L’Histoire explique les résultats de dimanche

Il est l’historien du PS toulousain, la référence. Auteur de plusieurs ouvrages, dont le dernier publié est «La Gauche à Toulouse» (éditions Empreintes), Jean-Claude Duphil est venu à la rédaction du JT pour analyser ce second tour des élections législatives. Du national au local, pour lui rien n’est «figé»… Car la crise est là !

Parlons du national. Les Français ont donné une large majorité parlementaire à François Hollande. Quelle est votre analyse ?

L’élection présidentielle détermine très largement le scrutin législatif. C’est le cas depuis les débuts de la 5e République. Les Français sont logiques, ils veulent donner à leur nouveau président les moyens de gouverner.

Le PS a d’ailleurs réussi à obtenir une majorité absolue sans ses alliés de gauche…

Certes, mais je pense que les partis de gauche ont intérêt à œuvrer d’une manière coordonnée. Cela ne sera pas toujours possible, mais il ne faudra pas que le PS veuille passer «en force» d’une manière systématique. Ce serait une erreur, car François Hollande a recueilli 30% des suffrages au premier tour de la Présidentielle, et on ne gouverne pas longuement un pays sur ce socle-là. Il faut donc avoir une approche assez large.

La défaite de Ségolène Royal à La Rochelle est-elle anecdotique ?

Non, car cela peut jouer un rôle dans l’avenir. Rien ne dit que si la situation nationale et européenne ne s’améliore pas, cette affaire de «tweet» ne soit de nouveau utilisée pour déstabiliser François Hollande. Rappelons-nous que Nicolas Sarkozy a gouverné cinq ans avec l’image du «Fouquet’s».

Revenons en Haute-Garonne. Le PS détient depuis dimanche dernier, 9 circonscriptions sur 10 (contre 8 sur 8 précédemment). Comment expliquer qu’il n’ait pas obtenu le fameux «grand chelem» ?

Il y a cette élection de Jean-Luc Moudenc sur la troisième circonscription… Quand on analyse les résultats sur cette circonscription, il y a tout de même des choses étonnantes. Tout s’est joué sur le canton de Mr Fillola ! A Balma, Nicolas Sarkozy avait 120 voix d’avance au second tour de l’élection présidentielle, et là Moudenc a obtenu 400 voix d’avance. Que s’est-il passé ?

N’y a-t-il pas eu une erreur de casting en plaçant François Simon, écologiste, sur cette circonscription ?

On en pense ce que l’on veut mais il y a eu un accord national entre le PS et Europe Ecologie Les Verts sur 60 circonscriptions. Auraient-ils dû faire appliquer cet accord sur une autre circonscription ? Oui certainement. Mais il y avait des députés sortants, et la candidature de Kader Arif… C’était donc difficile, mais il est vrai qu’Alain Fillola investi, il serait sans doute aujourd’hui député. Objectivement, il y a eu un mauvais report des voix en faveur de François Simon. Sur la partie toulousaine, François Hollande avait eu une avance d’environ 2400 voix. Là Jean-Luc Moudenc arrive avec 200 voix d’avance… Certes, il y a eu moins de votants, mais il s’est réellement passé quelque chose sur ce scrutin.

Il n’en demeure pas moins que sur les autres circonscriptions le PS reste souverain ?

C’est la première fois dans ce département, sous la 5e République, que des candidats socialistes passent la barre des 60/65 %. Les deux tiers des électeurs se sont tournés vers les candidats socialistes, c’est un chiffre étonnant. Je pense qu’il y a eu une démobilisation de l’électorat de droite qui commence à se décourager en Haute-Garonne. On se demande presque jusqu’où peut monter la gauche ?  Elle progresse sans arrêt et possède la quasi-totalité des mandats locaux. Mais cette assise n’est pas récente. Le département est socialiste depuis la Libération, et la région depuis 1998 avec l’élection de Martin Malvy. Il sera difficile de monter plus haut ! Ou alors cela voudrait signifier que nous aurions des scores à la soviétique….

Vous invitez donc les socialistes locaux à la prudence à partir d’aujourd’hui ?

Absolument car si la crise ne se résout pas, l’opinion saura de nouveau favoriser l’alternance. Un retournement en 2014 est envisageable. Les socialistes n’ont pas gagné pour toujours. Rien n’est éternel en démocratie. François Hollande a l’obligation de réussir.

Toulouse, l’opposante au pouvoir central

Qu’est-ce qui explique l’ancrage de Toulouse à gauche ?

Les Toulousains, même s’ils sont nouveaux dans la ville, épousent l’histoire, les valeurs et les habitudes locales. Il y a ici une opposition presque systématique, bien ancrée, vis-à-vis de tout pouvoir central. Or, la droite a exercé ce pouvoir-là très longtemps. Nous avons là le terreau de la situation politique toulousaine. Cette ville est «rebelle» ! Mais donc attention, car quand le pouvoir central est à gauche, Toulouse sait aussi se rebeller contre. Cette posture peut aller dans les deux sens.

Le Capitole est-il acquis au PS en vue de 2014 ?

Pierre Cohen va devoir s’imposer pour sauvegarder sa mairie. Il va falloir que les réalisations en cours soient validées et appréciées par la population. Ce mandat-là doit apparaître comme celui de la réussite. Et ce challenge n’est pas encore gagné, la droite peut revenir en situation, notamment du fait du contexte national. Mais Jean-Luc Moudenc doit réfléchir au fait que Pierre Cohen ait l’image du défenseur de l’avenir de la métropole. En tant qu’ancien maire de Ramonville, il se veut défenseur de l’agglo… Les Toulousains ne sont plus uniquement tournés que vers leur ville.

Propos recueillis par Thomas Simonian



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