Dossier Spécial Présidentielles : Les vérités de Stéphane Baumont sur ce scrutin

A l’occasion de la Présidentielle, le politologue du «Journal Toulousain» publie «Les présidents de la république française» (éditions Milan). Et si on en profitait pour analyser avec lui les enjeux et les dessous de l’élection de dimanche ?

Y a-t-il eu une évolution à travers les décennies dans l’exercice présidentiel ?

Il est certain que l’exercice présidentiel n’est pas le même sous Nicolas Sarkozy que sous Louis Napoléon Bonaparte qui fut le premier Président de la république française. A travers les mandatures, il y a eu beaucoup de bouleversements avec la modification des thématiques, l’irruption de l’économie, du social et puis la révolution des moyens de télécommunication et d’information. A tel point, que l’on peut penser à juste raison, que nous vivons avec le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la première présidence post-moderne. Il a désacralisé la fonction en souhaitant montrer que l’on pouvait être président comme on peut être un chef d’entreprise, en oubliant que l’Histoire, la Géographie, que les poètes et écrivains, que notre patrimoine pèsent sur la culture politique de notre pays. Il a essayé de «remonter le courant» avec la thématique de l’identité nationale, et s’est mis à «truffer» ses discours, comme celui de la Concorde, de références à Voltaire, Hugo, Aimé Césaire… Et puis, il y a un élément fondamental dans l’évolution de l’exercice du pouvoir, et cela remet en cause selon moi le mode de scrutin, ce sont les nouveaux mode de communication type blogs, Twitter ou Facebook. Or, des études neuroscientifiques montrent comment fonctionne un cerveau de droite ou de gauche, et comment il peut-être influençable notamment via les réseaux sociaux… Je ne veux pas dire par là que tout est manipulé, mais on sait aujourd’hui que tout peut être manipulable !

On compare beaucoup cette campagne avec celle de 1981. Pour quelles raisons ?

C’est une comparaison militante car 1981 était la première alternance de la cinquième république, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir. On aime bien retrouver le référent Mitterrand, et l’espérance qu’il avait suscitée. Ceci étant dit, le contexte intérieur n’a que peu de rapport entre 1981 et 2012. On a du mal à dire de Nicolas Sarkozy, ce que Mitterrand disait de Giscard d’Estaing car le Sénat est à gauche, la quasi totalité des régions comme les trois quarts des départements et les grandes villes, sont à gauche. On ne le dit pas assez dans les analyses, mais il y aurait une logique territoriale et politique à ce que François Hollande remporte l’élection. C’est d’ailleurs la chance pour la droite dans les années à venir pour reconquérir les territoires…

La crise financière que nous traversons, a-t-elle l’importance qu’on lui donne dans le choix que vont faire les Français ?

Aussi bien François Hollande que Nicolas Sarkozy savent qu’ils ne peuvent pas anticiper la dimension que va prendre la crise, et qu’ils ne maîtrisent pas le meilleur moyen de la régler. Car ce n’est pas eux qui ont la main, ce sont les multinationales et les pouvoirs financiers. Si celui que l’on va élire, ne maîtrise pas les flux et les circuits financiers, il aura l’illusion du pouvoir.

Propos recueillis par Thomas Simonian



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