Débat Sécurité : Marie-Pierre Chaumette et Sonia Guillemet, deux visions

C’était leur première rencontre. Invitées à la rédaction de votre hebdo, Marie-Pierre Chaumette (présidente départementale du Mouvement pour la France et conseillère régionale) et Sonia Guillemet (présidente du cercle toulousain « Populaire » du Parti Radical de Gauche) ont échangé leurs points de vue sur le dossier de la sécurité. Pour la première, professeur de français à la retraite qui se prépare à être colistière de Jean-Luc Moudenc, il « faut remettre de l’ordre à Toulouse ». Pour la seconde, médiatrice dans le quartier Amouroux et candidate en interne au PRG pour figurer sur la liste Cohen, il faut favoriser le lien social. Un face-à-face rugueux sur le fond, qui aura pourtant occasionné certains moments d’émotion entre les deux femmes.

La sécurité sera-t-il selon vous un thème majeur de la future campagne municipale ?

Sonia Guillemet : Clairement oui, car c’est un dossier qui englobe de nombreuses réalités… Ce n’est pas seulement protéger les gens, c’est aussi réfléchir au vivre ensemble, à la vie dans les quartiers, à l’éducation etc.

Marie-Pierre Chaumette : C’est une urgence ! Si j’étais aux manettes, cela serait même le budget prioritaire. Je veux bien que l’on parle circulation ou réhabilitation du centre-ville, mais pour les habitants de cette ville, la sécurité est devenue primordiale.

SG : Il y a, il est vrai, ce sentiment d’être agressé sous diverses formes

MPC : Ce n’est pas un sentiment… Nous sommes agressés ! Qui ne connaît pas un membre de sa famille, un ami ou un commerçant qui n’a pas subi une agression ?

SG : Il ne faut pas généraliser car certes des agressions ont lieu, mais il y a pour beaucoup un sentiment de se sentir en danger. Ce n’est pas forcément la réalité. En attaquant sur ce thème, vous faites peur aux Toulousains, vous appuyez sur des maux de la société.

« Vous faites peur aux Toulousains » (Sonia Guillemet)

La situation est-elle grave à Toulouse ?

MPC : Elle est plus que grave. Il y avait jusqu’à présent des endroits de la ville où était localisée l’insécurité. Aujourd’hui aucun quartier n’est épargné, la violence est diffuse. Si cette réalité perdure nous aurons des dérapages comme cela vient d’être le cas à Nice. Les gens vont commencer à se défendre.

SG : Je ne dirais pas que la situation est grave, car nous ne sommes tout de même pas à Marseille. Il faut à mon sens prendre du recul sur ce qui se passe, être aux aguets et faire un travail de fond. C’est justement notre rôle d’éviter de connaître le même contexte qu’à Nice ou Marseille. Les quartiers et les cités ne se côtoient pas assez, et elle est là la vraie piste de travail.

Répression ou prévention… N’est-ce pas ce qui vous sépare ?

SG : Il n’y a pas à choisir, ce sont les deux ensemble.

MPC : Nous ne souhaitons pas une société policière et uniquement répressive, mais nous ne pouvons plus tolérer ce qui se passe sous nos yeux. Souhaitez-vous continuer à voir des policiers se faire caillasser ou des profs se faire insulter ? Rien ne va plus.

SG : Attention, les agressions se font dans les deux sens. Il y a aussi des policiers qui agressent les jeunes… Nous sommes dans de la surenchère.

MPC : Peut-être mais je suis pour la tolérance zéro. Quand ça se passe mal, il faut des sanctions immédiates.

La dépénalisation de la drogue… Une solution ?

SG : Je pense que oui car cette mesure mettrait en difficulté certains réseaux. D’autant qu’il ne faut pas oublier que sans clients, il n’y aurait pas de vente. Allez-vous arrêter également les clients ?

MPC : Il ne faut pas dépénaliser car la drogue est un vrai fléau qu’il faut éradiquer. On n’en parle plus, il y a même une hypocrisie sur le sujet…

« Votre discours reste angéliste » (Marie-Pierre Chaumette)

Les deux candidats que vous soutenez l’une et l’autre, Pierre Cohen et Jean-Luc Moudenc, ont des opinions contradictoires sur la vidéosurveillance. Quel est votre point de vue ?

MPC : Avec mes amis de « Debout la république », nous militons pour la généralisation de la vidéosurveillance. Nous proposons l’installation de 500 caméras pour 5 millions d’euros ; c’est le coût du square de Gaulle. Il faut surveiller sans fliquer, protéger les Toulousains.

SG : Regardez Marie-Pierre ce qui s’est passé à Londres. Ils ont généralisé la vidéosurveillance et cela n’a rien résolu pour autant.

MPC : D’accord, la vidéosurveillance ne résout pas tout mais elle aide à la résolution d’affaires et reste dissuasive vis-à-vis des délinquants.

SG : Je comprends votre réaction, mais les caméras ne changeront rien. Il faut investir sur les éducateurs et sur le vivre ensemble. Il faut créer de la vie dans les quartiers et ne pas rajouter de la peur à la peur.

MPC : Votre discours reste angéliste. Il faut sanctionner et agir maintenant !

SG : Ne croyez surtout pas que la prison va également résoudre tous les maux actuels…

Le dossier des Roms a été mis en avant par le ministre de l’intérieur, Manuel Valls. Est-il une réalité à Toulouse ?

MPC : A Toulouse comme dans toutes les grandes villes, c’est un sujet récurrent. Ces populations nomades sont difficiles à juguler avec les frontières désormais ouvertes en Europe… Et Manuel Valls se heurte déjà à l’idéologie de gauche habituelle qui accuse de jeter l’anathème sur telle ou telle population. C’est exaspérant.

SG : Il ne faut pas stigmatiser une population et dresser les uns contre les autres, cela ne résoudra pas le problème. La France doit pouvoir rester un pays ouvert. Ceci étant dit, je ne nie pas qu’il faille trouver des solutions…

Propos recueillis par Thomas Simonian

 

 

 



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