis de la presse. Dans son bureau du rez-de-chaussée du Capitole, et même s’il s’en défend, son esprit est déjà tourné vers mars 2014… Car s’il dit être dans l’action, et non pas dans la campagne, cette méthode s’apparente davantage à un concept de « campagne permanente » selon le politologue du JT, Stéphane Baumont. On l’entend donc peu, et pourtant il s’impose au fil du temps comme le favori aux prochaines élections. Selon le sondage publié en février dernier par Objectif News, le maire actuel recueillerait 37% des voix au premier tour et 57 % au second. Ce n’est qu’un premier sondage, et les choses ont le temps d’évoluer d’ici mars 2014. Néanmoins, dans un contexte national plus que jamais défavorable à la gauche, et les travaux qui perturbent de nombreuses rues de la ville, ces scores peuvent paraître étonnants. « L’écart est peut-être même psychologiquement dangereux vis-à-vis de nos militants qui pourraient penser que le match est déjà joué » admet en privé l’un des proches du maire.

 

 

La position forte du sortant

 

« Il est parti de loin », se souvient Jean-Claude Duphil, historien, spécialiste de la politique toulousaine. En 2008, Pierre Cohen est un quasi inconnu pour les Toulousains. Même dans son propre camp, les pontes socialistes de la région (suivez notre regard…) peinent à croire à sa victoire. Au premier tour, il arrive derrière le maire sortant, Jean-Luc Moudenc, puis le dépasse d’une courte tête au second. A peine 1000 voix séparent alors les deux rivaux. Elles suffisent à propulser l’ancien maire de Ramonville à la tête de la quatrième ville de France. Le début de mandat surprend… L’homme a parfois une simplicité déconcertante pour la fonction. Le talent oratoire et l’art de la communication politique ne font visiblement pas partie des points forts du nouveau maire. « Ce n’est pas son style » commente l’historien, ce qui sous-entend qu’il y a « un style Pierre Cohen », une façon de faire de la politique qui lui est propre. «Les Toulousains ont été beaucoup questionnés, il y a eu de nombreuses -probablement trop- de réunions de quartiers destinées à prendre le pouls de la population » remarque Jean-Claude Duphil, en abordant les premiers pas de Cohen au Capitole. Stéphane Carassou, conseiller municipal délégué à l’habitat, également vice-président de Toulouse Métropole, et proche du maire, confirme cette volonté d’instaurer un dialogue « à différentes échelles, autant dans la proximité que sur la cohérence du projet global ». Le Grand Projet de Ville, qui impose des changements importants, a notamment nécessité une grande concertation avec les citoyens. Mais le dialogue ne résout pas tous les problèmes, et parfois les résistances persistent. C’est le cas du Bus Haut Niveau de Service (BHNS) qui doit relier Plaisance du Touch à la Gare Matabiau, en passant par Lardenne ; quartier qui s’oppose vivement au projet. Les commerçants crient à la mort de leur activité, et la grande réunion publique au Zénith (plus de 1200 personnes réunies, ndlr) n’a pas forcément convaincu les irréductibles riverains. Malgré tout, le maire ne lâche rien, « on a proposé plusieurs tracés, on est dans le dialogue » avance Stéphane Carassou, tout en reconnaissant, qu’à un moment, « il faut trancher et l’intérêt général prime sur les intérêts individuels. » Pierre Cohen apparaît au fil du mandat, comme un maire déterminé à aller au bout de ses idées, « engagé » dirait plus habilement Stéphane Carassou. Certains le jugent même obstiné sur certains sujets qui lui tiennent particulièrement à cœur. Le plus emblématique reste aujourd’hui le dossier de la vidéosurveillance ; véritable leitmotiv de l’opposition. Alors que ce dispositif a été mis en place dans certaines villes voisines, également sous majorité de gauche (Blagnac et Tournefeuille), le maire de Toulouse a longtemps affiché une position de refus catégorique. Une légère avancée peut tout de même être relevée car six nouvelles caméras devraient être installées dans le centre-ville, mais deux seront désactivées, suivant les recommandations de la commission des libertés publiques mise en place par le maire. Mais sa position de principe reste la même : pas de vidéosurveillance généralisée sur la ville. Il en est de même de ses relations avec les partis partenaires qui font sa majorité. Droit dans ses bottes, Pierre Cohen ne se laisse jamais dicter sa conduite par les autres, qu’ils soient radicaux, écologistes ou membres du Front de Gauche : « Il aurait peut-être dû davantage ménager sa majorité pour avoir moins d’emmerdes au premier tour des municipales à venir » commente Rémi Vincent, secrétaire départemental du Parti de Gauche. Ce qui marque la politique de Pierre Cohen, c’est également « une vision plus large et plus moderne de Toulouse, avec la création de Toulouse Métropole » souligne Jean-Claude Duphil. « Baudis père et fils étaient des ardents défenseurs de Toulouse, parfois au détriment de l’agglomération » poursuit-il. Malgré cela, Pierre Cohen peine aujourd’hui à incarner la ville. « C’est le seul maire des quatre premières villes de France à ne pas personnifier le pouvoir » remarque le politologue Stéphane Baumont. « Il fait des efforts importants pour essayer de s’identifier à la ville, mais ce n’est pas totalement efficace » surenchérit Jean-Claude Duphil. Est-ce pour autant un handicap en vue d’une réélection ? Pas certain. Car la non-communication de Pierre Cohen devient en fait une arme, sa discrétion, un atout, et le maire de terrain devient apprécié de sa population… Le tout à un moment où les politiques « bling-bling » sont le symbole de la défiance des électeurs avec leurs élites. Dans le subconscient de nombre de citoyens, Pierre Cohen est donc certainement dans la bonne case.

 

En campagne ?

 

Il sera probablement le dernier à entrer en campagne, en novembre prochain. Date à laquelle le PS officialisera un vote des militants locaux qui se tiendra en octobre. Nous parlons ici de la campagne officielle, car la préparation des prochaines échéances se ressent déjà dans son attitude. Les visites de quartier se sont intensifiées depuis peu, et la campagne sortie récemment par le PS 31, présentée par le fidèle François Briançon, « Fiers de Toulouse, Fiers de la Gauche » se charge de rappeler les « bonnes initiatives » de la majorité sortante. « En 2013, on est dans une phase d’explication de notre bilan, mais le mandat n’est pas fini, on est toujours dans l’action » se contente d’affirmer Stéphane Carassou. « Pierre Cohen est en quelque sorte en campagne permanente, avec toutes les réalisations qui avancent dans la ville. Le tsunami d’inaugurations sera sa meilleure communication » avance Stéphane Baumont. Il est favori, il le sait, mais fait comme si… L’humilité, c’est donc la com’ version Cohen.

Pendant ce temps, l’opposition s’organise, ou tente de le faire, et les alliés cherchent encore la posture à adopter.

 

 

Jean-Luc Moudenc, l’homme araignée

 

Face à Pierre Cohen, il s’impose peu à peu comme la personnalité de droite la plus à même de représenter l’opposition. S’il n’arrive toujours pas à se positionner comme « le » rassembleur, son habilité politique lui permet de tisser sa toile… La preuve : Les ralliements récents de François Chollet et de Jean-Jacques Bolzan. Deux prises de choix qui permettent à l’ancien maire de diviser pour mieux régner. Alors que la division persiste entre les différents courants de la droite et du centre (l’UMP, l’UDI et le groupe dissident Toulouse Métropole d’Europe), les ralliements de ces dernières semaines en faveur de Jean-Luc Moudenc relancent la dynamique de sa candidature. Le militant UDI, Jean-Jacques Bolzan, a initié le mouvement, ouvrant une brèche dans l’union autour de Christine de Veyrac. « Un choix réaliste », au nom d’une « stratégie gagnante » se justifie-t-il. François Chollet, UMP mais membre du groupe dissident au conseil municipal, a fait de même, suivi du sénateur UDI Alain Chatillon qui a même accompagné Jean-Luc Moudenc devant Jean-François Copé et François Fillon, afin d’obtenir le sésame de l’investiture. Alors que la gauche dénonce une « droitisation » de l’UMP à Toulouse, le rassemblement est-il encore possible avec l’ensemble des centristes ? « Nous voulons amener la pierre centriste à l’édifice, car ce qui est important, c’est de construire une liste de droite modérée et pas une liste UMP pure et dure » souligne Jean-Jacques Bolzan. Pour Emilion Esnault, porte-parole de l’association de Jean-Luc Moudenc « Toulouse Avenir », et membre de sa garde rapprochée, « la critique de la droitisation n’est qu’un calcul politique un peu sournois de la part des socialistes. » En outre, l’ancien maire de Toulouse est le seul candidat investi par son parti, « une des premières investitures conférées par l’UMP, c’est un geste net de confiance, mais ce n’est qu’un premier pas » ajoute Emilion Esnault. Afin de renforcer son image de leader local, les soutiens de personnalités nationales se multiplient. Ainsi les ex-ministres Alain Juppé, Xavier Bertrand et Nathalie Kosciusko-Morizet, la plume de Nicolas Sarkozy, Henri Gaino, et le maire de Nice, Christian Estrosi, sont déjà venus à Toulouse pour appuyer le candidat. Mais les soutiens parisiens ne suffiront sans doute pas à Jean-Luc Moudenc, qui devra convaincre bien au-delà des sympathisants UMP. Aujourd’hui, il doit mener le rassemblement le plus large possible, mais Christine de Veyrac n’a pas encore abandonné la partie.

 

 

Christine de Veyrac : vers un Pacs avec Bouscatel ?

 

La campagne de la candidate UDI, Christine de Veyrac, n’est pas un long fleuve tranquille. Malgré les désistements susnommés, une notoriété encore à conquérir, et le positionnement encore inconnu du président du Stade Toulousain, René Bouscatel, son courage semble intact. Sans compter qu’elle attend toujours l’investiture officielle de l’UDI. Hervé Morin vient à Toulouse le 16 mai prochain pour la soutenir. Avec une annonce d’investiture ? Aujourd’hui, la stratégie de Christine de Veyrac est visiblement d’ignorer tout cela. Elle poursuit sa campagne, arpentant les quartiers toulousains, et se gardant bien de commenter ce qui se passe autour d’elle. « On verra si elle ira vraiment jusqu’au bout, ou si elle renonce pour se représenter aux élections européennes » s’interroge Jean-Jacques Bolzan. « Je pense que le principe de réalité va l’emporter et qu’elle sera responsable », espère Emilion Esnault. Mais dans le clan de Veyrac, « on n’a pas changé de cap » affirme Marthe Marti, sa directrice de campagne. « Elle est la mieux placée pour battre Cohen au second tour » surenchérit Jean-Pierre Albouy, président du Nouveau Centre 31, en concédant tout de même que le « rapprochement avec l’UMP est souhaitable… Mais le problème se situe au niveau du leadership ». Reste la dernière inconnue de l’équation : René Bouscatel. Celui-ci, prisonnier du calendrier du Stade Toulousain, ne s’exprimera pas avant juin prochain. Ce centriste sans étiquette bénéficie d’une grande notoriété auprès des Toulousains. Il serait un atout de poids pour chacun des concurrents : « Il y a les candidats déclarés et les personnalités que l’on veut avoir avec soi. René Bouscatel est courtisé par les uns et par les autres » confirme un proche.

 

 

 

Les Verts, des alliés qui rêvent d’autonomie

Antoine Maurice

 

L’idée d’une liste autonome semble faire son chemin du côté des écologistes toulousains. Les élus Europe Ecologie-Les Verts font actuellement partie intégrante de la majorité au Conseil municipal. En 2008, ils ont décidé de s’allier dès le premier tour à Pierre Cohen « car on était dans un esprit de reconquête » explique Antoine Maurice, président du groupe EELV à la mairie, et vice-président de Toulouse Métropole. Mais en 2014, le contexte sera différent, « on veut se donner les moyens de construire un projet » poursuit-il. Si Pascal Durand, secrétaire national d’EELV a commis la maladresse d’évoquer lors de sa venue à Toulouse, début avril, « une liste écologiste », les élus locaux ne sont pas encore si catégoriques. Pour l’instant, la posture officielle du parti est de « se mettre en capacité de partir en autonomie ». Soit. En clair, les Verts comptent bien profiter de la campagne pour remettre sur le tapis les idées, qui sont parfois un peu bafouées par les socialistes. Exemple type : la régie de l’eau. « Il y a eu un désaccord dans l’interprétation sur la question de l’eau » reconnaît avec prudence, le président de groupe. Les Verts prônent un retour à la gestion de l’eau en régie municipale, parmi d’autres « engagements forts », notamment sur la politique des transports, « qui doit aller plus loin ». Les écologistes décideront après l’été s’ils constituent une liste autonome ou pas. Décision qui sera soumise au vote des militants. Sachant, qu’ils risquent de perdre des postes au Conseil municipal, s’ils réalisent un faible score. « Si on part seul, c’est qu’on est optimiste et qu’on pense atteindre les 10% au premier tour » assure Antoine Maurice. « Pour l’instant, nous discutons avec tous les partis de gauche, et n’excluons aucune alliance, que ce soit avec le PS ou même avec le Parti de Gauche. Mais l’objectif final est tout de même de se retrouver dans une majorité de gauche, et pourquoi pas dans une majorité écologiste qui intégrerait des socialistes ? » Afin de scorer, les « Verts » n’ont objectivement qu’une possibilité offerte pour le choix du leader : Gérard Onesta. Mais le vice-président de la région veut-il y aller ? La réponse ne devrait plus tarder.

 

 

 

Le Front de Gauche divisé

 

Entre le Parti Communiste Français et le Parti de Gauche, deux composantes majeures du Front de Gauche, rien ne va plus à Toulouse. Le PCF est à ce jour la « deuxième force du conseil municipal, avec huit élus » rappelle Pierre Lacaze, secrétaire départemental du parti, qui donne le sentiment de souhaiter une alliance avec Pierre Cohen dès le premier tour. Pourtant pour Rémi Vincent, secrétaire départemental du Parti de Gauche en charge des relations avec les autres partis, « il faut au premier tour une liste autonome au PS. Nous constatons nationalement un glissement idéologique du PS, qui est contraire à nos principes et à notre analyse de la situation politique et économique du pays. Or les municipalités sont aujourd’hui impactées par les choix nationaux… » Une analyse qui n’est absolument pas partagée par Pierre Lacaze, « nous souhaitons avant tout que la gauche conserve la ville de Toulouse, et pour cela il faut une alliance la plus large possible. »  Les militants trancheront sur la question, « mais pas avant l’automne » précise-t-il. Le Parti de gauche, quant à lui, a déjà ouvert ses locaux de campagne. « Ils ne respectent pas le rassemblement du Front de Gauche, et d’ailleurs il ne le représente pas, ils ne sont qu’une composante, sur huit en tout » tient à rappeler le communiste.

 

 

Et les autres…

 

Marine le Pen a confirmé qu’il y aurait une liste Front National aux municipales. Elle devrait être portée par le responsable du FN 31 Serge Laroze. De leur côté, Lutte ouvrière et son leader local, Sandra Torremocha, font tout pour constituer une liste… Reste le PRG (Parti Radical de Gauche) dont les élus toulousains (emmenés par Cécile Ramos et Alexandre Marciel) sont des fidèles de Pierre Cohen, alors que des rumeurs prêtent au Sénateur Jean-Pierre Plancade l’ambition de se présenter.

Toutes les tractations du moment prouvent, malgré les dires de certains, que la campagne municipale est bien partie. Mais la course va être longue… Mars 2014 … Ou la date qui plane dans beaucoup d’esprits. Nous venons de vivre le premier épisode du feuilleton. Le suspense est garanti.



UN COMMENTAIRE SUR Municipales 2014 : Faisons le point !

  1. AllisterToulouse dit :

    Enfin une analyse politique ouverte et non dogmatique. Pas de jugement de valeurs, des faits et un éclairage intéressant à quelques mois de l’échéance.

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