Moudenc: Nom de code : 2014

Il le dit clairement : «Je serai au rendez-vous de 2014». Voici en exclusivité l’interview de rentrée de Jean-Luc Moudenc. Une rencontre qui s’est faite à quelques mètres du Capitole… L’objet de tous les désirs et d’une stratégie qui commence à se dessiner, avec des messages clairs notamment envoyés à Christine de Veyrac, François Chollet et René Bouscatel. Les bras sont aujourd’hui ouverts mais pourraient se refermer définitivement en 2014 si le projet de deuxième liste à droite et au centre perdure. Quant au bilan de l’action de Pierre Cohen, il est sans concession : «Il faut stopper le processus de dégradation.» Ambitieux et clair dans ses intentions, Moudenc dit tout. Rencontre avec un député déjà en campagne… Municipale !

 

De votre défaite aux municipales en 2008 à votre élection à l’Assemblée nationale en 2012, peut-on qualifier cette période de «traversée du désert» ?

 

Ce fut un peu ça effectivement… Mais, si cette période a été difficile, elle m’a permis d’affirmer ma détermination, de m’ouvrir à des réalités nouvelles, de procéder à certaines remises en cause, de mieux connaître la nature humaine en faisant, par exemple, le tri dans mon entourage. C’est un chemin d’humilité, qui teste la solidité de la personnalité : soit on craque, soit on se renforce… Pas un instant, je n’ai lâché quoi que ce soit dans mon combat pour Toulouse, pour mes idées et contre les mauvaises décisions du pouvoir municipal en place. Avec de nombreux amis, les fidèles et beaucoup de nouveaux  – que je remercie – , j’ai fait un travail de fond qui a fini par payer.

Depuis juin dernier, vous êtes le seul député non PS du département. Quel enseignement majeur tirez-vous de votre élection ?

 

Mon élection a redonné espoir à tous ceux qui, en Haute-Garonne, et à Toulouse en particulier, aspirent à l’alternance face à l’hégémonie étouffante du Parti socialiste. Elle montre que tout est possible en 2014 ! Alors qu’il y avait partout en France et dans notre région une poussée de gauche, nous avons tout de même su gagner six semaines après l’élection présidentielle. Sur les 577 circonscriptions françaises, seules 4, dont la 3e de la Haute-Garonne, sont passées de gauche à droite ; mais dans les 3 autres, Nicolas Sarkozy avait atteint 52 à 56% le 6 mai… Seul Député du Centre et de Droite, unique parlementaire de l’Opposition élu au suffrage universel direct, j’ai une responsabilité morale et politique particulière pour représenter nos électeurs et faire entendre une voix différente en Haute-Garonne. Cette responsabilité, je l’exercerai pleinement au cours des cinq années à venir.

 

En tant que député, notamment avec les sessions extraordinaires, comment jugez-vous le départ du quinquennat Hollande ? Et êtes-vous inquiet pour la suite ?

 

Il y a de quoi être inquiet effectivement ! La crise est là, chaque jour plus menaçante pour la France, mais la Majorité feint de l’ignorer ! Après avoir pris de bien longues vacances, nos gouvernants se réveillent et préparent le matraquage fiscal des classes moyennes et des entreprises. La Fonction publique, à part trois ministères privilégiés, va connaître l’austérité tandis que la jeunesse va se voir proposer des emplois précaires à fort coût pour le contribuable. Au contraire, il faudrait mettre «le paquet» sur la compétitivité de nos entreprises et sur la formation professionnelle. Aujourd’hui, Aulnay va fermer malgré les vociférations ministérielles du début de l’été et les sentences solennelles du Président et du Premier ministre ! Les Français commencent à comprendre qu’on les a trompés, même avec de beaux sourires…

 

«Je ne veux pas raviver des divisions internes»

 

Votre parti, dont vous êtes le président départemental, vit actuellement une élection interne pour désigner son futur patron. Allez-vous prendre position dans ce débat ?

 

J’ai fait savoir, tant à François Fillon qu’à Jean-François Copé, que je ne ferai pas campagne dans ce débat, et ce pour une raison très simple : garant de l’unité de notre formation localement, je ne veux pas raviver des divisions internes que nous avons su surmonter au sein de l’UMP haut-garonnaise. De plus, je n’ai pas cette vision passéiste de la politique selon laquelle les cadres locaux entendent guider le choix des militants. Je préfère déployer des efforts pour construire un vaste rassemblement en vue des échéances locales à venir. Et puis, c’est une direction pour le parti qu’il s’agit de choisir, non le futur candidat de notre famille à la présidentielle de 2017 ! Aussi, conformément à mes engagements auprès de mes électeurs, j’ai plutôt pris parti sur le terrain des idées. Aux côtés de mes amis Jean-Pierre Raffarin, Luc Chatel et Marc-Philippe Daubresse, je défends au sein de l’UMP la redynamisation du courant des humanistes, centristes et libéraux-sociaux.

 

 

L’UMP a du mal à oublier Sarkozy, non ?

 

Nicolas Sarkozy reste pour l’UMP une référence majeure, mais il a décidé de ne pas participer à la vie politique et de prendre du recul. En quelque sorte, il est en «réserve de la République». Quant à l’UMP, elle aurait tort d’oublier Nicolas Sarkozy, mais ne pas oublier n’est en rien incompatible avec l’impératif d’aller de l’avant.

Revenons aux affaires toulousaines avec, à l’instar de l’actualité nationale, une vague de plans sociaux sans précédent. Quelle est la marge de manœuvre de l’élu local dans de tels dossiers ? Quel rôle doit-il jouer ?

 

Nous devons être aux côtés des salariés pour défendre notre territoire, ses emplois, sa capacité de recherche, ses projets de développement avec, en l’occurrence, notre volonté de faire monter en puissance le Cancéropôle-Oncopôle. Nous avons aussi une mission importante, nous, les parlementaires : alerter le Gouvernement, le mobiliser. Si le Gouvernement le veut, il a deux leviers dans le dossier SANOFI : les financements d’Etat au titre du «crédit impôt-recherche» et les autorisations pour la mise en marché des nouveaux médicaments. Si la fermeture du site de recherche toulousain était confirmée, voilà les armes dont devra user le Gouvernement dans l’inévitable discussion qu’il devra avoir avec les dirigeants de ce groupe.

Contrairement à d’autres plans sociaux concernant des entreprises très mal en point, nous avons là un groupe en bonne santé, qui accumule des centaines de millions d’euros de bénéfices. A l’heure de la nécessaire mais difficile ré-industrialisation de la France, on ne peut admettre la seule logique financière au service de la seule rémunération du capital.

 

 

Dans le microcosme politique toulousain, il se dit que vous souhaitiez être député dans un seul but : celui de reconquérir le Capitole. Vous confirmez ?

 

Ceux qui me connaissent, le savent : quand on me confie une responsabilité, je «fais le job» et le travail ne me fait pas peur ! Aussi, mes collègues constatent ma présence régulière à l’Assemblée. Mes concitoyens des quinze communes périphériques et rurales de la circonscription me voient actif sur le terrain, bien plus que mon prédécesseur socialiste. Quant à l’élection municipale à Toulouse, jamais je n’ai reçu autant d’encouragements que depuis le 17 juin dernier ! Mon élection a tranché définitivement – n’en déplaise à certains grincheux – la question du leadership qui se posait fort naturellement depuis quatre ans. Je serai donc au rendez-vous où je suis attendu : celui de cette échéance de 2014, dans la droite ligne de mon travail de fond et sur le terrain depuis le lendemain de la défaite. Toulouse mérite une équipe municipale à la hauteur des enjeux à venir !


 

« Christine de Veyrac a son rôle à jouer »

 
 

Certains, tels François Chollet, René Bouscatel ou Christine de Veyrac n’hésitent pas à envisager la possibilité d’une deuxième liste à droite et au centre. Vous leur dites quoi ?


Je leur réponds qu’il y a une chance unique de reconquérir Toulouse en 2014 et que, si nous la gâchons, notre famille politique en paiera le prix fort pour très longtemps.

Chacun doit donc bien réfléchir et ne pas s’abandonner à des rancœurs, à des envies ou à des règlements de compte très personnels. Nous ne gagnerons que dans l’union : Une union large, respectueuse de la diversité des sensibilités et des personnalités du Centre et de la Droite, ouverte à la société civile comme je l’avais fait en 2008, autour d’un projet à écrire ensemble pour Toulouse et son agglomération. Vous comprendrez que les leçons de stratégie électorale venant d’élus qui ne connaissent que les scrutins de liste – parfois depuis 30 ans ! – et n’ont jamais remporté une seule élection au suffrage universel uninominal, ne peuvent être crédibles ! Quant à Christine de Veyrac, elle a, si elle le souhaite, toute sa place et tout son rôle à jouer pour les échéances à venir. Je n’ai pas oublié qu’en 2010, elle avait su gérer avec efficacité la préparation des élections cantonales de 2011 : elle peut donc apporter une expérience utile dans le processus de reconquête aux côtés du Sénateur Chatillon – qui m’a déjà donné son accord – et de moi-même. Efforçons-nous tous d’avoir d’avoir une attitude positive et constructive.

 

«Il ne faudra pas compter sur moi pour fusionner au second tour»

 

Et s’il y avait malgré tout une seconde liste ?

 

Chacun a le droit de faire une liste bien sûr. Je réaffirme simplement et de manière très réfléchie que, dans le cas de deux listes, il ne faudra pas compter sur moi pour fusionner au second tour. J’ai tout de même le droit de dire, par égard envers les  Toulousains, dans quelles conditions je serai candidat : ce n’est pas menacer quiconque que de dire cela, comme je l’ai lu dans un propos récent, d’une rare stupidité ! Nonobstant certaines déclarations provocatrices, je confirme que je ne varierai pas d’un iota sur ce point car je ne veux pas revivre 2008 et les problèmes humains que ce type de stratégie crée. J’observe d’ailleurs que les partisans actuels de la fusion sont, comme par hasard, ceux qui avaient survécu à celle-ci la dernière fois… Il faut tirer leçon du passé et ne pas reproduire les mêmes erreurs : j’invite certains à se remettre en question comme je l’ai fait moi-même sur certains points. Faire deux listes, se distinguer jusqu’à l’outrance pour justifier cette double existence pendant des mois, subir d’inévitables dérapages, puis fusionner à la va-vite, dans la nuit, pour ne faire qu’une liste en décourageant la moitié des candidats engagés quelques mois plus tôt, c’est un scénario insupportable. Et avec la défaite au bout ! Alors, non merci !

Pour quelle raison principale pensez-vous que Pierre Cohen doit être battu en 2014 ?

 

Il faut stopper le processus de dégradation dans lequel s’enfonce notre ville depuis 2008. Pour cela, nous avons le devoir de développer les infrastructures (projets de transports en commun plus efficaces, TGV, 2e anneau du périphérique, liaisons transpyrénéennes) qui amélioreront la desserte locale, nationale et internationale de Toulouse. Or, la plupart de ces grands projets au service du rayonnement de notre métropole stagne. En même temps, nous avons l’impérieux devoir d’offrir une meilleure qualité de vie au quotidien aux Toulousains et à ceux qui séjournent dans notre ville. Pour cela, nous devrons, tout à la fois, restaurer la sécurité, renforcer la propreté, mieux éclairer la ville, ne plus tolérer l’occupation abusive de l’espace public par des individus qui le dégradent, rétablir une relation de proximité réactive entre les citoyens et les élus dans tous les quartiers, privilégier l’accompagnement éducatif, social et humain dans les quartiers où se concentrent des difficultés, etc… La municipalité en place n’a pas agi dans ce sens. Elle a préféré passer son temps à dénigrer névrotiquement ce que nous avions fait (à l’image de François Hollande vis-à-vis de Nicolas Sarkozy), à stopper les projets, à discutailler à l’infini, avant de déclencher subitement une overdose de chantiers désorganisant la ville. Elle s’est enfermée dans des attitudes politiciennes et idéologiques à l’excès, par exemple en n’installant aucune caméra de vidéosurveillance. Elle va terminer le mandat en ayant mis nos finances dans le rouge, compliquant les perspectives d’avenir.

Il est temps de redresser tout cela, d’agir au lieu de parler, d’être pragmatique et de rassembler à nouveau tous les Toulousains. Avec comme unique ligne de conduite, l’amour de notre ville et notre volonté de lui construire un bel avenir, plus conforme à la place que Toulouse doit occuper au plan national et en Europe.

Propos recueillis par Thomas Simonian

Photos : Franck Alix

 

L’œil de notre politologue

Le politologue du JT, Stéphane Baumont, dresse le portrait de Jean-Luc Moudenc

«Il est animé d’une forme de respect vis-à-vis de ceux qui sont les leaders du moment. Cela a été le cas successivement avec Dominique Baudis et Philippe Douste-Blazy. C’est un travailleur rigoureux voire méticuleux, qui avec une lenteur très républicaine, conquiert un à un tous les mandats locaux.  Il a l’ambition affichée de reconquérir le Capitole mais a du mal à assumer les risques de cette ambition… Un exemple : Le non-choix entre Copé et Fillon pour la présidence de l’UMP. C’est en cela qu’à sa manière, il est centriste. Il laisse entrevoir tous les scénarii pour être certain d’embrasser l’un d’eux. Sa force est d’assumer des victoires qu’on n’imaginait pas, et donc de surprendre !»

 

Repère 

1987 : Première élection au conseil municipal de Toulouse

1989 : Directeur de cabinet de Philippe Douste-Blazy à la Mairie de Lourdes

1992 : Elu conseiller régional (aux côtés de Marc Censi)

1994 : Devient conseiller général

2004 : Elu Maire de Toulouse suite à la démission de Philippe Douste-Blazy, et «au nez et à la barbe» des Baudisiens historiques (Jean Diébold, Françoise de Veyrinas et Serge Didier)

2008 : Battu aux municipales par Pierre Cohen

2010 : Devient le président départemental de l’UMP après un terrible affrontement avec la députée européenne Christine de Veyrac

2012 : Elu député de la troisième circonscription



2 COMMENTAIRES SUR Moudenc: Nom de code : 2014

  1. Desman dit :

    Moudenc, l’homme qui n’a rien fait quand il était à la mairie, digne héritier de Douste…

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