Ludovic Vigogne / Municipales : «La ligne Copé rend quasi impossibles les conquêtes»

Son visage ne vous est pas inconnu. Le chef du service politique de «Paris Match» (passé par «L’Express») est souvent sur les plateaux télé pour analyser et décrypter la vie politique française. Il nous a accordé un entretien pour y voir plus clair sur l’actualité mouvementée de l’UMP, mais aussi pour donner son point de vue sur la droite toulousaine. Interview avec un Ludovic Vigogne qui voit désormais clairement plusieurs droites dans notre pays.

Nous avons pu voir mardi dernier deux groupes UMP à l’Assemblée nationale. Cet événement va-t-il rester comme un marqueur dans l’histoire de ce parti ?

Si cette situation perdure, il s’agira en effet d’un vrai marqueur. Il était assez étonnant de voir des photos de la conférence des présidents de mardi dernier avec côte à côte Jean-Louis Borloo, François Fillon et Christian Jacob. Trois responsables politiques de premier plan qui étaient, il y a deux ans encore, dans la même famille politique. Il sera d’ailleurs intéressant de regarder comment les deux groupes UMP vont se différencier dans leur opposition au gouvernement. On sait bien que la ligne Copé-Jacob sera dans l’opposition systématique, alors que la ligne Fillon sera sans doute plus subtile.

Pour beaucoup d’observateurs nous sommes là dans une guerre entre deux hommes, mais pas dans un clivage idéologique interne à l’UMP. Cela ne semble pas être votre analyse ?

Je n’ai jamais pensé qu’il s’agissait uniquement d’une confrontation d’égos. Je n’étais pas sur la ligne, notamment de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui nous disait qu’il s’agissait seulement de trancher entre deux styles. Il y a aussi une vraie différence de fond. La droite décomplexée de Copé s’oppose clairement à la vision plus classique proposée par Fillon. Ils ne mettent pas en avant les mêmes sujets.

Vous qui êtes un fin connaisseur de Nicolas Sarkozy (voir ci-dessous après interview), ne peut-on pas constater une baisse de son influence suite à cet épisode ?

Il est clair que la première fois qu’il a tapé du poing sur la table durant cette crise, les deux belligérants n’en ont pas tenu compte. Et le premier surpris en a été Nicolas Sarkozy lui-même. Aujourd’hui Jean-François Copé et François Fillon considèrent avoir un rapport différent à l’ancien président, qu’ils ne l’avaient avant mai 2012.

L’UMP de 2002, lancée par le RPR Alain Juppé et le centriste Philippe Douste-Blazy, est-elle morte ?

Oui et cela ne date pas de cette guerre interne, mais du départ des centristes et de Jean-Louis Borloo. Avec l’UDI à côté, l’UMP n’est de toute façon plus la même. On peut également observer que l’UMP est bien plus à droite que l’on pouvait l’imaginer. Dans les meetings de Jean-François Copé, les moments où il était le plus applaudi, étaient ceux où il avait un discours très dur sur l’immigration.

 

«Y a-t-il eu à Toulouse un piège tendu à François Fillon ?»

Vous étiez au meeting de François Fillon à Toulouse. Que vous a-t-il inspiré ?

Ce qui m’a vraiment surpris, c’est le nombre de chaises vides. Quand dans un meeting avec un tel enjeu, il y a autant de chaises vides, je me pose toujours beaucoup de questions… Comment des organisateurs peuvent-ils se planter à ce point-là ? Y a-t-il eu à Toulouse un piège tendu à François Fillon ? A-t-on choisi une salle surdimensionnée pour donner une impression de vide et ainsi diffuser des images dures, et donc favorables à Jean-François Copé ? Ou y a-t-il eu tout simplement un manque de professionnalisme de l’équipe Fillon ? Chacun a ses éléments de réponse.

Quel regard portez-vous d’ailleurs sur la droite toulousaine ?

Elle est très malade, à l’instar de l’embarras connu dans beaucoup de grandes villes par la droite française, et il est évident que la ligne Copé ne permettra pas des reconquêtes là où les bobos sont très présents, et constituent une part importante du corps électoral. C’est pour cela que Jean-Luc Moudenc fait très attention à ne pas être assimilé complètement à cette ligne-là… C’est intéressant car cela illustre les limites d’une ligne politique qui peut être très efficace pour des campagnes dans le péri-urbain, mais qui est très compliquée pour les grandes agglomérations. C’est une ligne qui rend quasi impossible les conquêtes. On peut aussi l’analyser à Paris ou à Lyon, et on verra peut-être que des villes comme Marseille ou Aix-en-Provence peuvent être perdues par la droite. L’UMP de Copé ne correspond pas à la sociologie de ces villes, et de Toulouse au premier chef.

 

Thomas Simonian

Sur Sarko

Ludovic Vigogne est un des meilleurs spécialistes de Nicolas Sarkozy. Il vient de publier avec Eric Mandonnet (sur la photo en second plan) un brillant essai («Ca m’emmerde, ce truc» – ed. Grasset) sur l’entre-deux tours de l’élection présidentielle.



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