Lidwine Kempf « On centralise trop de choses sur la métropole toulousaine »

Voici une femme clairement engagée. Jeune ingénieur chez Airbus, elle assume pleinement y être également déléguée du personnel. L’occitan aussi étrange que cela puisse paraître n’était pas une affaire de famille pour Lidwine Kempf : « Mon père était Alsacien, et ne m’a jamais appris cette langue. Ce fut un regret. Quand j’ai commencé à apprendre l’occitan, mes parents n’ont d’ailleurs pas forcément compris la démarche… Mais pour moi la découverte de cette langue et de cette culture, cela a été comme découvrir un trésor dans son jardin. » Aujourd’hui, Lidwine Kempf est un vrai porte-drapeau rompu aux combats électoraux. Elle est passée par les cases cantonales et législatives, et s’apprête à être dans les premières places de la liste municipale menée par Antoine Maurice et Michèle Bleuse (EELV).

Nous connaissions le Partit Occitan, mais pourquoi avoir créé le mouvement « Bastir ! » ?

Nous souhaitions élargir notre base, en permettant d’intégrer des gens qui ne veulent pas prendre de carte politique, mais qui veulent agir. « Bastir ! » n’est donc pas un mouvement politique, mais bien un rassemblement de citoyens.

Toulouse fait-elle assez pour la langue occitane ?

Même s’il y a eu des avancées notables, je ne le pense pas… Les occitanistes manquent notamment d’événements culturels et de spectacles. C’est d’ailleurs bien pour tout cela que nous nous présentons à des élections ; pour que les mentalités évoluent.

Justement pourquoi cette candidature aux municipales ?

Nous avons la volonté d’être présents sur cette échéance depuis de longs mois. Nous avions par exemple lancé un manifeste occitaniste qui avait reçu un accueil positif avec plus de 800 signataires, et qui a été le socle sur lequel nous avons pu créer « Bastir ! » Le succès est tel que nous avons environ 150 candidats sur toute l’Occitanie pour ces élections municipales.

… Et sur Toulouse ?

Nous avions une soixantaine de personnes identifiées qui voulaient s’engager sur cette campagne, mais qui ne souhaitaient pas pour autant forcément monter une liste. La logique de partenariat s’est donc vite imposée…

« EELV est un partenaire historique pour le Partit Occitan » 

D’où le partenariat avec EELV ?

Oui d’autant qu’EELV est un partenaire historique pour le Partit Occitan ; on a pu le constater sur les dernières régionales, cantonales et même législatives. Nous sommes issus des mêmes sources, nous avons clairement des valeurs et des idées communes, que ce soient sur la place des langues régionales, sur les problématiques de l’énergie ou des transports.

Justement sur cette dernière thématique, quel est votre point de vue sur le projet LGV ?

C’est un projet pharaonique, trop sans doute. Cet argent devrait plutôt être priorisé sur les transports du quotidien… Regardez les bouchons que nous connaissons à Toulouse, elle est là la priorité. Rendons notamment nos transports en commun plus efficaces.

Soutenez-vous la logique d’autonomie vis-à-vis de Pierre Cohen choisie par votre partenaire EELV ?

Nous sommes partenaires, et donc respectueux du choix qui a été fait par les militants d’EELV. Ils sont les moteurs de la liste, et nous les suivons dans cette voie.

Mais vous, quelle est votre analyse ?

Je pense que les militants toulousains d’EELV se sont positionnés dans un contexte national de défiance vis-à-vis du gouvernement, et avec des relations tendues qui existent encore avec le maire sortant. D’un point de vue strictement personnel, sur le plan national je pense qu’il vaut mieux qu’EELV prenne part au gouvernement. Même si les ministres Verts ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent et qu’ils avalent souvent des couleuvres, ils imposent tout de même un rapport de force. Ils pèsent. Sur Toulouse, j’ai du mal à savoir quelle est la meilleure option… Partir en autonomie ou avec Pierre Cohen ? De quelle manière aurons-nous le plus d’élus ? Je n’ai pas forcément toutes les réponses. Je ne veux de toute façon pas influencer les orientations politiques d’EELV, car nous les soutenons pleinement. Leur projet pour Toulouse nous convient, et nous sommes là pour apporter cette touche occitaniste.

N’avez-vous pas cherché à échanger et à négocier avec Pierre Cohen ?

Nous avons en effet rencontré son entourage mais rien n’en est ressorti concrètement. Nous n’avons pas eu les retours attendus, et de toute façon, il y a une telle relation de confiance avec nos amis écologistes…

Quel est votre objectif électoral ?

Etre le plus haut possible au soir du premier tour, et ainsi établir un rapport de force satisfaisant pour pouvoir faire liste commune avec Pierre Cohen au second tour. Il faut savoir être réaliste et pragmatique.

Votre bilan des années Cohen ?

Il y a vraiment eu de bonnes avancées telles le tramway… Même s’il reste beaucoup à faire en termes de transports. La preuve : les embouteillages continuent. Je pense qu’il faut donc repenser l’organisation territoriale, et qu’il faut de la décentralisation. On centralise trop de choses sur la métropole toulousaine, en oubliant beaucoup le monde rural. La métropole est de nouveau un exemple de centralisation à la française. Si toute la vie économique continue à se résumer à Toulouse, il n’y aura vite plus rien autour. Il est dommage de vider nos campagnes ! Relocalisons notre économie.

Propos recueillis par Thomas Simonian



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