Moudenc vs de Veyrac : Poker Menteur

Les municipales, c’est parti ! La droite toulousaine est actuellement dans les grandes manœuvres afin de choisir un leader pour 2014. Au lendemain de sa défaite en 2008, Jean-Luc Moudenc s’est méthodiquement remis à la tâche pour reconquérir l’électorat toulousain. Maîtrisant ses dossiers sur le bout des doigts, il a repris mois après mois du « poil de la bête ». Après une bataille plus que virile, et avec des tacles qui ont laissé de sérieuses blessures, il réussit en 2010 à reprendre à Christine de Veyrac la fédération départementale de l’UMP. Nouvelle victoire en 2012 puisqu’il devient député au nez et à la barbe des socialistes locaux. Pourtant, si personne ne lui conteste sa légitimité, il n’aura jamais réussi à s’imposer comme un leader naturel…Une réalité qui fait qu’aujourd’hui Christine de Veyrac se sent pousser des ailes, et pense de plus en plus sérieusement à être tête de liste face à Pierre Cohen. Une aubaine pour Jean-Louis Borloo qui a fait de Toulouse une priorité de l’UDI ? Mais attention un certain René Bouscatel se sent prêt si aucun des deux prétendants ne vient sortir du chapeau. Enquête de Coralie Bombail et Thomas Simonian.

 

Depuis la formation de l’UDI (Union des démocrates indépendants), les deux rivaux de la droite toulousaine pourraient à nouveau s’affronter en 2014 pour les municipales. A supposer bien sûr qu’il y ait deux listes… Pour l’heure, seul Jean-Luc Moudenc est officiellement déclaré candidat : « Je serai donc au rendez-vous où je suis attendu : celui de cette échéance de 2014 » (Le Journal Toulousain du 20/09/12.) De l’autre côté, Christine de Veyrac entretient encore le suspense mais médiatise depuis de longues semaines une présence accrue sur le terrain. Pourtant, qu’elle se fasse au premier ou au second tour, l’union entre les deux sera inévitable pour battre Pierre Cohen. Alors lequel remportera ce bras-de-fer ?

Christine de Veyrac 

Pour : Députée européenne depuis trois mandats et adjointe de Philippe Douste-Blazy puis de Jean-Luc Moudenc, de 2001 à 2008, Christine de Veyrac dispose à la fois d’une expérience locale et d’une vision de parlementaire. En septembre dernier, elle crée l’association Rive Droite Rive Gauche, avec laquelle elle organise de nombreuses visites dans les quartiers toulousains. Au lendemain des élections cantonales de 2011 (perdues sur le canton 1) un déclic se produit dans son comportement. Elle prend goût aux campagnes, et sa bonne humeur festive devient une arme.

Contre : En 2001 à la mairie, ou en tant que députée européenne, elle a toujours été élue sur des scrutins de liste et non sur son nom. Ne faisant pas partie de l’opposition municipale (en 2008, elle refuse d’être sur la liste Moudenc), Christine de Veyrac est donc moins connue des Toulousains que son rival, et devra prouver sa légitimité face à un candidat de la première heure.

 

Jean-Luc Moudenc 

Pour : Maire de Toulouse pendant quatre ans (2004 – 2008), il est élu trois fois en son nom propre à Toulouse (par deux fois aux cantonales et aux législatives 2012). Suite à son échec aux dernières municipales, il entame un travail de fond pour reconquérir la ville, avec notamment l’association Toulouse avenir. Il est réputé à gauche comme à droite pour être « un homme de dossier ».

Contre : Pourtant patron local de l’UMP, leader de l’opposition à la mairie et député, Jean-Luc Moudenc n’a jamais vraiment su s’imposer en leader naturel de la droite toulousaine. En outre, l’étiquette UMP pourrait être un handicap dans une ville où le centre-droit a eu la part belle pendant des années. Avec les récentes prises de position de son parti sur des sujets sociétaux, il a « droitisé» son image, lui l’ancien CDS (centre des démocrates sociaux).

 

Dans les starting-blocks…

La période de pré-campagne électorale est le moment pour chaque parti d’élaborer son projet. Avant les vacances de Noël, l’association Toulouse Avenir, présidée par Jean-Luc Moudenc, invite le maire de Bordeaux, Alain Juppé, à un grand dîner débat avec pour but de comparer l’évolution de Bordeaux avec celle Toulouse. Jean-Luc Moudenc ne va pas y cacher ses ambitions pour 2014, en comptant bien s’inspirer du modèle bordelais pour son projet. Un travail engagé par son association depuis septembre dernier : « On a créé quinze commissions thématiques autour de trois piliers - la ville de Toulouse, la Communauté urbaine, et un projet spécifique pour les quartiers » explique Emilion Esnault, responsable de la communication de Toulouse Avenir. « L’association s’est également engagée sur le terrain, avec des équipes dans chaque secteur de la ville» ajoute son porte-parole Jean-Michel Lattes. Le projet final devrait être présenté en septembre prochain. De son côté, Christine de Veyrac fait son chemin avec Rive Droite Rive Gauche. Visites de quartiers, de lycées, mobilisation autour des salariés de Sanofi, la députée européenne intensifie sa présence sur le terrain depuis près de cinq mois.

Mais les municipales se préparent également en coulisses. Christine de Veyrac et le président du Stade Toulousain, René Bouscatel (désormais dissident de Jean-Luc Moudenc à la mairie avec son groupe d’opposition Toulouse Métropole d’Europe), ont tous deux rencontré Jean-Louis Borloo… mais séparément. Même Jean-Luc Moudenc a tenté d’obtenir le soutien du président de l’UDI, qui pourrait bien devenir l’arbitre de ce match en étant moteur d’un accord national UMP-UDI. La requête du député toulousain reste à ce jour lettre morte. L’ombre de Philippe Douste-Blazy plane également sur la future campagne. L’ancien maire de Toulouse a dîné, le week-end dernier, avec le landerneau centriste de la ville. Un simple « dîner amical » pour Laurence Massat, (UDI et son ancienne directrice de cabinet), présente à la fameuse soirée, même si « son avis et ses conseils seront précieux » reconnaît-elle. « Ce serait le candidat idéal pour Toulouse » surenchérit Marie Déqué, présidente de Toulouse Métropole d’Europe. Pour l’heure, cette dernière a écrit (au nom de son groupe) aux chefs de file des fédérations départementales du Modem, de l’UDI, et de l’UMP afin de «  se mettre autour de la table et de décider quelle sera la tête de liste unique qui nous représentera » explique-t-elle.

 

Deux listes : une option inéluctable ?

Dans les villes de plus de 10 000 habitants, les investitures se décident au niveau national. Selon nos informations, Jean-Louis Borloo serait prêt à négocier avec l’UMP, une liste unique, si Christine de Veyrac et René Bouscatel se mettent d’accord au préalable. Et dans ce cas, il faudrait encore que Jean-Luc Moudenc renonce à se présenter. Une éventualité peu probable car l’échéance 2014 est son principal objectif depuis sa défaite en 2008. « Si les fédérations n’arrivent pas à s’entendre localement, ni Copé, ni Fillon, ni Borloo n’imposeront qui que ce soit » remarque Laurent Cuzacq, conseiller régional UDI. D’ailleurs, ce dernier n’est pas gêné par l’éventualité des deux candidatures à droite : « Il y a un dogme de l’union au premier tour, alors que la richesse naît de la culture de la différence. Ni l’UMP, ni l’UDI, ne sera capable de remporter seule le second tour ». Pour Laurence Massat, «s’il y a une liste unique, ce sera derrière l’UDI ». L’union impliquera de gommer les divergences entre les personnes, mais pas que… Pour la majorité de Pierre Cohen qui assiste à la division de la droite au Conseil municipal, « le problème va plus loin que les ambitions de chacun, il y a une vraie différence de fond : Jean-Luc Moudenc et Toulouse Métropole d’Europe n’ont pas la même vision des choses sur de nombreux points, notamment sur les transports » remarque l’adjoint au maire François Briançon.

A priori, et sans intervention du national, aucun des deux partis ne cédera donc sur la question de la tête de liste : « Paris tranchera entre les candidats qui se sont déclarés. Donc si Christine de Veyrac souhaite se présenter, il va falloir qu’elle le dise » résume Jean-Michel Lattes.

 

Le flou autour de Christine de Veyrac

« Nous allons lui demander si oui ou non, elle est candidate » annonce Marie Déqué. A l’UDI, tous tournent autour du pot en avançant que le plus important pour l’heure est de construire le projet, et non de savoir qui sera la tête de liste. Mais Marie Déqué avance une vision plus réaliste de la situation : « Jean-Luc Moudenc, lui, pendant ce temps trace son chemin et se positionne en candidat légitime ». Laurent Cuzacq n’exclut pas des primaires pour désigner le candidat « car les militants demandent de plus en plus de démocratie interne et on a vu que c’était une réussite avec l’expérience du Parti Socialiste ». Quoiqu’il en soit, la tête de liste « devra être connue avant juin » conclut Marie Déqué.

 

 

En embuscade

René Bouscatel

Le Président du Stade Toulousain a bien du mal à dissimuler son envie de politique ces dernières semaines. A chaque point presse de son groupe d’opposition « Toulouse Métropole d’Europe », il se montre toujours plus offensif. Dernier exemple en date le 12 décembre dernier, où il a clairement critiqué la stratégie de l’UMP et de Jean-Luc Moudenc pour conquérir de nouveau le Capitole : « Si nous allons vers une confrontation entre une posture de droite et une posture de gauche, j’en connais déjà le résultat. La machine PS l’emportera. Nous allons devoir savoir dépasser les clivages.» Par ailleurs, et contrairement à Moudenc et de Veyrac, René Bouscatel a pris clairement position dans le débat du mariage pour tous : « Il me paraît une évidence que les homosexuels puissent avoir les mêmes droits que tout le monde. On ne peut pas être contre ! » Le problème n°1 de René Bouscatel reste son calendrier qui est calqué sur celui du Stade Toulousain. Il ne pourra pas prendre de position claire sur les Municipales avant avril-mai. Mais en coulisses, il est prêt à envisager sa succession chez les rouge et noir, et a déjà fait savoir qu’il était postulant pour le Capitole… Y compris à Jean-Louis Borloo qu’il a rencontré récemment à l’assemblée nationale. Seul hic, Christine de Veyrac aurait aimé être au courant.

 

Ils sont incontournables 

L’élection municipale ne pourra pas se faire sans eux. Explications.

Laurence Arribagé

Elle est la fidèle secrétaire départementale de la fédération haut-garonnaise de l’UMP auprès de Jean-Luc Moudenc. Elle a démontré dans cette fonction qu’elle savait tenir le quotidien d’un appareil politique, et qu’elle savait se faire apprécier des militants. Epouse de Dominique Arribagé, ancien footballeur pro et aujourd’hui cadre au TFC d’Olivier Sadran, cette combattante a tenu un rôle central dans la campagne de Jean-Luc Moudenc aux dernières législatives, en étant notamment sa suppléante de luxe.  Elle est aussi conseillère régionale, élue en 2010 sur la liste de Brigitte Barèges. Moudenc lui doit beaucoup et il le sait… Elle jouera donc un rôle central en 2014. Quelle que soit la configuration, comment ne pas l’imaginer candidate à être adjointe aux sports ?

 

François Chollet

Ce brillant neurologue est un fidèle de Philippe Douste-Blazy qui lui avait accordé toute sa confiance pour présider un temps notre agglomération. Aujourd’hui dissident de Jean-Luc Moudenc avec le groupe « Toulouse métropole d’Europe », il n’hésite pas à être l’une des voix de l’opposition les plus écoutées. Souvent en pointe sur les dossiers économiques, il ne cache jamais trop certaines ambitions pour les Municipales… Son amitié étant indéfectible avec René Bouscatel, il suivra sans doute la ligne qui sera fixée par le président du Stade Toulousain, même si Jean-Luc Moudenc compte en faire un pont dans les négociations à venir. Il est un gage de crédibilité pour toute liste de la droite et du centre souhaitant conquérir le Capitole.

 

L’œil de notre politologue

Pour Stéphane Baumont, place aux grandes manœuvres

« Jean-Luc Moudenc qui signe toujours ses communiqués et courriers avec l’appellation – ancien maire de Toulouse de 2004 à 2008 -, souhaiterait en faire une appellation contrôlée pour une nouvelle candidature. Mais cela va-t-il être possible ? Il ne peut lancer l’oukase d’une liste unique à droite dès maintenant, mais il doit au contraire préparer dans le calme, sans passions, l’éventualité d’une fusion dès le premier tour… C’est-à-dire une fusion avant même qu’elle soit rendue nécessaire par la loi et le code électoral. La vraie problématique est donc celle de la tête de liste, avec plusieurs possibilités offertes : Moudenc s’il fait taire les critiques notamment sur son manque de charisme, Douste-Blazy s’il veut revenir défendre son bilan, Bouscatel si la cité l’emporte sur les contraintes ovaliennes, et Christine de Veyrac, si elle réussit à se mettre d’accord avec Bouscatel, Chollet et leurs amis. Nous sommes donc déjà dans les grandes manœuvres, qui verront comme gagnant, soit un retour, soit une femme, soit le leader d’Ovalie-sur-Garonne… »



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