Martine Martinel « Entre l’affect et le politique, mon cœur balance »

Elle ne s’attendait pas à être confrontée à un tel choix, et peut donc, ou pas, remercier le président du Sénat, Jean-Pierre Bel, qui vient de nommer Nicole Belloubet au Conseil Constitutionnel. Une nomination qui « secoue » la majorité de Martin Malvy au Conseil Régional, où beaucoup avait rêvé de l’ancienne rectrice comme successeur à la tête de l’institution, mais qui occasionne aussi des changements à la mairie de Toulouse. La députée PS Martine Martinel doit donc choisir suite à la démission programmée de Nicole Belloubet du conseil municipal : département ou mairie ? Elle nous a confié en toute sincérité ses interrogations actuelles. L’occasion aussi pour cette ancienne « prof » d’aborder l’actualité, et les réformes engagées par Vincent Peillon.

Soutenez-vous l’action du ministre Vincent Peillon ?

Pleinement car il s’est attaqué à la refondation de l’école, une priorité absolue. Je trouve en revanche dommageable, mais je pense que ce n’était pas sa volonté,  que le dossier des rythmes scolaires soit venu « parasiter » cette loi sur la refondation. Il faut vraiment séparer les deux choses.

Pourquoi cette refondation ? Est-elle pour vous une priorité ?

On se rend compte d’un véritable échec, tant au niveau des enfants, dont beaucoup sont en difficulté, que des enseignants qui n’ont aujourd’hui plus de formation. Mettre dans des classes des jeunes qui sortent tout juste de l’université, face à un public mouvant voire hostile, ne rend pas service à notre système éducatif. Nous avons des enseignants qui ne sont pas toujours armés pour ce les attend…

« Il y a dans ce pays une école fantasmée ! »

 

Mais n’est-ce pas toujours compliqué de s’attaquer à l’Education Nationale ?

Oui car il faut avoir beaucoup de courage. Tout le monde, tous les citoyens, ont leur avis sur l’école. Il y a dans ce pays une école fantasmée ! J’entends souvent par exemple qu’actuellement, contrairement à autrefois, le niveau est très bas. Ce n’est absolument pas vrai. La nostalgie a tendance à embellir les choses…  Il est donc très difficile de faire bouger les lignes, et de repenser notre école.

Il a beaucoup été dit que les RASED (réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté) avaient été mis en danger sous l’ère Sarkozy. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Je soutiens pleinement l’existence des RASED, ce sont des réseaux qui ont fait leurs preuves. Il y a des enfants qui « décrochent » et qui ont besoin de ce type de structures. Nous avons d’ailleurs déposé des amendements afin de les conforter… Vincent Peillon a depuis annoncé des mesures d’urgence et des créations de postes.

Votre avis sur le débat des rythmes scolaires qui provoque beaucoup de remous ?

Raccourcir les vacances, c’est nécessaire. Nous sommes l’un des pays d’Europe ayant le plus de vacances, et avec les journées de classe les plus longues. Il faut donc trouver des solutions mais en discutant avec l’ensemble des acteurs concernés. Il faut que chacun puisse sentir que son opinion est prise en considération. Ce type de réforme ne se décrète pas.

Parlons maintenant de Toulouse. Un récent sondage donne un écart conséquent entre Pierre Cohen (57%) et Jean-Luc Moudenc (43%). Surprise ?

Je regarde souvent les sondages avec recul et distance, mais celui-ci a tout de même une signification. Pierre Cohen est un bon maire, et son équipe est efficace. Ils ont engagé de grands travaux dans la ville, et au début je rencontrais beaucoup de Toulousains qui protestaient. Puis, peu à peu, ils ont intégré la finalité de tous ces chantiers, et que notamment le tramway allait désenclaver. Il y a d’ailleurs un travail formidable mené à cet effet par les médiateurs de la SMAT (société de la mobilité de l’agglomération toulousaine) Et puis regardez ce qui se passe rue Alsace-Lorraine, ou aux alentours de la place du Capitole. Il y a un monde fou ! Les Toulousains se réapproprient l’espace public.

Malgré vous, vous êtes en ce moment au cœur de l’actualité politique toulousaine, puisque suite à la démission de Nicole Belloubet du conseil municipal (elle vient d’être nommée au Conseil Constitutionnel), vous devez faire un choix entre votre mandat de conseillère générale et celui d’élue municipale. Où en êtes-vous de votre réflexion ?

Je salue avant tout la nomination de Nicole Belloubet au Conseil Constitutionnel. Elle la mérite pleinement. En ce qui me concerne, je sais ma décision attendue, mais je n’ai encore rien arrêté. C’est mon deuxième mandat au Conseil Général, et c’est un engagement intéressant qui touche à la politique sociale ; j’y suis donc attachée, y compris affectivement car je connais Pierre Izard depuis toute petite. Mais j’hésite vraiment car la Mairie serait pour moi un nouveau challenge. Participer à une action quotidienne auprès de Toulousains me séduit plutôt, et conforter une majorité municipale est politiquement utile. Je suis donc honnêtement partagée, mais quelque soit ma décision, elle ne sera pas une trahison du passé. Entre l’affect et le politique, mon cœur balance. Je regrette presque d’avoir ce choix à faire.

En avez-vous parlé avec les deux Pierre (Cohen et Izard) ?

Pas encore directement… Le moment venu, ce sera fait. Mais ils savent tous les deux, que quel que soit le choix, ce ne sera pas une trahison.

 

Thomas Simonian



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