«L’Europe est une chance, pas un handicap»

Christine de Veyrac siège au Parlement de Bruxelles en particulier à la commission des transports. En tant que député européen, elle décrit sa vision de l’Europe et de son rôle pour sortir de la crise mais l’ancien président de l’UMP31 évoque aussi la campagne présidentielle française qui s’annonce.

Christine de Veyrac, comment aujourd’hui le parlement Européen voit-il et analyse-t-il la crise actuelle ?

Comme vous avez pu le lire dans les médias, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel, le couple franco-allemand a travaillé très dur pour faire des propositions unanimement acceptées, afin d’apaiser la crise. En Europe, les décisions sont toujours lentes et difficiles à prendre car il faut trouver un consensus, le vote à l’unanimité est à ce prix. Mais je voudrais redire ici que, n’en déplaise à certains, l’euro n’est pas responsable de la crise actuelle. C’est une monnaie solide qui est encore aujourd’hui aux alentours de 1.30 dollars. D’ailleurs aucun des Etats concernés ne songe sérieusement à sortir de l’Euro. Ce serait une folie pour le pouvoir d’achat, tous les économistes le disent. Cette crise est celle des déficits publics. La plupart des pays font en sorte de corriger le tir. Ce ne sera pas simple mais beaucoup y arriveront. Mais l’Europe doit aussi montrer l’exemple : je n’ai pas voté le budget (initial) 2012 de l’Union car je le trouvais trop dépensier avec une augmentation des dépenses entre 4 et 6% !

«Nicolas Sarkozy protège les Français»

Vous êtes une élue du sud ouest de la France. Quel est votre regard sur notre pays face à cette crise ?

La réalité, c’est que, hormis l’Allemagne, la France s’en sort beaucoup mieux que les autres pays. Cela est facile à vérifier concrètement : aucun fonctionnaire en France n’a vu son salaire diminué alors que c’est le cas en Espagne, aucun retraité n’a vu sa retraite amputée alors que c’est le cas en Grèce, aucun chômeur n’a vu ses allocations diminuer comme c’est le cas en Irlande. Les autres pays ont pris des mesures drastiques qui obligent les habitants à des sacrifices très importants. Jusqu’à aujourd’hui la France s’est beaucoup mieux comportée, même face au chômage qui est l’un des problèmes majeurs de tous les pays. Notre pays a vu son taux augmenter mais beaucoup moins vite que l’Espagne, l’Irlande, ou l’Italie ! Ce n’est pas une consolation mais seulement une analyse qui montre que la politique Française menée jusqu’à ce jour, apporte des résultats. La politique de Nicolas Sarkozy protège les Français. Je ne pourrais pas en dire autant si les socialistes arrivaient au pouvoir.

Vous avez cité le couple franco-allemand. Est-il aussi solide que l’on veut bien nous le dire ?

Oui je l’affirme : Les relations entre la France et l’Allemagne ont fait l’Europe. Tous nos présidents depuis le Général de Gaulle ont entretenu des relations positives avec les Allemands. Il y a bien eu quelques froids mais ils n’ont jamais été très longs et la volonté d’avancer a toujours été la plus forte. On peut citer par exemple le couple Giscard/Schmidt, restés amis même après leurs années passées en politique. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel travaillent ardemment à la sortie de crise, leurs propositions ont été acceptées par l’ensemble des Etats, excepté le Royaume-Uni. C’était vital pour que l’Europe puisse continuer à être reconnue dans le monde. On lit aussi beaucoup de choses contre la BCE… mais on oublie qu’elle rachète discrètement de la dette des pays en difficulté, et qu’elle prête de l’argent aux banques pour se refinancer à des conditions extrêmement préférentielles… Ses actions pour conserver l’euro sont bénéfiques, même si l’on veut nous faire croire le contraire. Encore une fois, essayez d’imaginer ce que serait l’Europe sans l’Euro. Avec un Mark allemand aussi fort que par le passé, la domination allemande serait encore plus forte qu’aujourd’hui ! C’est à ce titre que l’Europe est aussi une chance et non un handicap. De nombreux commentateurs français prennent l’Allemagne en exemple, ils ont raison puisque ce pays réussit ! Mais la France  a aussi de très nombreux atouts qui pourraient se développer. L’Allemagne exporte beaucoup. En France nous avons le savoir-faire mais pour vendre, nous avons aussi le coût de main d’œuvre le plus élevé. C’est un véritable handicap. Il faut baisser les charges sur le travail ! Et non pas faire comme la gauche, les alourdir !

Limiter ou arrêter l’entrée de nouveaux pays

Que pensez-vous de la position anglaise et de leur dette abyssale mais rarement citée par les agences de notation ?

Je n’attache pas un grand intérêt aux agences de notation. D’ailleurs nous avons bien vu qu’elles n’étaient pas d’accord il y a une semaine. J’étais aux Etats-Unis lorsque la note américaine a été dégradée par Standard and Poor’s. Les réactions y ont été bien moins tonitruantes et nous l’avons vu, il ne s’est rien passé. En France, l’opposition a sauté sur l’occasion pour critiquer la politique du gouvernement, puis quand une autre agence a maintenu sa note, personne n’a repris l’information. Concrètement, depuis la perte du triple A, les taux d’intérêt auxquels la France emprunte n’ont pas varié d’un iota : ils sont exceptionnellement bas, à un peu plus de 3% ! Quant au Royaume-Uni, il n’est pas dans la zone Euro, ce qui explique qu’il ne soit pas concerné par la spéculation contre notre monnaie commune. Par contre, les marchés continuent à lui accorder une confiance car son marché du travail est flexible, et qu’il a pris des mesures, certes impopulaires, pour réduire le déficit, comme l’augmentation des droits d’inscription à l’université, ou la hausse de la TVA.

Dans votre lettre mensuelle, vous affirmez que certains changements sont indispensables. Lesquels ?

Aujourd’hui les votes au Conseil de l’Union Européenne se font à l’unanimité,  ce qui peut bloquer certaines décisions. Passer aux votes à la majorité qualifiée serait peut-être une bonne chose, mais difficile à faire accepter. Notre pays, comme les autres, est-il prêt à se faire imposer telle ou telle chose parce que la majorité l’a voté ? Je n’en suis pas certaine. Posez la question aux agriculteurs : seraient-ils disposés à se faire imposer la suppression de la PAC (ce qui arriverait inéluctablement avec la majorité qualifiée) Même chose pour l’entrée de la Turquie : les pays qui y sont opposés ne seraient pas d’accord qu’une majorité l’impose. Ce changement donc peut devenir nécessaire du fait de la folie de l’élargissement sans limites, mais est-ce bon pour notre pays ? Je ne le crois pas, je serais plutôt pour limiter ou arrêter l’entrée de nouveaux pays. De plus les consensus qui sont trouvés pour voter au parlement Européen n’ont rien à voir avec les clivages que l’on connaît en France. Nous avons une gauche très dirigiste, mais en Europe elle a beaucoup de mal à exister car de nombreux pays ont des socialistes qui sont au moins autant libéraux que les démocrates américains. C’est une différence énorme et les socialistes français campent sur des positions du 20ème siècle, indéfendables par les socialistes d’autres pays. D’ailleurs Catherine Trautmann qui a voulu se faire élire présidente du groupe socialiste au parlement européen, s’est faite largement battre.

Des propositions archaïques et dirigistes

Quelques mots sur la campagne électorale qui s’annonce en France…

Je pense que les présidentielles sont l’échéance majeure qui doit mobiliser chaque membre de l’UMP. Je suis certaine que Nicolas Sarkozy se représentera même si quelques commentateurs voudraient nous faire croire qu’il hésite. Aujourd’hui, il est président et fait ce qu’il croit bon pour la France. Je note au passage que beaucoup se préoccupent plus de leur cote dans les sondages que de leur pays. Lui, travaille et fait en sorte que le plus loin possible la France soit gouvernée. Il n’est donc pas entré en campagne et les sondages d’aujourd’hui ne veulent rien dire. Tout le monde sait son courage et son fort potentiel en campagne électorale. Le jour où les choses vont véritablement commencer, nous verrons !

Et du côté de l’opposition socialiste ?

Rien ne change avec le PS et François Hollande : des dépenses, des impôts, une classe moyenne matraquée avec la remise en cause des allocations familiales, et des propositions comme le retour sur la liberté des prix immobiliers, totalement archaïques et dirigistes, qui ont tout le temps échoué par le passé…

Avez-vous vous-même des ambitions pour les législatives…

Non et je ne comprends pas que ce bruit se soit répandu. Jamais je n’ai manifesté de demande d’investiture pour cette élection. Comme je vous l’ai dit, la seule motivation aujourd’hui doit être de se battre pour les présidentielles. C’est la position que j’ai adoptée pour moi, comme elle devrait être celle de tout membre de l’UMP.

Propos recueillis par Patrick Crasnier



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