Match Politique : Laurence Arribagé VS Rémi Vincent

Laurence Arribagé

41 ans

Conseillère régionale Midi-Pyrénées

Secrétaire départementale de l’UMP en Haute-Garonne

Elle s’est imposée dans le paysage politique local dans le sillage de Brigitte Barèges à la région, puis dans celui de Jean-Luc Moudenc en devenant la n°2 de l’UMP dans le département. A ce titre, c’est elle qui dirige la campagne toulousaine de Nicolas Sarkozy. Elle devrait tenir un rôle essentiel dans les combats électoraux à venir, surtout ceux de 2014…

Rémi Vincent

23 ans

Membre de la coordination départementale et du bureau national du Parti de Gauche

Candidat Front de Gauche sur la 6ème circonscription

Il est indiscutablement, au vu de son âge, la valeur montante de la classe politique toulousaine. A tel point que le Front de Gauche lui a accordé une confiance totale pour affronter Monique Iborra dans le cadre des prochaines législatives. Surmotivé, militant dans l’attitude, il réussit aujourd’hui à devenir l’un des chouchous des médias locaux. Ou s’arrêtera-t-il ?

Nicolas Sarkozy et Jean-Luc Mélenchon

Quelle image avez-vous de Nicolas Sarkozy ?

Laurence Arribagé : L’image d’un homme dynamique, motivé, animé par un grand volontarisme et une grande détermination. Mais depuis cinq ans, c’est un homme qui a forcément évolué, notamment en dirigeant le pays durant une crise internationale majeure. L’homme et le président ont appris, mais le tempérament est resté le même. C’est le meilleur capitaine !

Rémi Vincent : On ne parlera pas du style car après tout, chacun a un style qui lui est propre. Le problème est sur le fond. Il a un bilan désastreux. 36% de chômeurs en plus, 600 milliards d’euros de dette en plus… Il va devoir s’expliquer. Le peuple va trancher, et j’espère qu’il lui imposera une cuisante défaite, à la hauteur de ce qu’il a infligé au pays durant cinq ans.

LA : Nicolas Sarkozy a plutôt mieux protégé notre pays que d’autres gouvernants européens durant la crise. Bien évidemment le chômage a augmenté, bien évidemment que le pouvoir d’achat des Français n’est pas ce qu’il devrait être, mais ce qui est certain, c’est qu’il nous a bien protégé. Il valait mieux avoir Nicolas Sarkozy durant cette crise, que d’autres candidats socialistes potentiels de l’époque.

Rémi Vincent, ne pouvons-nous pas dire objectivement que Nicolas Sarkozy a plutôt bien géré la crise ?

RV : Si on veut dire qu’il y aurait eu beaucoup plus de chômeurs sans Nicolas Sarkozy, on peut le dire… Mais cela n’a aucun intérêt. Il est chef de l’Etat depuis cinq ans, la droite est au pouvoir depuis plus d’une décennie, et la crise est la conséquence d’un système mis en place par la droite et les socio-libéraux. Nicolas Sarkozy n’a pas protégé son peuple de la crise. Avec nous, les banquiers auraient payé plus, et le peuple aurait payé moins.

Nicolas Sarkozy est-il le candidat des riches ?

RV : C’est son rôle de candidat de droite. L’UMP mène une politique en faveur des plus fortunés, et pas en faveur du peuple…

LA : Mettre en place le RSA (Revenu de Solidarité Active, ndlr), c’est être le candidat des riches ? La réforme des retraites, c’est être le candidat des riches ? Je ne le pense vraiment pas.

Rémi Vincent : «C’est une campagne exaltante»

Venons-en au «cas» Jean-Luc Mélenchon. Il y a quelques semaines encore, les sondages l’annonçaient à 6/8%, aujourd’hui les mêmes sondages l’annoncent comme le troisième homme. Que s’est–il passé ?

RV : Cela est dû avant tout à une superbe campagne. Au niveau des militants, c’est une campagne exaltante, qui nous «porte» et donne du plaisir… Nous réussissons à convaincre les gens. Notre campagne est structurante, à telle enseigne que même la droite reprend nos thèmes. Nous avons traité l’écologie, le partage des richesses, la question démocratique, la construction européenne… Jean-Luc Mélenchon est le seul candidat qui ne se résout pas à l’impuissance, le seul qui ne soit pas un «verre d’eau tiède». C’est un candidat qui clive avec un programme qui ne fait pas dans la demi-mesure. La saison des tempêtes arrive et nous n’avons pas besoin de politiques «mous» pour faire face à la crise.

LA : Sur la forme, Jean-Luc Mélenchon est assez proche de Nicolas Sarkozy. Ils ont tous les deux de fortes personnalités, ils sont tous les deux de bons orateurs, animés d’une volonté farouche, et sont forces de propositions. Sur le fond en revanche, tout les oppose. Jean-Luc Mélenchon est un «showman» qui est dans la démagogie, dans la provocation et la démesure… Il vend du rêve. Nicolas Sarkozy lui, dit la vérité à ses électeurs !

Nicolas Sarkozy a-t-il «droitisé» son discours ?

LA : C’est une question récurrente. A toutes les élections, on nous ressert le coup de la «droitisation» alors que Nicolas Sarkozy n’a jamais changé de discours. S’emparer de grandes thématiques dites «populaires» comme la sécurité, la justice ou l’immigration, est-ce «droitiser» son discours ? Non évidemment. C’est de la responsabilité des grands partis de gouvernement d’aborder ces thématiques afin de ne pas les laisser aux extrêmes.

RV : Nicolas Sarkozy ne s’est pas «droitisé» pendant cinq ans… Il s’est «extrême-droitisé»… Il y a d’abord eu des dérapages comme celui de Brigitte Barèges sur le mariage homosexuel, ceux de Brice Hortefeux qui a été condamné par la justice pour injures raciales, ou ceux de Christian Vanneste.

Laurence Arribagé : «Parlez-nous plutôt de vos propositions»

Soyons justes, Christian Vanneste a été exclu de l’UMP…

RV : Peut-être mais nous retrouvons à l’UMP ce type de personnages… et Brice Hortefeux, lui, n’a pas été exclu de ce parti.

LA : Je n’ai pas du tout envie d’entrer dans ce genre de débat. Cela n’a que peu d’intérêt pour les Toulousains qui nous lisent ou nous regardent. Parlez-nous plutôt de vos propositions.

RV : Mais condamnez-vous les propos de Brigitte Barèges ?

LA : Bien entendu je les condamne. Mais Brigitte Barèges les a regrettés, et ils ont sans doute été sortis de leur contexte pour faire du «buzz». Je la connais et je la défends.

Les programmes

Quelle est la position de chacun de vos candidats sur la construction européenne ?

RV : Avant tout, je tiens à préciser que l’Europe n’est pas un projet en soi. Cela peut contenir beaucoup de choses différentes. Les nazis ont voulu faire l’Europe, les Romains ont voulu faire l’Europe… Et il y a l’Europe libérale et l’Europe de gauche. Nous voulons l’Union Européenne, nous souhaitons une structure commune et une coopération entre les Etats. Ne serait-ce que pour la paix… En revanche, nous sommes contre la construction européenne actuelle, celle qui se construit depuis des décennies. L’Union Européenne d’aujourd’hui est «austéritaire» pour des pays comme la Grèce et l’Espagne, et autoritaire en ne tenant pas compte de l’avis des peuples dont le nôtre.

LA : On ne peut pas faire le reproche à Nicolas Sarkozy de ne pas être un européen convaincu. Il a toujours fait le choix de l’Europe. C’est notamment sous son impulsion que le traité de Lisbonne a vu le jour. Mais l’Europe n’aura de sens demain que si elle protège… Le monde a évolué, la société a évolué. L’Europe doit pouvoir protéger son identité, ses frontières et sa politique commerciale. Aujourd’hui ce que dit Nicolas Sarkozy, c’est que «Les accords de Schengen» ne répondent plus à toutes ces attentes. C’est pour cela qu’il en demande l’évolution. En matière de politique d’immigration par exemple, alors que tous les pays du monde surveillent leurs frontières, en Europe nous avons du mal à les contrôler…

RV : Mais qu’avez-vous contre les immigrés ?

LA : Nous ne pouvons plus, pour une bonne intégration, accueillir des flux migratoires aussi importants qu’aujourd’hui.

RV : Mais vous avez peur pourquoi ? Je ne comprends pas… C’est une obsession je pense.

LA : Ce que dit Nicolas Sarkozy, c’est que si d’ici un an les accords de Schengen ne se sont pas dotés d’un gouvernement politique pour gérer les crises, s’ils ne se dotent pas d’une véritable politique de convergence de contrôle des flux migratoires, alors la France prendra ses dispositions, et se mettra en retrait.

Nicolas Sarkozy a proposé des référendums sur l’immigration et sur l’assurance chômage. Est-ce la bonne solution pour résoudre ces problématiques ?

LA : Je vous rassure Nicolas Sarkozy n’a pas prévu d’utiliser le référendum pour consulter les Français sur «la pluie et le beau temps». Et il n’a pas toujours été le plus grand défenseur du référendum. Ce qu’il dit, c’est que sur certains dossiers, si des accords ne sont pas trouvés avec les partenaires en présence, alors il fera appel au peuple.

Mais Laurence Arribagé, quand Nicolas Sarkozy parle de référendum sur ces sujets, on peut aussi penser qu’il a eu cinq ans pour traiter de l’indemnisation des chômeurs ou de l’immigration ?

LA : Il le reconnaît honnêtement, il n’a pas pu tout faire en cinq ans. Il a déjà fait beaucoup… Et maintenant il souhaite poursuivre le «train» des réformes engagées.

Rémi Vincent : «Nicolas Sarkozy manque d’un sens certain de l’Etat»

RV : Nous sommes ravis de cette nouvelle passion de Nicolas Sarkozy pour la démocratie. Nous rappelons juste que le référendum est quelque chose de sérieux. Or, les thèmes choisis pour ces référendums sont nauséabonds. Ils pointent du doigt des catégories dites «parasites». L’immigré et le chômeur qui profitent. Nous sommes dans un modèle de société représentative, et quand on demande son avis au peuple, ce doit être sur les grands sujets de société, sur les grandes orientations de la nation et de la patrie : la construction européenne, la modification de la constitution française, la politique énergétique… Là, Nicolas Sarkozy manque d’un sens certain de l’Etat. Après il va demander des référendums sur quoi ? Sur les régimes spéciaux des fonctionnaires…

Jean-Luc Mélenchon propose un SMIC à 1700 euros, et un retour sur la réforme des retraites. Rémi Vincent, n’êtes-vous pas là dans la démagogie ?

RV : Mais pourquoi nos gouvernants ont-ils cette obsession de vouloir faire des économies ? Il y a des choses non négociables qui touchent à la dignité humaine et au niveau de vie, et là il faut dépenser !

LA : Quitte à se retrouver dans la situation de la Grèce dans quelque temps ?

RV : Bien évidemment, dans le système de libre échange mondialisé, nos solutions ne sont pas réalisables. C’est bien pour cela que nous demandons la mise en place d’un protectionnisme européen, avec une France souveraine.

Laurence Arribagé : «C’est un programme copieux mais très indigeste»

LA : Le programme économique de Jean-Luc Mélenchon, c’est 1936, 1944 et 1981. C’est la relance par la dépense. C’est un programme copieux mais très indigeste. Quid de la dette ? Quid du financement de vos mesures ? Le SMIC à 1700 euros, mais c’est juste improbable ! Cela aura un effet inflationniste assuré.

Les Législatives

Laurence Arribagé, pourquoi avoir accepté d’être la suppléante de Jean-Luc Moudenc sur la troisième circonscription ?

LA : D’abord parce que c’est une première expérience sur un scrutin uninominal. Je vais donc beaucoup apprendre avec Jean-Luc Moudenc sur cette circonscription. Je travaille déjà avec lui à la tête de l’UMP et cela se passe très bien. C’est un challenge. Nous faisons une bonne campagne, nous sommes présents.

N’y a-t-il pas eu un «flou» à un moment donné ? Certains vous annonçaient candidate…

LA : Ce «flou» a rapidement été dissipé par Jean-Luc. C’était plutôt distillé par certaines personnes qui, à mon avis, ne lui souhaitent pas que du bien.

Rémi Vincent, pourquoi cette candidature sur la sixième circonscription ?

RV : Je me place dans le sillage de Jean-Luc Mélenchon et de son programme présidentiel. L’élection législative est centrale, et c’est pour moi un grand honneur que de dire aux électeurs : «Faites-moi confiance pour vous représenter à l’assemblée nationale.» J’y vais avec beaucoup d’excitation et de confiance.

Propos recueillis par Thomas Simonian



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