L’UMP 31 craint le court-circuit

L’UMP vient de connaître les heures les plus sombres de sa courte histoire (le parti fut créé en 2002 avec le tandem Juppé/Douste-Blazy à sa tête), avec une élection à la hussarde du «décomplexé» Jean-François Copé (50,03%) pour en prendre le leadership. Fillonnistes et Copéistes  auront donc passé près de 48 heures non-stop à s’invectiver, voire plus, devant caméras et micros de l’ensemble des médias : «Nous avions une chance sur un million d’avoir un tel résultat. C’est hallucinant de finir avec un match nul» commente Xavier Spanghero, n°1 des Jeunes Actifs 31. Si la foudre a frappé violemment le siège national de l’UMP, la fédération de Haute-Garonne n’a pas échappé non plus au désordre provoqué par ce scrutin interne. Un paradoxe d’ailleurs au vu du vrai succès militant rencontré par ce nouvel exercice démocratique initié par l’UMP (57% de participation dans le département) : «Les adhérents ont parfois attendu près d’une heure pour voter» précise Laurence Arribagé, secrétaire départementale. Alors que la victoire de Jean-François Copé ne peut être contestée en terres toulousaines (62,21%), c’est dimanche en milieu de soirée que les esprits se sont échauffés, lorsque sur les chaînes d’info continue, les proches de François Fillon, Jérôme Chartier et Valérie Pécresse en tête de gondole, ont commencé à introduire des soupçons de fraude en Haute-Garonne (en réalité 21 voix en trop en comparaison avec le nombre d’inscrits sur la liste d’émargement.) Propos forcément intervenus suite à des remontées terrain des représentants  locaux de François Fillon : «Cela peut être dû à l’affluence record ou à des procurations non signées, mais il n’y a eu clairement aucune fraude.
D’ailleurs pendant le dépouillement, il n’y a pas eu d’éclats de voix, et tout s’est fait sous le contrôle de Sacha Briand et de Vincent Novès (responsables  de la campagne haut-garonnaise de François Fillon)» assure Laurence Arribagé, également offensive face à ces attaques, «ils ont signé les registres sans émettre de réserves. Chacun doit maintenant prendre ses responsabilités !» Antoine Laviale, coordinateur régional du courant de la «Droite populaire» confirme : «Je ne vois pas comment on peut suspecter la fédé de fraude.» De son côté, Sacha Briand, qui a eu des échanges vigoureux avec  certains cadres du parti (on pense à Xavier Spanghero et à Guillaume Brouquières, responsable des Jeunes Populaires, tous deux soutiens de Jean-François Copé), attaque lui-aussi : «Ce sont des excités qui m’imputent des propos que je n’ai jamais tenus. Mais bon, il va falloir savoir dépasser les tensions. Je ne leur en tiens pas rigueur…» Ambiance donc au siège local de l’UMP avec un Xavier Spanghero qui ne compte pas se laisser faire : «Sacha n’a pas supporté qu’on le batte. Il était dans son fantasme, il est redescendu sur terre. Il ne nous a pas craints car nous n’avions pas de mandats, et pourtant…

Jean-Luc Moudenc a tenté de calmer le jeu

Il donne des leçons mais n’a jamais gagné une élection sur son nom.» Selon nos informations,  Jean-Luc Moudenc  a tenté de calmer le jeu en demandant aux protagonistes de signer ensemble un communiqué à la sortie du scrutin. En vain. Pourtant, le président départemental de l’UMP, désormais ici seul député d’opposition, le sait. Pour atteindre son graal, celui de 2014 appelé Capitole, il lui faudra rassembler tout son monde, toutes tendances confondues… Et bien plus encore. Jean-Luc Moudenc avait décidé (par stratégie politique même s’il s’en défend en faisant référence au passé récent douloureux de sa fédération) de ne pas se positionner pour l’un ou l’autre candidat pour la présidence du parti. Mais aujourd’hui il va devoir ajuster son positionnement à venir en  fonction de l’élection de Jean-François Copé, mais aussi de la victoire obtenue  par la motion de «La Droite forte» du tandem médiatique Guillaume Peltier-Geoffroy Didier. L’UMP s’est clairement droitisée idéologiquement, tant nationalement que localement. Le jeu du grand-écart va donc commencer pour l’ancien maire, qui va devoir satisfaire à la fois une base militante droitière, et une sociologie toulousaine plutôt «bobo» et tempérée. Dur, dur… A moins qu’à l’approche de l’échéance municipale, il ne décide de laisser la présidence départementale afin de s’émanciper de l’image nationale de son parti : «Les militants ont montré que la droite était enfin décomplexée. Nous sommes une droite qui s’affirme» nous dit d’ailleurs Antoine Laviale. Un scénario donc plausible sachant que pour devenir président, il faut être membre du comité départemental. Les élus régionaux Elisabeth Pouchelon, Sacha Briand, Laurence Arribagé et… le sénateur Alain Chatillon, répondent à ce profil. Affaire à suivre. Du côté de l’UDI (union des démocrates indépendants), et même si on ne le dit pas très haut, on se réjouit de l’actualité de l’UMP : «Ce méli-mélo renforce l’UDI, mais attention, il renforce également le Front National. Nous ne sommes pas là pour faire du racolage, mais nous sommes ouverts à tous ceux qui sont déçus de ce spectacle» nous dit Raphaël Quessada, l’un des porte-parole toulousains du mouvement de Jean-Louis Borloo. Dans un communiqué, le patron départemental de l’UDI, l’avocat Jean Iglesis, enfonce le clou : «Nous voulons devenir la première force politique territoriale.» A gauche, on décide de ne pas trop en rajouter et de ne pas accabler, l’histoire ayant aussi ces cicatrices de l’autre côté de l’échiquier politique. Mais on souligne aussi la fracture : «C’est aussi ça la vie d’un parti, mais cela donne une mauvaise image de la politique. Manifestement les deux candidats finissent à égalité, ce qui traduit deux mouvements de pensée à l’UMP. L’un plus autoritariste et probablement plus droitier incarné par Copé, l’autre plus traditionnel, plus conservateur mais plus humaniste incarné par Fillon. Vous savez la démocratie fonctionne, mais elle est parfois écorchée à certains endroits…» nous confie Jean-Pierre Plancade, sénateur PRG et ancien membre du PS. L’analyse est toute autre chez Xavier Spanghero : «La Haute-Garonne a plébiscité le gagnant. C’est une cohérence avec la ligne nationale et cela présage d’un beau travail pour les municipales.» Une certitude : A Paris, la droite doute… A Toulouse, elle se cherche.

Thomas Simonian



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