[Lettre ouverte] Xavier Bigot écrit à Laurent Fabius

XAVIER BIGOT

Xavier Bigot est avant tout militant écologiste. Ce Toulousain est membre d’Europe Écologie Les Verts (EELV) et co-porte-parole de Casa Nova Toulouse Métropole, groupe de réflexion et d’action de citoyennes et citoyens de gauche. À 33 ans, il est toujours prêt à défendre les causes qui lui tiennent à cœur, l’environnement, l’économie sociale et solidaire, la lutte contre les discriminations… Il écrit aujourd’hui à Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, qui a présidé la Cop 21.

 

À l’attention de monsieur le ministre,

 

La COP21 s’est achevée sur un accord «historique». Nous avons pu assister à des scènes de liesse après le dernier coup de marteau que vous avez donné le samedi 12 décembre. Pour ma part, j’ai beaucoup de mal à qualifier cet accord d’historique. Question de point de vue pourriez-vous me rétorquer.

En effet, question de point de vue. Je reconnais dans cet accord la prouesse diplomatique, tant il est aujourd’hui difficile de parvenir à un accord signé par l’ensemble des États présents, et je ne parle pas de sa ratification. Une prouesse, car derrière les grands discours sur la nécessité de sauver le climat se cachent les égoïsmes nationaux, les refus comme le disait en son temps Ronald Reagan de négocier son mode de vie. Alors oui, Monsieur Fabius, bravo à vos équipes pour avoir conclu un accord validé par les 195 pays membres de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique. Un accord qui s’appliquera en 2020 si 55 pays représentants 55 % des émissions le ratifient.

Mais si je me place non pas sur l’estrade diplomatique, mais sur un glacier en pleine fonte, sur un littoral en passe d’être submergé, dans une ville de plus en plus polluée ou encore sur des terres agricoles asséchées, alors je ne peux qu’être réticent devant le grand jeu de communication diplomatique et politique auquel nous avons assisté.

«Cet accord n’est pas historique pour le climat. Il ne l’est que pour la diplomatie »

Monsieur le Ministre, je m’inquiète de lire qu’il est historique de faire signer un accord qui n’est en rien contraignant, qui ne prévoit aucune sanction et qui ne permet même pas la création d’une organisation mondiale du climat pourtant appelée de ses vœux par de nombreuses ONG de la cause climatique. En quoi un accord qui, en additionnant les engagements pris par les États, nous mène à une hausse de 3°C des températures est-il historique ? En quoi un accord qui maintient l’article 3 de la convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique lequel indique que toute politique climatique doit respecter le libre-échange et ne pas fausser la libre concurrence est-il historique ? Monsieur le Ministre, cet accord n’est pas historique pour le climat. Il ne l’est que pour la diplomatie.

Nous assistons progressivement à un basculement qui m’effraie. Celui d’une marchandisation du climat. Le libéralisme économique a pris possession de la lutte climatique. Les États lui délèguent l’initiative. L’exemple du maintien des marchés carbone est un exemple flagrant. Polluer est aujourd’hui un droit. Un droit qu’il est possible d’acheter, de revendre au prix du marché. Vous pourriez me dire que je joue sur les mots. Mais justement, Monsieur le Ministre, les mots dans un accord multilatéral ont leur importance et permettent de qualifier les maux qui nous guettent. Aujourd’hui vous parlez, tout comme votre consœur Mme Royal, d’économie verte et de croissance verte. Le triptyque économie-social-environnement a disparu pour ne plus laisser place qu’à l’économie. La quête du monde perdu de la croissance va nous sauver du désastre climatique. Le capitalisme tel un caméléon a pris sa plus belle couleur verte. Aucune contrainte, de nombreux engagements au conditionnel. Non vraiment l’histoire ne peut pas retenir un tel accord.

 

Xavier BIGOT

 



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