Les Verts : Un fauteuil pour trois

Avant l’été, les militants écologistes de la ville rose s’étaient prononcés pour l’autonomie de leur parti aux futures élections municipales. Depuis le 6 septembre dernier, la section toulousaine d’Europe Ecologie – Les Verts a révélé les noms des cinq candidats qui se présentent pour être tête de liste aux prochaines élections municipales de Toulouse. Régis Godec, Antoine Maurice, François Simon, Michèle Bleuse et Danielle Charles ont désormais jusqu’au 27 septembre pour mener campagne. Une échéance interne que les écologistes n’ont pas souhaité médiatiser. Les prétendants au poste ont d’ailleurs tous signé une charte, s’engageant auprès des militants à ne pas « évoquer en externe la campagne interne à EELV. » Mise en perspectives d’un vote qui aura lieu le 28 septembre, et qui aura également des conséquences sur la campagne d’un certain… Pierre Cohen. Par Thomas Simonian et Coralie Bombail.

 

Julien Faessel, ancien responsable du groupe toulousain EELV, aujourd’hui très critique envers son ancienne formation politique, décrypte pour le JT les enjeux de cette élection. Et pour lui, ce qui aurait pu apparaître comme une surprise, il s’agit ici de la non candidature de Gérard Onesta (vice-président du Conseil Régional), ne l’est pas vraiment : « Il n’est pas fou ! Il ne veut pas écorner son image d’homme providentiel, de vieux sage. Son palmarès électoral reste ainsi intact… De toute façon ses objectifs sont ailleurs », analyse l’ancien leader des « Verts » à Toulouse (il a également été candidat aux cantonales à Villefranche-de-Lauragais). Même son de cloche chez notre politologue maison Stéphane Baumont : « Il rêve peut-être de prendre la Région après Martin Malvy… J’ai l’impression que c’est sa seule ligne d’horizon, et qu’il n’a pas envie de se carboniser avec les municipales.» Derrière cette décision de Gérard Onesta se cache certainement pour EELV toute possibilité de « scorer » au premier tour des élections municipales. Les écologistes toulousains manquent clairement de figures médiatiques et emblématiques, et pourraient donc avoir du mal à se positionner entre la liste de Pierre Cohen et celle du Front de Gauche de Jean-Christophe Sellin. D’autant qu’aujourd’hui leur présence sur le plan national au gouvernement les prive pour le moment d’attaques politiques cinglantes… Pire, les élus sont parfois confrontés à une base militante qui ne comprend plus l’action du tandem Hollande-Ayrault. Pourtant cinq valeureux candidats ont décidé de partir en croisade, et d’entamer avec le PS local un véritable rapport de force. Parmi eux, deux femmes issues du conseil municipal toulousain, Danielle Charles et Michèle Bleuse. Forte de leur action au sein de l’équipe Cohen, elles vont défendre pleinement leurs chances, même si elles manquent de notoriété : «Michelle Bleuse est sûrement celle qui a le meilleur bilan au sein de la municipalité » analyse Julien Faessel. Pourtant, la tête de liste devrait bien se jouer entre trois hommes : Antoine Maurice, Régis Godec et François Simon. Les deux premiers sont des visages apparus en 2008, profitant pleinement des accords entre « Verts » et socialistes dès le premier tour… Le premier a pris la tête du groupe à l’agglomération, tandis que le second en a fait de même à la mairie. Un partage des rôles qui a bien fonctionné entre les deux hommes, mais qui n’exclut pas aujourd’hui une rude concurrence. Le troisième est le plus connu des Toulousains. Et pour cause… Il a déjà été par deux fois tête de liste aux municipales. En 2001 sous l’étiquette du PS, et en 2008 sous la bannière de la Gauche Alternative. Depuis il a rejoint EELV, est devenu conseiller régional en 2010, et a été candidat aux dernières législatives sur la troisième circonscription. C’est d’ailleurs suite à cette défaite face à Jean-Luc Moudenc qu’il nous avait déclaré : « 2014 : en tête de liste je vous dis non » (Le Journal Toulousain du 29 juin 2012). Mais c’est bien connu, en politique il ne faut jamais dire jamais. Il postule bien aujourd’hui pour le Capitole… Certain qu’Antoine Maurice et Régis Godec n’ont pas l’aura médiatique pour mener ce combat. Pas certain que les militants aient la même opinion. Cependant comme rien n’est jamais simple en politique, il est à souligner que le résultat de ce scrutin interne sera soumis au bon vouloir du siège national. Il n’est donc pas acquis que le vote des militants soit alors parole d’évangile.

Les 3 candidats

François Simon, le coup de com’ ?

Vice-président du Conseil Régional en charge des solidarités

François Simon souhaite-t-il vraiment être tête de liste ? La question est posée par Julien Faessel : « Il aurait pu être la personnalité qui réunit les Verts et le Front de gauche sur une même liste. Mais cette union semble désormais impossible tant les élus toulousains EELV détestent Jean-Christophe Sellin. » Et si l’objectif du Docteur Simon était ailleurs, dans une démarche qui ciblerait les élections sénatoriales de septembre 2014 ? Rien n’est moins sûr…

 

 

 

Antoine Maurice

Antoine Maurice, chouchou des militants

Vice-Président de Toulouse Métropole, conseiller municipal délégué

Antoine Maurice est selon Julien Faessel le candidat « le plus aimé des militants. Il est très malin, plus politique qu’il n’y paraît. Il sait rester en bons termes avec tout le monde. » Il était jusqu’à présent un homme de l’ombre, mais souhaite désormais s’émanciper et travailler à son ambition personnelle. Il aurait les faveurs de la ministre Cécile Duflot.

 

 

 

 

 

Régis Godec
Régis Godec

Régis Godec, de la dynamique et Onesta en soutien

Adjoint au maire de Toulouse, élu à Toulouse Métropole

« Il est le candidat choisi par Onesta depuis plusieurs années. Il s’est déjà présenté aux dernières élections cantonales et législatives, ce qui a créé une certaine dynamique derrière lui » commente un Julien Faessel qui remarque toutefois que l’intéressé « ne s’était jamais exprimé clairement sur ses ambitions. » Un flou entretenu qui aurait « déclenché une méfiance chez les militants ». Certains le soupçonnent même de préférer un attelage avec Cohen dès le premier tour.

 

 

 

 

 

Xavier Bigot ferme la porte au PS

Le secrétaire d’EELV à Toulouse défend la position choisie par les militants.

 

On a noté des désaccords entre EELV et Pierre Cohen durant cette mandature…

Je ne souhaite pas personnaliser ce débat, car ce sont davantage des désaccords sur des politiques publiques, et sur la manière de les mener et de les prioriser.

Pourquoi ce désir d’autonomie au premier tour de l’élection municipale ?

On a souvent exprimé qu’il y avait des manques dans la politique qui a été menée durant ce mandat… Et par ailleurs nous pensons qu’il y a certains sujets que seuls les écologistes pourront porter.

Ne prenez-vous pas le risque de faire perdre le PS ?

Si le PS perd cette élection, cela sera de sa responsabilité. D’autre part d’un point de vue national, si François Hollande et Jean-Marc Ayrault ne respectent pas un certain nombre d’engagements sur la transition énergétique, des désaccords apparaîtront et pourront se répercuter sur le local.

Fermez-vous définitivement la porte à des négociations avec le PS et Pierre Cohen ?

Je ne suis pas très fort en menuiserie, donc je ne sais pas si la porte est bien ouverte ou si elle grince… Une chose est certaine : nous avons pris une décision claire en assemblée générale et plus de 90% de nos militants se sont prononcés pour l’autonomie. Nous sommes donc désormais en campagne.

 

 

L’œil de notre politologue

Stéphane Baumont juge que Cohen a besoin des Verts

« EELV est actuellement dans une véritable problématique. Veulent-ils être une force politique indépendante ou l’aile écologique du PS ? Cette question toulousaine se pose d’ailleurs également dans les autres grandes villes. Il y a un danger à vouloir se compter au premier tour des Municipales car le résultat pourrait ne pas être élevé. A défaut d’erreur, cette volonté militante d’autonomie pourrait vite devenir un pari audacieux, car c’est le PS qui a toujours tiré vers le haut les Verts et jamais l’inverse. Pour satisfaire cet électorat, Pierre Cohen va donc devoir prouver que tous les travaux qu’il a lancés, s’inscrivent dans une transition écologique à laquelle il souscrit. Il a besoin des Verts et doit voir d’un mauvais œil la possible candidature de François Simon, qui a toujours été une personnalité non maîtrisable dans le paysage politique toulousain. »

 



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.